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AMORIS LAÉITIA

29
Sep

EXHORTATION APOSTOLIQUE POST-SYNODALE AMORIS LAETITIA DU SAINT-PÈRE FRANÇOIS AUX ÉVÊQUES AUX PRÊTRES ET DIACRES AUX PERSONNES CONSACRÉES AUX MARIS CHRÉTIENS ET À TOUS LES FIDÈLES LAÏCS SUR L’AMOUR DANS LA FAMILLE

1. La joie de l’amour vécue dans les familles est aussi la joie de l’Église. Comme l’ont indiqué les Pères synodaux, malgré les nombreux signes de crise du mariage, « le désir de famille reste vivant, surtout chez les jeunes, et cela motive l’Église »[1]. En réponse à ce désir, « l’annonce chrétienne concernant la famille est une véritable bonne nouvelle »[2]. 2. Le chemin synodal a permis de mettre sur la table la situation des familles dans le monde d’aujourd’hui, d’élargir notre vision et de raviver notre conscience sur l’importance du mariage et de la famille. En même temps, la complexité des questions soulevées nous a montré la nécessité de continuer à approfondir librement certaines questions doctrinales, morales, spirituelles et pastorales. La réflexion des pasteurs et des théologiens, s’ils sont fidèles à l’Église, honnêtes, réalistes et créatifs, nous aidera à trouver plus de clarté. Les débats qui ont lieu dans les médias ou dans les publications, et même parmi les ministres de l’Église, vont d’un désir effréné de tout changer sans réflexion ni fondement suffisant, à l’attitude de vouloir tout résoudre en appliquant des règles générales ou en tirant des conclusions excessives de certaines réflexions théologiques. 3. En rappelant que le temps est supérieur à l’espace, je veux réaffirmer que toutes les discussions doctrinales, morales ou pastorales ne doivent pas nécessairement être résolues par des interventions magistrales. Naturellement, dans l’Église un unité de la doctrine et de la praxis, mais cela n’empêche pas l’existence de différentes manières d’interpréter certains aspects de la doctrine ou certaines conséquences qui en découlent. Cela se produira jusqu’à ce que l’Esprit nous conduise à la vérité complète (cf. Jn 16, 13), c’est-à-dire lorsqu’il nous introduit parfaitement dans le mystère du Christ et que nous puissions tout voir avec son regard. De plus, dans chaque pays ou région, des solutions plus inculturées peuvent être recherchées, attentives aux traditions et aux défis locaux, car « les cultures sont très différentes les unes des autres et tout principe général […] a besoin d’être inculturé pour être observé et appliqué »[3]. 4. En tout cas, je dois dire que le chemin synodal a été d’une grande beauté et a apporté beaucoup de lumière. J’apprécie tant de contributions qui m’ont aidé à contempler les problèmes des familles du monde entier dans toute leur ampleur. L’ensemble des interventions des Pères, que j’ai écouté avec une attention constante, m’a semblé être un beau polyèdre, fait de nombreuses préoccupations légitimes et de questions honnêtes et sincères. C’est pourquoi j’ai jugé opportun d’écrire une Exhortation apostolique post-synodale qui rassemble les contributions des deux récents Synodes sur la famille, en y ajoutant d’autres considérations qui peuvent guider la réflexion, le dialogue ou la pratique pastorale et, en même temps, offrir encouragement, stimulation et aide aux familles dans leur dévouement et dans leurs difficultés. 5. Cette Exhortation prend une signification particulière dans le contexte de cette Année Jubilé de la Miséricorde. Premièrement, parce que je le comprends comme une proposition destinée aux familles chrétiennes, qui les encourage à valoriser les dons du mariage et de la famille, et à entretenir un amour fort et plein de valeurs telles que la générosité, l’engagement, la fidélité ou la patience. Deuxièmement, parce qu’il cherche à encourager chacun à être signe de miséricorde et de proximité là où la vie familiale ne se déroule pas parfaitement ou ne se développe pas dans la paix et la joie. 6. Dans le développement du texte, je commencerai par une introduction inspirée des Saintes Écritures, qui donne un ton approprié. A partir de là, je considérerai la situation actuelle des familles afin de garder les pieds sur terre. Ensuite, je rappellerai quelques questions élémentaires de l’enseignement de l’Église sur le mariage et la famille, pour donner naissance aux deux chapitres centraux, consacrés à l’amour. Ci-dessous, je soulignerai quelques chemins pastoraux qui nous guident pour construire des foyers solides et fructueux selon le plan de Dieu, et je consacrerai un chapitre à l’éducation des enfants. Puis je m’arrêterai sur une invitation à la miséricorde et au discernement pastoral dans des situations qui ne répondent pas pleinement à ce que le Seigneur nous propose, et enfin je présenterai de brèves lignes de spiritualité familiale. 7. En raison de la richesse des deux années de réflexion qu’a fournies le chemin synodal, cette Exhortation aborde, avec des styles différents, des thèmes nombreux et variés. Cela explique son inévitable extension. C’est pourquoi je ne recommande pas une lecture générale hâtive. Il peut être mieux utilisé, tant par les familles que par les agents de la pastorale familiale, s’ils l’approfondissent patiemment partie par partie ou s’ils y cherchent ce dont ils peuvent avoir besoin dans chaque circonstance spécifique. Il est probable, par exemple, que les couples mariés s’identifient davantage aux quatrième et cinquième chapitres, que les agents pastoraux portent un intérêt particulier au sixième chapitre et que chacun soit grandement interpellé par le huitième chapitre. J’espère que chacun, à travers la lecture, se sent appelé à prendre soin avec amour de la vie des familles, car elles « ne sont pas un problème, elles sont avant tout une opportunité »[4]. Chapitre premier À LA LUMIÈRE DE LA PAROLE 8. La Bible est peuplée de familles, de générations, d’histoires d’amour et de crises familiales, depuis la première page, où entre en scène la famille d’Adam et Ève avec son poids de violence mais aussi avec la force de vie qui continue (cf. Gn 4), jusqu’à la dernière page où apparaissent les noces de l’Épouse et de l’Agneau (cf. Ap 21,2.9). Les deux maisons que décrit Jésus, construites sur le roc ou sur le sable (cf. Mt 7, 24-27), sont l’expression symbolique de tant de situations familiales, créées par les libertés de ses membres, car, comme l’écrivait le poète, « toute maison est un chandelier »[5]. Entrons maintenant dans l’une de ces maisons, guidés par le Psalmiste, à travers un chant qui est encore aujourd’hui proclamé tant dans la liturgie juive du mariage que dans la Chrétien : « Bienheureux celui qui craint le Seigneur et suit ses voies ! Vous mangerez du travail de vos mains, vous serez heureux, tout ira bien pour vous. Ta femme, comme une vigne fructueuse, au milieu de ta maison ; vos enfants aiment les pousses d’olivier, autour de votre table. C’est la bénédiction de l’homme qui craint le Seigneur. Que le Seigneur te bénisse depuis Sion, que tu voies la prospérité de Jérusalem, tous les jours de ta vie ; Puissiez-vous voir les enfants de vos enfants. Paix à Israël ! (Ps 128,1-6). Vous et votre épouse 9. Franchissons ensuite le seuil de cette maison sereine, avec sa famille assise autour de la table de fête. Au centre, on retrouve le couple père et mère avec toute leur histoire d’amour. En eux se réalise ce projet primordial que le Christ lui-même évoque avec intensité : « N’avez-vous pas lu qu’au commencement le Créateur les a créés mâles et femelles ? (Mt 19,4). Et le mandat de la Genèse est repris : « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme et les deux deviendront une seule chair » (2, 24). 10. Les deux grands premiers chapitres de la Genèse nous offrent la représentation du couple humain dans sa réalité fondamentale. Dans ce texte initial de la Bible, quelques déclarations décisives brillent. Le premier, cité brièvement par Jésus, déclare : « Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, il les créa mâle et femelle » (1, 27). Étonnamment, l’« image de Dieu » a précisément pour parallèle explicatif le couple « homme et femme ». Est-ce à dire que Dieu lui-même est sexuel ou qu’avec Existe-t-il un compagnon divin, comme le croyaient certaines religions anciennes ? Evidemment non, car nous savons avec quelle clarté la Bible rejetait comme idolâtres ces croyances répandues parmi les Cananéens de Terre Sainte. La transcendance de Dieu est préservée, mais, puisqu’il est en même temps Créateur, la fécondité du couple humain est une « image » vivante et efficace, un signe visible de l’acte créateur. 11. Le couple qui aime et génère la vie est la véritable « sculpture » vivante – et non celle de pierre ou d’or que le Décalogue interdit –, capable de manifester le Dieu créateur et sauveur. C’est pourquoi l’amour fécond devient le symbole des réalités intimes de Dieu (cf. Gn 1, 28; 9, 7; 17, 2-5.16; 28, 3; 35, 11; 48, 3-4). C’est pourquoi le récit de la Genèse, suivant la soi-disant « tradition sacerdotale », est traversé par plusieurs séquences généalogiques (cf. 4,17-22.25-26 ; 5 ; 10 ; 11,10-32 ; 25,1-4.12-17.19-26 ; 36), car la capacité génératrice du couple humain est le chemin par lequel se déroule l’histoire du salut. Dans cette lumière, la relation féconde du couple devient une image pour découvrir et décrire le mystère de Dieu, fondamental dans la vision chrétienne de la Trinité qui contemple en Dieu le Père, le Fils et l’Esprit d’amour. Le Dieu Trinité est une communion d’amour et la famille est son reflet vivant. Nous sommes éclairés par les paroles de saint Jean-Paul II : « Notre Dieu, dans son mystère le plus intime, n’est pas une solitude, mais une famille, puisqu’il porte en lui la paternité, la filiation et l’essence de la famille qui est l’amour. Cet amour, dans la famille divine, c’est le Saint-Esprit»[6]. La famille n’est donc pas quelque chose d’étranger à la même essence divine[7]. Cet aspect trinitaire du couple trouve une représentation nouvelle dans la théologie paulinienne lorsque l’Apôtre le rapporte au « mystère » de l’union entre le Christ et l’Église (cf. Ep 5, 21-33). 12. Mais Jésus, dans sa réflexion sur le mariage, nous renvoie à une autre page de la Genèse, chapitre 2, où apparaît un admirable portrait du couple aux détails lumineux. Choisissons-en seulement deux. Le premier est l’inquiétude de l’homme qui cherche une « aide réciproque » (vv. 18,20), capable de résoudre cette solitude qui le dérange et qui n’est pas apaisée par la proximité des animaux et de tout ce qui est créé. L’expression originale hébraïque nous renvoie à une relation directe, presque « frontale » – les yeux dans les yeux – dans un dialogue également tacite, car en amour les silences sont généralement plus éloquents que les mots. C’est la rencontre avec un visage, avec un « tu » qui reflète l’amour divin et qui est « le commencement de la fortune, une aide qui lui ressemble et un pilier de soutien » (Si 36,24), comme le dit un sage biblique. Ou, comme s’écriera la femme du Cantique des Cantiques dans une merveilleuse profession d’amour et de don en réciprocité : « Mon bien-aimé est à moi et je suis à lui […] Je suis à mon bien-aimé et mon bien-aimé est à moi » (2, 16 ; 6, 3). 13. De cette rencontre qui guérit la solitude, naissent la génération et la famille. C’est le deuxième détail que nous pouvons souligner: Adam, qui est aussi l’homme de tous les temps et de toutes les régions de notre planète, donne naissance avec sa femme à une nouvelle famille, comme le répète Jésus en citant la Genèse: “Il s’attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair” (Mt 19,5; cf. Gn 2,24). Le verbe « unir » dans l’original hébreu indique une harmonie étroite, une adhésion physique et intérieure, au point qu’il est utilisé pour décrire l’union avec Dieu : « Mon âme est unie à toi » (Ps 63, 9), chante celui qui prie. L’union conjugale est ainsi évoquée non seulement dans sa dimension sexuelle et corporelle mais aussi dans son don volontaire d’amour. Le fruit de cette union est “d’être une seule chair”, que ce soit dans l’étreinte physique, ou dans l’union des cœurs et des vies et, peut-être, dans l’enfant qui naîtra des deux, qui portera en lui, en les unissant non seulement génétiquement mais aussi spirituellement, les deux “chairs”. Vos enfants sont comme des pousses d’olivier 14. Revenons au chant du Psalmiste. Là apparaissent, à l’intérieur de la maison où l’homme et la femme sont assis à table, les enfants qui les accompagnent « comme des pousses d’olivier » (Ps 128, 3), c’est-à-dire pleins d’énergie et de vitalité. Si les parents sont comme les fondements de la maison, les enfants sont comme les « pierres vivantes » de la famille (cf. 1 P 2,5). Il est significatif que dans l’Ancien Testament, le mot qui apparaît le plus souvent après le divin (yhwh, le « Seigneur ») est « fils » (ben), un mot qui fait référence au verbe hébreu qui signifie « construire ». (banah). C’est pourquoi, dans le Psaume 127, le don des enfants est exalté avec des images qui font référence à la fois à la construction d’une maison et à la vie sociale et commerciale qui se déroulait à la porte de la ville : « Si le Seigneur ne bâtit pas la maison, les maçons se fatiguent en vain ; L’héritage que le Seigneur donne, ce sont les enfants ; leur salaire est le fruit des entrailles : les fils de la jeunesse sont des flèches dans la main d’un guerrier ; Bienheureux l’homme qui en remplit son carquois : il ne sera pas vaincu lorsqu’il plaidera avec son adversaire sur la place » (vv. 1,3-5). Il est vrai que ces images reflètent la culture d’une société ancienne, mais la présence des enfants est en tout cas un signe de la plénitude de la famille dans la continuité de la même histoire de salut, de génération en génération. de « l’église qui se réunit dans la maison » (cf. 1 Co 16, 19 ; Rm 16, 5 ; Col 4, 15 ; Phm 2). L’espace de vie d’une famille pourrait se transformer en église domestique, siège de l’Eucharistie, de la présence du Christ assis à la même table : « Je me tiens à la porte et je frappe : si quelqu’un m’entend et m’ouvre, j’entrerai et nous mangerons ensemble ». (3, 20). C’est ainsi que se dessine une maison qui porte en elle la présence de Dieu, la prière commune et, par conséquent, la bénédiction du Seigneur. C’est ce qui est dit dans le Psaume 128, que nous prenons comme base : « Que le Seigneur vous bénisse depuis Sion » (v. 5). 16. La Bible considère également la famille comme le siège du catéchisme des enfants. Cela transparaît dans la description de la célébration pascale (cf. Ex 12, 26-27 ; Dt 6, 20-25), et est ensuite explicité dans la haggadah juive, c’est-à-dire dans le récit dialogique qui accompagne le rite du repas pascal. Par ailleurs, un Psaume exalte l’annonce familiale de la foi : « Ce que nous avons entendu et appris, ce que nos pères nous ont dit, nous ne le cacherons pas à leurs enfants, nous le raconterons à la génération future : les louanges du Seigneur, sa puissance, les prodiges qu’il a faits. Car il a établi une règle pour Jacob, il a donné une loi à Israël : il a ordonné à nos pères de l’enseigner à leurs enfants, afin que la génération suivante la sache, et les enfants qui naîtraient ensuite. cela » (Ps 78, 3-6). La famille est donc le lieu où les parents deviennent les premiers enseignants de la foi de leurs enfants. C’est un travail artisanal, de personne à personne : « Quand demain ton fils te demandera […] tu lui répondras… » (Ex 13,14). Ainsi, les différentes générations chanteront leur chant au Seigneur, « les jeunes gens et aussi les jeunes filles, les vieillards avec les enfants » (Ps 148, 12). 17. Les parents ont le devoir de remplir sérieusement leur mission éducative, comme l’enseignent souvent les sages bibliques (cf. Pr 3, 11-12; 6, 20-22; 13, 1; 29, 17). Les enfants sont appelés à accepter et à mettre en pratique le commandement : « Honore ton père et ta mère » (Ex 20,12), où le verbe « honorer » indique le l’accomplissement des engagements familiaux et sociaux dans leur plénitude, sans les négliger sous des prétextes religieux (cf. Mc 7, 11-13). En effet, « celui qui honore son père expie ses péchés, celui qui respecte sa mère accumule des trésors » (Si 3,3-4). 18. L’Évangile nous rappelle également que les enfants ne sont pas la propriété de la famille, mais qu’ils ont plutôt devant eux leur propre chemin de vie. S’il est vrai que Jésus se présente comme un modèle d’obéissance à ses parents terrestres, en se soumettant à eux (cf. Lc 2, 51), il est également vrai qu’il montre que le choix de vie du fils et sa propre vocation chrétienne peuvent nécessiter une séparation pour accomplir sa propre consécration au Royaume de Dieu (cf. Mt 10, 34-37 ; Lc 9, 59-62). En outre, à l’âge de douze ans, il répond lui-même à Marie et à Joseph qu’il a une autre mission, plus élevée, à accomplir au-delà de sa famille historique (cf. Luc 2, 48-50). C’est pourquoi il exalte la nécessité d’autres liens, également très profonds dans les relations familiales : « Ce sont ma mère et mes frères : ceux qui écoutent la Parole de Dieu et la mettent en pratique » (Lc 8, 21). En revanche, dans l’attention qu’il porte aux enfants – considérés dans la société du Proche-Orient ancien comme des sujets sans droits particuliers et même comme des objets de propriété familiale – Jésus va jusqu’à les présenter aux adultes presque comme des maîtres, en raison de leur confiance simple et spontanée dans les autres : « En vérité, je vous le dis, si vous ne vous convertissez et ne devenez comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. Par C’est pourquoi celui qui devient petit comme cet enfant est le plus grand dans le royaume des cieux” (Mt 18, 3-4). Un chemin de souffrance et de sang 19. L’idylle exprimée dans le Psaume 128 ne nie pas une réalité amère qui marque toutes les Saintes Écritures. C’est la présence de la douleur, du mal et de la violence qui brisent la vie de la famille et sa communion intime de vie et d’amour. Ce n’est pas pour rien que le discours du Christ sur le mariage (cf. Mt 19, 3-9) s’insère dans une dispute sur le divorce. La Parole de Dieu est un témoignage constant de cette dimension sombre qui s’ouvre dès le début lorsque, avec le péché, la relation d’amour et de pureté entre l’homme et la femme se transforme en domination : « Tu désireras ton mari, et il te dominera » (Gn 3, 16). C’est un chemin de souffrance et de sang qui traverse de nombreuses pages de la Bible, à commencer par la violence fratricide de Caïn contre Abel et le diverses disputes entre les enfants et les épouses des patriarches Abraham, Isaac et Jacob, allant jusqu’aux tragédies qui remplissent de sang la famille de David, jusqu’aux multiples difficultés familiales qui traversent le récit de Tobie ou l’amère confession de Job abandonné : « Il m’a éloigné mes proches, mes connaissances me considèrent comme un étranger […] Jusqu’à ce que ma vie dégoûte ma femme, je dégoûte mes propres frères » (Jb 19,13.17. Jésus lui-même est né dans une famille modeste). qui doit bientôt fuir vers un pays étranger. Il entre dans la maison de Pierre où sa belle-mère est malade (Mc 1,30-31), elle se laisse entraîner dans le drame de la mort dans la maison de Jaïrus ou dans la maison de Lazare (cf. Mc 5,22-24,35-43) ; Il entend le cri désespéré de la veuve de Naïn devant son fils mort (cf. Lc 7, 11-15), il entend le cri du père de l’épileptique dans un petit village de campagne (cf. Mt 9, 9-13; Lc 19, 1-10). Il trouve dans leurs maisons des publicains comme Matthieu ou Zachée, et aussi des pécheurs, comme la femme qui entre par effraction dans la maison du pharisien (cf. Lc 7,36-50). Il connaît les angoisses et les tensions des familles en les intégrant dans ses paraboles : depuis les enfants qui quittent la maison pour tenter une aventure (cf. Lc 15,11-32) jusqu’aux enfants difficiles au comportement inexplicable (cf. Mt 21,28-31) ou victimes de violences (cf. Mc 12,1-9) par manque de vin (cf. Jn 2,1-10) ou par manque d’assistance. des invités (cf. Mt 22,1-10), tout comme il connaît le cauchemar de la perte d’une pièce de monnaie dans une famille pauvre (cf. Lc 15,8-10). Dans ce bref voyage, nous pouvons voir que la Parole de Dieu ne se présente pas comme une suite de thèses abstraites, mais comme un compagnon de voyage aussi pour les familles en crise ou au milieu d’une certaine douleur, et leur montre le but du voyage, quand Dieu « essuiera les larmes de leurs yeux ». Il n’y aura plus ni mort, ni deuil, ni cri, ni douleur » (Ap 21 : 4). présenté comme un ouvrier qui, par le travail de ses mains, peut maintenir le bien-être physique et la sérénité de sa famille : « Tu mangeras du travail de tes mains, tu seras heureux, tout ira bien pour toi » (v. 2). Le fait que le travail constitue un élément fondamental de la dignité de la vie humaine se déduit des premières pages de la Bible, lorsqu’il est déclaré que « Dieu prit l’homme et le plaça dans le jardin d’Eden, pour le garder et le cultiver » (Gn 2, 15). C’est la représentation de l’ouvrier qui transforme la matière et profite des énergies du créé, donnant naissance au « pain de ta sueur » (Ps 127,2), en plus de se cultiver. 24. Le travail permet à la fois le développement de la société, le soutien de la famille mais aussi sa stabilité et sa fécondité : « Puisses-tu voir la prospérité de Jérusalem tous les jours de ta vie ; afin que vous voyiez les enfants de vos enfants” (Ps 128,5-6). Dans le livre des Proverbes est également présente la tâche de la mère de famille, dont le travail est décrit dans toutes ses particularités quotidiennes, suscitant l’éloge de son mari et de ses enfants (cf. 31, 10-31). L’Apôtre Paul lui-même était fier d’avoir vécu sans être à charge pour les autres, car il travaillait de ses mains et assurait ainsi sa subsistance (cf. Actes 18, 3; 1 Cor. 4, 12 ; 9, 12). Il était si convaincu de la nécessité du travail qu’il établit une règle stricte pour ses communautés : « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas » (2 Th 3, 10 ; cf. 1 Th 4, 11). comprend que le chômage et la précarité du travail se transforment en souffrance, comme le note le petit livre de Ruth et comme Jésus le rappelle dans la parabole des ouvriers assis, en loisir forcé, sur la place publique (cf. Mt 20, 1-16), ou comme il l’éprouve dans le fait même d’être souvent entouré de nécessiteux et d’affamés. C’est ce que vit tragiquement la société dans de nombreux pays, et cette absence de sources de travail affecte de différentes manières la sérénité des familles. 26. Nous ne pouvons pas non plus oublier la dégénérescence que le péché introduit dans la société lorsque les êtres humains se comportent comme des tyrans devant la nature, la dévastant, l’utilisant de manière égoïste et même brutale. Les conséquences sont à la fois la désertification des sols (cf. Gn 3, 17-19) et les déséquilibres économiques et sociaux, contre lesquels s’élève clairement la voix des prophètes, depuis Élie (cf. 1 Rois 21) jusqu’aux paroles que Jésus lui-même prononce contre l’injustice (cf. Luc 12, 13-21 ; 16, 1-31). La tendresse de l’étreinte 27. Le Christ a introduit comme emblème de ses disciples avant tout la loi de l’amour et du don de soi aux autres (cf. Mt 22, 39; Jn 13, 34), et il l’a fait à travers un principe dont un père ou une mère témoigne habituellement dans sa propre existence: “Nul n’a de plus grand amour que celui qui donne sa vie pour ses amis” (Jn 15, 13). La miséricorde et le pardon sont aussi le fruit de l’amour. Dans cette ligne, la scène qui Elle représente une femme adultère sur l’esplanade du temple de Jérusalem, entourée de ses accusateurs, puis seule avec Jésus qui ne la condamne pas et l’invite à une vie plus digne (cf. Jn 8, 1-11). 28. Dans l’horizon de l’amour, central dans l’expérience chrétienne du mariage et de la famille, se détache également une autre vertu, quelque peu ignorée en ces temps de relations frénétiques et superficielles : la tendresse. Tournons-nous vers le doux et intense Psaume 131. Comme le notent également d’autres textes (cf. Ex 4, 22; Is 49, 15; Ps 27, 10), l’union entre les fidèles et leur Seigneur s’exprime par des traits d’amour paternel ou maternel. Ici apparaît l’intimité délicate et tendre qui existe entre la mère et son enfant, un nouveau-né qui dort dans les bras de sa mère après avoir été allaité. Il s’agit – comme l’exprime le mot hébreu gamul – d’un enfant déjà sevré, qui s’accroche consciemment à la mère qui le porte sur son sein. Il s’agit alors d’une intimité consciente et non seulement biologique. C’est pourquoi le psalmiste chante : « J’ai mon intérieur dans la paix et le silence, comme un enfant sevré dans le sein de sa mère » (Ps 131,2). En parallèle, on peut aller à une autre scène, où le prophète Osée place ces paroles émouvantes dans la bouche de Dieu en tant que père : « Quand Israël était jeune, je l’aimais […] J’ai appris à marcher à Éphraïm, je l’ai soulevé dans mes bras […] Avec des cordes humaines, avec des sangles d’amour je l’ai attiré ; J’étais pour eux comme quelqu’un qui soulève un enfant contre sa joue, je me suis prosterné et je l’ai nourri” (11,1.3-4). 29. Avec Avec cette vision faite de foi et d’amour, de grâce et d’engagement, sur la famille humaine et la Trinité divine, nous contemplons la famille que la Parole de Dieu confie entre les mains de l’homme, de la femme et des enfants pour qu’ils forment une communion de personnes qui soit image de l’union entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit. L’activité générative et éducative est, à son tour, le reflet de l’œuvre créatrice du Père. La famille est appelée à partager la prière quotidienne, la lecture de la Parole de Dieu et la communion eucharistique pour faire grandir l’amour et devenir toujours plus un temple où demeure l’Esprit. 30. Devant chaque famille est présentée l’icône de la famille de Nazareth, avec sa vie quotidienne faite de fatigue et même de cauchemars, comme lorsqu’elle dut subir l’incompréhensible violence d’Hérode, une expérience qui se répète tragiquement encore aujourd’hui dans tant de familles de fugitifs abandonnés et sans défense. Comme les mages, les familles sont invitées à contempler l’Enfant et la Mère, à se prosterner et à l’adorer (cf. Mt 2, 11). Comme Marie, ils sont exhortés à vivre avec courage et sérénité les tristes et passionnantes épreuves familiales, et à garder et méditer dans leur cœur les merveilles de Dieu (cf. Lc 2, 19.51). Dans le trésor du cœur de Marie se trouvent aussi tous les événements de chacune de nos familles, qu’elle conserve soigneusement. C’est pourquoi cela peut nous aider à les interpréter pour reconnaître le message de Dieu dans l’histoire familiale. Deuxième chapitre RÉALITÉ ET DÉFIS DES FAMILLES 31. Le bien de la famille est décisif pour l’avenir du monde et de l’Église. Il existe d’innombrables analyses sur le mariage et la famille, sur leurs difficultés et leurs défis actuels. Il est sain de prêter attention à la réalité concrète, car « les exigences et les appels de l’Esprit Saint résonnent aussi dans les événements mêmes de l’histoire », à travers lesquels « l’Église peut être guidée vers une compréhension plus profonde du mystère inépuisable du mariage et de la famille »[8]. Je n’ai pas l’intention de présenter ici tout ce qui pourrait être dit sur les différentes problématiques liées à la famille dans le contexte actuel. Mais étant donné que les Pères synodaux ont regardé la réalité des familles à travers le monde, j’estime opportun de recueillir certaines de leurs contributions pastorales, en y ajoutant d’autres préoccupations qui viennent de mon propre point de vue. Situation actuelle de la famille 32. « Fidèles aux enseignements du Christ, nous regardons aujourd’hui la réalité de la famille dans toute sa complexité, dans ses lumières et ses ombres […] Le changement anthropologique et culturel influence aujourd’hui tous les aspects de la vie et nécessite une approche analytique et diversifiée »[9]. Dans le contexte d’il y a plusieurs décennies, les évêques d’Espagne reconnaissaient déjà une réalité domestique avec plus d’espaces de liberté, « avec une répartition équitable des charges, des responsabilités et des tâches […] En valorisant davantage la communication personnelle entre les époux, elle contribue à humaniser l’ensemble coexistence familiale […] Ni la société dans laquelle nous vivons ni celle vers laquelle nous nous dirigeons ne permettent la survivance sans discernement de formes et de modèles du passé»[10]. Mais « nous sommes conscients de la direction que prennent les changements anthropologiques et culturels, en raison desquels les individus sont moins soutenus que par le passé par les structures sociales dans leur vie affective et familiale »[11]. 33. D’autre part, « il faut considérer le danger croissant que représente un individualisme exaspéré qui déforme les liens familiaux et finit par considérer chaque membre de la famille comme une île, faisant prévaloir, dans certains cas, l’idée d’un sujet construit selon ses propres désirs assumés avec un caractère absolu »[12]. «Les tensions induites par une culture individualiste exagérée de possession et de jouissance génèrent des dynamiques d’intolérance et d’agressivité au sein des familles»[13]. J’aimerais ajouter le rythme de vie actuel, le stress, l’organisation sociale et du travail, car ce sont des facteurs culturels qui mettent en péril la possibilité d’options permanentes. En même temps, on retrouve des phénomènes ambigus. Par exemple, il existe une personnalisation qui se concentre sur l’authenticité plutôt que sur la reproduction de comportements prescrits. C’est une valeur qui peut promouvoir des capacités et une spontanéité différentes, mais qui, si elle est malavisée, peut créer des attitudes de suspicion permanente, de fuite devant les engagements, d’enfermement dans le confort, arrogance. La liberté de choisir permet de planifier sa vie et de cultiver le meilleur de soi-même, mais si l’on n’a pas d’objectifs nobles et de discipline personnelle, elle dégénère en une incapacité à se donner généreusement. En fait, dans de nombreux pays où le nombre de mariages diminue, le nombre de personnes qui décident de vivre seules ou qui vivent ensemble sans cohabiter augmente. On peut également souligner un sens de la justice louable ; mais, mal comprise, elle transforme les citoyens en clients qui ne demandent que des services. 34. Si ces risques sont transférés sur la manière d’appréhender la famille, celle-ci peut devenir un lieu de passage, où l’on se rend quand cela nous convient, ou où l’on va revendiquer des droits, tandis que les liens sont abandonnés à la précarité inconstante des désirs et des circonstances. Au fond, il est facile aujourd’hui de confondre la véritable liberté avec l’idée que chacun juge comme bon lui semble, comme si au-delà des individus il n’y avait pas de vérités, de valeurs, de principes pour nous guider, comme si tout était égal et que tout devait être permis. Dans ce contexte, l’idéal conjugal, axé sur l’exclusivité et la stabilité, finit par être dévasté par les convenances circonstancielles ou les caprices de la sensibilité. On craint la solitude, on souhaite un espace de protection et de fidélité, mais en même temps grandit la peur d’être piégé par une relation qui pourrait retarder la réalisation des aspirations personnelles. 35. Le Les chrétiens ne peuvent renoncer à proposer le mariage pour ne pas contredire les sensibilités actuelles, pour être à la mode ou par sentiment d’infériorité face au désastre moral et humain. Nous priverions le monde des valeurs que nous pouvons et devons apporter. Il est vrai que cela n’a aucun sens de s’arrêter à une dénonciation rhétorique des maux actuels, comme si cela pouvait changer quelque chose. Il n’est pas non plus utile de tenter d’imposer des règles par la force de l’autorité. Nous pouvons faire un effort plus responsable et généreux, qui consiste à présenter les raisons et les motivations du choix du mariage et de la famille, afin que les gens soient mieux disposés à répondre à la grâce que Dieu leur offre. 36. En même temps, nous devons être humbles et réalistes, reconnaître que parfois notre façon de présenter nos convictions chrétiennes et la façon dont nous traitons les gens ont contribué à provoquer ce que nous regrettons aujourd’hui, c’est pourquoi nous avons une saine réaction d’autocritique. D’un autre côté, nous présentons souvent le mariage de telle manière que sa finalité unitive, l’appel à grandir dans l’amour et l’idéal d’entraide, était éclipsée par une insistance presque exclusive sur le devoir de procréation. Nous n’avons pas non plus fourni un bon accompagnement aux nouveaux mariages au cours de leurs premières années, avec des propositions adaptées à leurs horaires, à leurs langues et à leurs préoccupations les plus spécifiques. D’autres fois, nous avons présenté un idéal théologique du mariage qui est trop abstraite, presque artificiellement construite, loin de la situation concrète et des possibilités effectives des familles réelles. Cette idéalisation excessive, surtout quand on n’a pas éveillé la confiance en la grâce, n’a pas rendu le mariage plus désirable et plus attrayant, bien au contraire. 37. Pendant longtemps, nous avons cru qu’en insistant simplement sur des questions doctrinales, bioéthiques et morales, sans motiver l’ouverture à la grâce, nous soutenions suffisamment les familles, consolidions le lien des époux et donnions un sens à leur vie commune. Nous avons du mal à présenter le mariage davantage comme un chemin dynamique de développement et d’épanouissement que comme un fardeau à porter tout au long de la vie. Il nous est également difficile de laisser place à la conscience des fidèles, qui souvent répondent le mieux possible à l’Évangile au milieu de ses limites et peuvent développer leur propre discernement dans des situations où tous les schémas sont brisés. Nous sommes appelés à former des consciences, mais non à tenter de les remplacer. 38. Nous devons être reconnaissants que la plupart des gens apprécient les relations familiales qui veulent durer dans le temps et qui garantissent le respect des autres. C’est pour cette raison qu’il est apprécié que l’Église offre des espaces de soutien et de conseil sur des questions liées à la croissance de l’amour, à la résolution des conflits ou à l’éducation des enfants. Beaucoup estiment la force de la grâce qu’ils expérimentent dans la Réconciliation sacramentelle et eucharistique, ce qui leur permet de faire face aux défis du mariage et de la famille. Dans certains pays, notamment dans différentes régions d’Afrique, la laïcité n’a pas réussi à affaiblir certaines valeurs traditionnelles et, dans chaque mariage, il existe une union forte entre deux familles élargies, où un système bien défini de gestion des conflits et des difficultés est encore préservé. Dans le monde d’aujourd’hui, nous apprécions également le témoignage de mariages qui non seulement ont duré dans le temps, mais qui continuent de soutenir un projet commun et de préserver l’affection. Cela ouvre la porte à un ministère pastoral positif et accueillant, qui rend possible un approfondissement progressif des exigences de l’Évangile. Cependant, nous avons souvent agi sur la défensive et dépensé des énergies pastorales pour redoubler d’attaques contre le monde décadent, avec peu de capacité proactive à montrer les chemins vers le bonheur. Beaucoup ne pensent pas que le message de l’Église sur le mariage et la famille ait été un reflet clair de la prédication et des attitudes de Jésus qui, tout en proposant un idéal exigeant, n’a jamais perdu sa proximité compatissante avec les fragiles, comme la Samaritaine ou la femme adultère. 39. Cela ne veut pas dire ignorer la décadence culturelle qui ne favorise pas l’amour et le dévouement. Les consultations préalables aux deux derniers synodes ont mis en lumière divers symptômes de la « culture du provisoire ». Je fais référence, par exemple, à la rapidité avec laquelle les gens Ils passent d’une relation affective à une autre. Ils estiment que l’amour, comme les réseaux sociaux, peut être connecté ou déconnecté selon le souhait du consommateur et même bloqué rapidement. Je pense aussi à la peur suscitée par la perspective d’un engagement permanent, à l’obsession du temps libre, des relations qui mesurent les coûts et les bénéfices et ne s’entretiennent que si elles sont un moyen de remédier à la solitude, d’avoir une protection ou de recevoir un service. Ce qui arrive aux objets et à l’environnement se transpose dans les relations émotionnelles : tout est jetable, chacun utilise et jette, dépense et casse, utilise et écrase aussi longtemps que cela est utile. Alors au revoir ! Le narcissisme rend les gens incapables de regarder au-delà d’eux-mêmes, de leurs désirs et de leurs besoins. Mais celui qui utilise les autres finit tôt ou tard par être utilisé, manipulé et abandonné avec la même logique. Il est frappant de constater que les ruptures surviennent souvent chez des personnes âgées qui recherchent une sorte d’« autonomie » et rejettent l’idéal de vieillir ensemble, de prendre soin et de se soutenir mutuellement. 40. «Au risque de simplifier, on pourrait dire qu’il existe une culture qui pousse de nombreux jeunes à ne pas pouvoir fonder une famille parce qu’ils sont privés d’opportunités d’avenir. Cependant, cette même culture offre à beaucoup d’autres, au contraire, tellement d’opportunités qu’eux aussi sont dissuadés de fonder une famille”[14]. Dans certains pays, de nombreux jeunes “sont souvent amenés à reporter le mariage par problèmes économiques, de travail ou d’études. Parfois, pour d’autres raisons, comme l’influence d’idéologies qui dévalorisent le mariage et la famille, l’expérience de l’échec d’autres couples auxquels ils ne veulent pas s’exposer, la peur de quelque chose qu’ils considèrent comme trop grand et sacré, les opportunités sociales et les avantages économiques découlant de la vie ensemble, une conception purement émotionnelle et romantique de l’amour, la peur de perdre leur liberté et leur indépendance, le rejet de tout ce qui est conçu comme institutionnel et bureaucratique»[15]. Nous devons trouver les mots, les motivations et les témoignages qui nous aident à toucher les fibres les plus intimes des jeunes, là où ils sont le plus capables de générosité, d’engagement, d’amour et même d’héroïsme, pour les inviter à accepter avec enthousiasme et courage le défi du mariage. 41. Les Pères synodaux ont évoqué les « tendances culturelles actuelles qui semblent imposer une affectivité sans limites, […] une affectivité narcissique, instable et changeante qui n’aide pas toujours les sujets à atteindre une plus grande maturité ». Ils se sont dits préoccupés par “une certaine diffusion de la pornographie et une commercialisation du corps, favorisée entre autres par une utilisation déséquilibrée d’Internet”, ainsi que par “la situation des personnes contraintes de se prostituer”. Dans ce contexte, « les conjoints se sentent souvent en insécurité, indécis et ont du mal à trouver des moyens de grandir. Nombreux sont ceux qui ont tendance à rester dans les premières étapes de la vie émotionnelle et sexuelle. La crise entre époux déstabilise la famille et, à travers les séparations et les divorces, peut avoir de graves conséquences sur les adultes, les enfants et la société, en affaiblissant les liens individuels et sociaux »[16]. Les crises conjugales sont souvent « affrontées de manière superficielle et sans le courage de la patience, du dialogue sincère, du pardon réciproque, de la réconciliation et aussi du sacrifice. Les échecs donnent naissance à de nouvelles relations, de nouveaux couples, de nouvelles unions et de nouveaux mariages, créant des situations familiales complexes et problématiques pour l’option chrétienne »[17]. un fort impact sur les taux de natalité”[18]. D’autres facteurs peuvent être ajoutés tels que « l’industrialisation, la révolution sexuelle, la peur de la surpopulation, les problèmes économiques. La société de consommation peut également décourager les gens d’avoir des enfants juste pour conserver leur liberté et leur style de vie »[19]. Il est vrai que la bonne conscience de les maris, lorsqu’ils ont été très généreux dans la communication de la vie, peuvent les guider vers la décision de limiter le nombre d’enfants pour des raisons suffisamment sérieuses, mais aussi, « par amour de cette dignité de conscience, l’Église rejette de toutes ses forces les interventions coercitives de l’État en faveur de la contraception, de la stérilisation et même de l’avortement »[20]. Ces mesures sont inacceptables même dans les endroits où le taux de natalité est élevé, mais il est frappant de constater que les politiques les encouragent également dans certains pays qui souffrent de la tragédie d’un taux de natalité très faible. Comme l’ont indiqué les évêques de Corée, cela revient à « agir de manière contradictoire et négliger son devoir »[21]. 43. L’affaiblissement de la foi et de la pratique religieuse dans certaines sociétés affecte les familles et les laisse davantage seules face à leurs difficultés. Les Pères ont déclaré que “l’une des plus grandes pauvretés de la culture actuelle est la solitude, résultat de l’absence de Dieu dans la vie des gens et de la fragilité des relations. De même, il existe un sentiment général d’impuissance face à la réalité socio-économique qui finit souvent par écraser les familles […] Souvent, les familles se sentent abandonnées par le désintérêt et le manque d’attention des institutions. Les conséquences négatives du point de vue de l’organisation sociale sont évidentes : de la crise démographique aux difficultés éducatives, de la fatigue face à l’accueil des la vie naissante au sentiment la présence des personnes âgées comme un fardeau, jusqu’à la propagation d’un mal-être émotionnel qui atteint parfois la violence. L’État a la responsabilité de créer les conditions législatives et de travail pour garantir l’avenir des jeunes et les aider à réaliser leur projet de fonder une famille”[22]. 44. Le manque de logement décent ou adéquat conduit généralement à retarder la formalisation d’une relation. Il faut rappeler que “la famille a droit à un logement décent, adapté à la vie familiale et proportionné au nombre de ses membres, dans un environnement physiquement sain, qui offre les services de base pour la vie de la famille et de la communauté”[23]. Une famille et La famille est un bien dont la société ne peut se passer, mais il faut la protéger.[24] La défense de ces droits est « un appel prophétique en faveur de l’institution familiale qui doit être respectée et défendue contre toute agression »[25], surtout dans le contexte actuel où elle occupe généralement peu de place dans les projets politiques, entre autres droits, « de pouvoir compter sur une famille adéquate ». politique des pouvoirs publics dans les domaines juridique, économique, social et fiscal”[26]. Parfois, l’angoisse des familles est dramatique lorsque, face à la maladie d’un proche, elles ne peuvent pas avoir accès à des services de santé adéquats, ou lorsque la période sans accès à un emploi décent se prolonge. «La coercition économique exclut l’accès de la famille à l’éducation, à la vie culturelle et à la vie sociale active. Le système économique actuel produit diverses formes d’exclusion sociale. Les familles souffrent notamment de problèmes liés au travail. Les possibilités pour les jeunes sont rares et l’offre d’emploi est très sélective et précaire. Les journées de travail sont longues et souvent aggravées par de longs temps de trajet. Cela n’aide pas les membres de la famille à se retrouver et à retrouver leurs enfants, pour nourrir leurs relations au quotidien”[27]. 45. “Il y a beaucoup d’enfants qui naissent hors mariage, surtout dans certains pays, et beaucoup grandissent ensuite avec un seul des parents ou dans un contexte familial élargi ou reconstitué […] D’autre part, l’exploitation sexuelle de l’enfance constitue l’une des réalités les plus scandaleuses et perverses de la société actuelle. De même, dans les sociétés frappées par la violence due à la guerre, au terrorisme ou la présence du crime organisé, des situations familiales se détériorent et, surtout dans les grandes métropoles et leurs périphéries, le soi-disant phénomène des enfants des rues se développe. Les abus sexuels sur les enfants deviennent encore plus scandaleux lorsqu’ils se produisent dans les lieux où ils devraient être protégés, notamment dans les familles et dans les lieux de résidence. dans les écoles et dans les communautés et institutions chrétiennes[29]. 46. ​​​​​​Les migrations « représentent un autre signe des temps qu’il faut affronter et comprendre avec toutes les conséquences sur la vie familiale »[30]. Le dernier Synode a accordé une grande importance à ce problème, affirmant qu'”il concerne, de différentes manières, des populations entières dans diverses parties du monde. L’Église a joué un rôle important dans ce domaine. La nécessité de maintenir et de développer ce témoignage évangélique (cf. Mt 25, 35) apparaît aujourd’hui plus urgente que jamais […] La mobilité humaine, qui correspond au mouvement historique naturel des personnes, peut révéler une richesse authentique, tant pour la famille qui émigre que pour le pays qui l’accueille. Une autre chose est le déplacement forcé. la migration des familles comme conséquence de situations de guerre, de persécution, de pauvreté, d’injustice, marquée par les vicissitudes d’un voyage qui met souvent des vies en danger, traumatise les personnes et déstabilise les familles. L’accompagnement des migrants nécessite une attention pastorale spécifique, adressée aussi bien aux familles qui émigrent qu’aux membres des unités familiales qui restent dans leurs lieux d’origine. rites et traditions, également à travers une pastorale spécifique […] Les expériences migratoires sont particulièrement dramatiques et dévastatrices, tant pour les familles que pour les individus, lorsqu’elles se déroulent en dehors de la légalité et sont entretenues par les circuits internationaux de traite des êtres humains. Même lorsqu’il s’agit de femmes ou d’enfants non accompagnés, contraints de rester pendant de longues périodes dans des lieux de passage entre un pays et un autre, dans des camps de réfugiés, où il n’est pas possible d’entamer un chemin d’intégration. L’extrême pauvreté et d’autres situations de désintégration poussent même parfois les familles à vendre leurs propres enfants à des fins de prostitution ou de trafic d’organes. 47. Les Pères ont également consacré une attention particulière « aux familles de personnes handicapées, chez lesquelles le handicap, qui fait irruption dans la vie, génère un défi profond et inattendu, et perturbe les équilibres, les désirs et les attentes […] Les familles qui acceptent avec amour l’épreuve difficile d’un enfant handicapé méritent une grande admiration. Elles donnent à l’Église et à la société un précieux témoignage de fidélité au don de la vie. La famille pourra découvrir, avec la communauté chrétienne, de nouveaux gestes et langages, formes de compréhension et d’identité, sur le chemin de l’accueil et du soin du mystère de la fragilité. Les personnes handicapées sont un don et une opportunité pour la famille de grandir dans l’amour, l’entraide et l’unité […] La famille qui accepte la présence des personnes handicapées avec le regard de la foi saura reconnaître et garantir la qualité et la valeur de chaque vie, avec ses besoins, ses droits et ses opportunités. Une telle famille apportera assistance et soins, et favorisera la camaraderie et l’affection, dans toutes les phases de la vie”[33]. Je tiens à souligner que l’attention dédiée aussi bien aux migrants qu’aux personnes handicapées est un signe de l’Esprit. Parce que les deux situations sont paradigmatiques : elles mettent en jeu surtout la façon dont est vécue aujourd’hui la logique d’accueil miséricordieux et d’intégration des plus fragiles. 48. « La plupart des familles respectent les personnes âgées, les entourent d’affection et les considèrent comme une bénédiction. et socialement […] Dans les sociétés hautement industrialisées, où leur nombre augmente alors que le taux de natalité diminue, ils courent le risque d’être perçus comme un fardeau. En revanche, les soins dont ils ont besoin mettent souvent leurs proches à rude épreuve »[34]. «Valoriser la phase finale de la vie est encore plus nécessaire aujourd’hui, car dans la société d’aujourd’hui, il s’agit d’annuler le moment du transit par tous les moyens possibles. La fragilité et la dépendance des personnes âgées sont parfois injustement exploitées à des fins économiques. De nombreuses familles nous enseignent que nous pouvons affronter les dernières années de la vie en valorisant le sentiment d’accomplissement et d’intégration de toute notre existence dans le mystère pascal. Un grand nombre de personnes âgées sont accueillies dans des structures ecclésiales, où elles peuvent vivre dans un environnement serein et familier sur le plan matériel et spirituel. L’euthanasie et le suicide assisté constituent de graves menaces pour les familles du monde entier. Sa pratique est légale dans de nombreux pays. L’Église, bien que fermement opposée à ces pratiques, ressent le devoir d’aider les familles qui s’occupent de leurs membres âgés et malades. personne, l’enfant grandit dans un abandon qui l’expose à toutes sortes de risques, et sa maturation personnelle est compromise Dans les situations difficiles vécues par les personnes les plus nécessiteuses, l’Église doit prendre un soin particulier à comprendre, consoler, intégrer, éviter. leur imposant une série de règles comme s’ils étaient un roc, ce qui a pour effet de les faire se sentir jugés et abandonnés précisément par cette Mère qui est appelée à leur apporter la miséricorde de Dieu. Ainsi, au lieu d’offrir la force guérissante de la grâce et la lumière de l’Évangile, certains veulent « l’endoctriner », en faire des « pierres mortes à jeter contre les autres »[37]. Quelques défis 50. Les réponses reçues aux deux consultations réalisées au cours du parcours synodal ont mentionné les situations les plus diverses qui posent de nouveaux défis. En plus de celles déjà indiquées, beaucoup ont évoqué la fonction éducative, qui est entravée, entre autres raisons, parce que les parents arrivent à la maison fatigués et peu disposés à parler, dans de nombreuses familles il n’y a même plus l’habitude de manger ensemble, et une grande variété d’offres de distraction se développent en plus de l’addiction à la télévision. Cela rend difficile la transmission de la foi des parents aux enfants. D’autres ont indiqué que les familles sont souvent malades en raison d’une énorme anxiété. Il semble y avoir plus de souci de prévenir les problèmes futurs que de partager le présent. Ce problème, qui est un problème culturel, est aggravé par un avenir professionnel incertain, une précarité économique ou la peur pour l’avenir de ses enfants. 51. La toxicomanie a également été citée comme l’un des fléaux de notre époque, qui fait souffrir de nombreuses familles et finit souvent par les détruire. quelque chose de similaire Cela se produit avec l’alcoolisme, le jeu et d’autres dépendances. La famille pourrait être le lieu de prévention et d’endiguement, mais la société et la politique ne se rendent pas pleinement compte qu’une famille à risque « perd la capacité de réagir pour aider ses membres […] Nous constatons les graves conséquences de cette rupture dans les familles brisées, les enfants déracinés, les personnes âgées abandonnées, les enfants orphelins de parents vivants, les adolescents et les jeunes désorientés et sans règles »[38]. Comme l’ont souligné les évêques du Mexique, il existe de tristes situations de violence familiale qui sont un terrain fertile pour de nouvelles formes d’agressivité sociale, car « les relations familiales expliquent également la prédisposition à une personnalité violente. Les familles qui influencent cela sont celles qui ont une mauvaise communication ; et la haine dans les relations humaines fondamentales”[39]. 52. Personne ne peut penser que l’affaiblissement de la famille en tant que société naturelle fondée sur le mariage soit bénéfique à la société. C’est le contraire qui se produit : cela nuit à la maturation des personnes, à la culture des valeurs communautaires et au développement éthique des personnes. villes et villages. Il n’est plus évident que seule l’union exclusive et indissoluble entre un homme et une femme remplisse une pleine fonction sociale, étant un engagement stable et rendant possible la fécondité. Il faut reconnaître la grande diversité des situations familiales qui peuvent apporter une certaine stabilité, mais les unions de fait ou entre personnes de même sexe, par exemple, ne peuvent être simplement assimilées au mariage. Aucune union précaire ou fermée à la communication de la vie ne nous assure de l’avenir de la société. Mais qui est aujourd’hui chargé de renforcer les mariages, de les aider à surmonter les risques qui les menacent, de les accompagner dans leur rôle éducatif, de stimuler la stabilité de l’union conjugale ? 53. « Dans certaines sociétés, la pratique de la polygamie est encore en vigueur ; Dans d’autres contextes, la pratique des mariages combinés demeure […] Dans de nombreux contextes, et pas seulement occidentaux, la pratique de la cohabitation précédant le mariage est largement diffusée, ainsi que les cohabitations non orientées vers la prise de la forme d’un lien institutionnel »[40]. Dans plusieurs pays, la législation facilite la promotion d’une multiplicité d’alternatives, de sorte qu’un mariage avec des notes d’exclusivité, d’indissolubilité et d’ouverture à la vie finit par apparaître comme une offre dépassée parmi tant d’autres. Une déconstruction juridique de la famille progresse dans de nombreux pays, tendant à adopter des formes fondées presque exclusivement sur la famille. paradigme de l’autonomie de la volonté. S’il est légitime et juste de rejeter les anciennes formes familiales « traditionnelles », caractérisées par l’autoritarisme, voire la violence, cela ne doit pas conduire au mépris du mariage mais à la redécouverte de son véritable sens et de son renouveau. La force de la famille « réside essentiellement dans sa capacité d’aimer et d’apprendre à aimer. Aussi blessée soit-elle, une famille peut grandir grâce à l’amour »[41]. 54. Dans ce bref aperçu de la réalité, je souhaite souligner que, même si des améliorations notables ont été enregistrées dans la reconnaissance des droits des femmes et leur participation aux espaces publics, il reste encore beaucoup à faire dans certains pays. Les coutumes inacceptables ne sont pas complètement éradiquées. Je souligne les violences honteuses qui sont parfois exercées contre les femmes, les maltraitances familiales et différentes formes d’esclavage qui ne constituent pas une démonstration de force masculine mais plutôt une lâche dégradation. Les violences verbales, physiques et sexuelles exercées contre les femmes dans certains mariages contredisent la nature même de l’union conjugale. Je pense aux graves mutilations génitales des femmes dans certaines cultures, mais aussi à l’inégalité d’accès à des emplois décents et aux lieux où se prennent les décisions. L’histoire porte les traces des excès des cultures patriarcales, où les femmes étaient considérées comme de seconde zone, mais rappelons-nous aussi la GPA ou « la instrumentalisation et marchandisation du corps féminin dans la culture médiatique actuelle»[42]. Certains considèrent que de nombreux problèmes actuels sont survenus depuis l’émancipation des femmes. Mais cet argument n’est pas valable, “c’est un mensonge, ce n’est pas vrai. C’est une forme de machisme”[43]. La dignité identique entre l’homme et la femme nous pousse à nous réjouir que les anciennes formes de discrimination soient surmontées et que se développe un exercice de réciprocité au sein des familles. la vie familiale, notamment dans la protection et le soutien de l’épouse et des enfants […] De nombreux hommes sont conscients de l’importance de leur rôle dans la famille et le vivent avec le caractère typique de la nature masculine. L’absence du père affecte gravement la vie familiale, l’éducation des enfants et leur intégration dans la société. Son absence peut être physique, émotionnelle, cognitive et spirituelle. 56. Un autre défi naît, sous diverses formes, d’une idéologie, génériquement appelée genre, qui “nie la différence et la réciprocité naturelle entre les hommes et les femmes. Cela présente une société sans différences sexuelles et vide les fondements anthropologiques de la société”. famille. Cette idéologie donne lieu à des projets pédagogiques et à des orientations législatives qui promeuvent une identité personnelle et une intimité émotionnelle radicalement déconnectées de la diversité biologique entre hommes et femmes. L’identité humaine est déterminée par une option individualiste, qui évolue également avec le temps”[45]. Il est inquiétant que certaines idéologies de ce type, qui cherchent à répondre à certaines aspirations parfois compréhensibles, tentent de s’imposer comme une pensée unique qui détermine même l’éducation des enfants. Il ne faut pas ignorer que “le sexe biologique (sexe) et le rôle socioculturel du sexe (genre) peuvent être distingués mais non séparés”[46]. D’autre part, “la révolution biotechnologique dans le domaine de la procréation humaine a introduit la possibilité de manipuler l’acte générateur, le rendant indépendant de la relation sexuelle entre l’homme et la femme. De cette manière, la vie humaine, ainsi que la paternité et la maternité, sont devenues des réalités composables et décomposables, soumises principalement aux désirs des individus ou des couples»[47]. nous essayons de remplacer le Créateur. Nous sommes des créatures, nous ne sommes pas tout-puissants. Ce qui est créé nous précède et doit être reçu comme un don. En même temps, nous sommes appelés à garder notre humanité. et cela signifie avant tout l’accepter et le respecter tel qu’il a été créé. 57. Je remercie Dieu de ce que de nombreuses familles, qui sont loin de se considérer parfaites, vivent dans l’amour, accomplissent leur vocation et avancent, même si elles tombent souvent en cours de route. Des réflexions synodales ne ressort pas un stéréotype de la famille idéale, mais plutôt un intéressant « collage » composé de tant de réalités différentes, rempli de joies, de drames et de rêves. Les réalités qui nous préoccupent sont des défis. Ne tombons pas dans le piège de nous perdre dans des lamentations auto-défensives, au lieu d’éveiller la créativité missionnaire. Dans toutes les situations, « l’Église ressent le besoin de dire une parole de vérité et d’espérance […] Les grandes valeurs du mariage et de la famille chrétienne correspondent à la recherche qui imprègne l’existence humaine »[48]. Si nous constatons de nombreuses difficultés, elles sont – comme l’ont dit les évêques de Colombie – un appel à « libérer en nous les énergies de l’espérance, en les traduisant en rêves prophétiques, en actions transformatrices et en imagination de charité »[49]. Troisième chapitre REGARD SUR JÉSUS : VOCATION DE LA FAMILLE 58. Devant les familles et parmi elles, doit toujours résonner à nouveau la première annonce, qui est « la plus belle, la plus grande, la plus attrayante et en même temps la plus nécessaire »[50], et « elle doit occuper le centre de l’activité évangélisatrice »[51]. C’est l’annonce principale, « celle qu’il faut toujours réentendre ». de différentes manières et cela doit toujours être annoncé à nouveau d’une manière ou d’une autre»[52]. Car « il n’y a rien de plus solide, de plus profond, de plus sûr, de plus dense et de plus sage que cette annonce » et « toute formation chrétienne est avant tout l’approfondissement du kérygme »[53]. 59. Notre enseignement sur le mariage et la famille ne peut manquer d’être inspiré et transfiguré à la lumière de cette annonce d’amour et de tendresse, pour ne pas devenir une simple défense d’une doctrine froide et sans vie. Parce que le mystère de la famille chrétienne ne peut être pleinement compris qu’à la lumière de l’amour infini du Père, manifesté dans le Christ, qui s’est donné jusqu’au bout et vit parmi nous. C’est pourquoi je veux contempler le Christ vivant présent dans tant d’histoires d’amour et invoquer le feu de l’Esprit sur toutes les familles du monde. 60. Dans ce cadre, ce bref chapitre comprend une synthèse de l’enseignement de l’Église sur le mariage et la famille. Ici aussi, je citerai plusieurs contributions présentées par les Pères synodaux dans leurs réflexions sur la lumière que nous offre la foi. Ils sont partis du regard de Jésus et ont indiqué qu’il « regardait avec amour et tendresse les femmes et les hommes qu’il rencontrait, accompagnant leurs pas avec vérité, patience et miséricorde, alors qu’il annonçait les exigences du Royaume de Dieu »[54]. De même, le Seigneur nous accompagne aujourd’hui dans notre intérêt à vivre et à transmettre l’Évangile de la famille. Jésus récupère et amène à sa plénitude le projet divin 61. Contrairement à ceux qui interdisaient le mariage, le Nouveau Testament enseigne que « tout ce que Dieu a créé est bon, rien ne doit être jeté » (1 Tim 4, 4). Le mariage est un « don » du Seigneur (cf. 1 Co 7, 7). En même temps, en raison de ce bilan positif, une forte importance est accordée au soin de ce don divin : « Respectez le mariage, le lit nuptial » (Hé 13, 4). Ce don de Dieu inclut la sexualité : « Ne vous privez pas les uns les autres » (1 Co 7, 5). 62. Les Pères synodaux ont rappelé que Jésus « se référant au projet primordial pour l’homme et la femme, réaffirme l’union indissoluble entre eux, tout en disant qu’« à cause de la dureté de votre cœur, Moïse vous a permis de divorcer de vos femmes ; mais, dès le début, il n’en était pas ainsi » (Mt 19, 8). L’indissolubilité du mariage – « ce que Dieu a uni, que personne ne le sépare » (Mt 19, 6) – ne doit pas être comprise avant tout comme un « joug » imposé aux hommes mais comme un « don » fait aux personnes unies dans le mariage […] La condescendance divine accompagne toujours le chemin humain, guérit et transforme par sa grâce le cœur endurci, en le dirigeant vers son dès le début, à travers le chemin de croix. Des Évangiles émerge clairement l’exemple de Jésus, qui […] a annoncé le message sur le sens du mariage comme plénitude de révélation qui retrouve le projet originel de Dieu (cf. Mt 19, 3)»[55]. original (cf. Mc 10,1-12). La famille et le mariage ont été rachetés par le Christ (cf. Ep 5, 21-32), restaurés à l’image de la Sainte Trinité, mystère d’où jaillit tout véritable amour. L’alliance sponsale, inaugurée dans la création et révélée dans l’histoire du salut, reçoit la pleine révélation de son sens dans le Christ et dans son Église. Du Christ, à travers l’Église, le mariage et la famille reçoivent la grâce nécessaire pour témoigner de l’amour de Dieu et vivre la vie de communion. L’Évangile de la famille traverse l’histoire du monde, depuis la création de l’homme à l’image et à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 26-27) jusqu’à l’accomplissement du mystère de l’Alliance dans le Christ à la fin des siècles avec les noces de l’Agneau (cf. Ap 19, 9)»[56]. 64. «L’exemple de Jésus est un paradigme pour l’Église […] Il a commencé sa vie publique avec le miracle des noces de Cana (cf. Jn 2, 1-11) […] Il a partagé des moments quotidiens d’amitié avec la famille de Lazare et ses sœurs (cf. Luc 10, 38) et avec la famille de Pierre (cf. Mt 8, 14). Il a entendu les cris des parents pour leurs enfants, les rendant à la vie (cf. Mc 5, 41 ; Luc 7, 14-15), montrant ainsi le vrai sens de la miséricorde, qui implique le rétablissement de l’Alliance (cf. Jean-Paul II, Dives in Misericordia, 4). Cela apparaît clairement dans les rencontres avec la Samaritaine (cf. Jn 4, 1-30) et avec la femme adultère (cf. Jn 8, 1-11), où s’éveille la perception du péché face à l’amour. libre de Jésus»[57]. 65. L’incarnation du Verbe dans une famille humaine, à Nazareth, émeut l’histoire du monde par sa nouveauté. Il nous faut nous immerger dans le mystère de la naissance de Jésus, dans le oui de Marie à l’annonce de l’ange, lorsque le Verbe a germé dans son sein ; aussi dans le oui de Joseph, qui a donné le nom à Jésus et a pris soin de Marie ; à la fête des bergers près de la crèche, à l’adoration des mages ; dans la fuite vers l’Égypte, à laquelle Jésus participe à la douleur de son peuple exilé, persécuté et humilié ; dans l’attente religieuse de Zacharie et dans la joie qui accompagne la naissance de Jean-Baptiste, dans la promesse réalisée pour Siméon et Anne au temple, dans l’admiration des docteurs de la loi à l’écoute de la sagesse de l’adolescent Jésus. Et puis, pénétrez dans les trente longues années où Jésus gagnait son pain en travaillant de ses mains, murmurant la prière et la tradition croyante de son peuple et s’éduquant dans la foi de ses parents, jusqu’à la faire fructifier dans le mystère du Royaume. C’est le mystère de Noël et le secret de Nazareth, plein du parfum de famille. C’est le mystère qui a tant fasciné François d’Assise, Thérèse de l’Enfant Jésus et Charles de Foucauld, dans lequel les familles chrétiennes puisent aussi pour renouveler leur espérance et leur joie. 66. « L’alliance d’amour et de fidélité dont vit la Sainte Famille de Nazareth éclaire le principe qui façonne chaque famille et la rend capable de mieux affronter les vicissitudes de la vie et de l’histoire. Sur cette base, chaque famille, malgré sa faiblesse, peut devenir une lumière dans les ténèbres du monde. “Leçon de vie domestique. Que Nazareth enseigne ce qu’est la famille, sa communion d’amour, sa beauté simple et austère, son caractère sacré et inviolable ; enseigne combien sa pédagogie est douce et irremplaçable ; enseigne ce qu’il y a de fondamental et d’indépassable dans sa sociologie” (Paul VI, Discours à Nazareth, 5 janvier 1964)»[58]. La famille dans les documents de l’Église 67. Le Concile œcuménique Vatican II, dans la Constitution pastorale Gaudium et Spes, a traité de « la promotion de la dignité du mariage et de la famille » (cf. 47-52). Il a défini le mariage comme une communauté de vie et d’amour (cf. 48), mettant l’amour au centre de la famille […] Le « véritable amour entre mari et femme » (49) implique l’abandon mutuel, inclut et intègre la dimension sexuelle et affective, conformément au dessein divin (cf. 48-49). En outre, il met en évidence l’enracinement des époux dans le Christ : le Christ Seigneur « va à la rencontre des époux chrétiens dans le sacrement du mariage » (48) et demeure avec eux. Dans l’incarnation, il assume l’amour humain, le purifie, le porte à sa plénitude et donne aux époux, avec son Esprit, la capacité de le vivre, en imprégnant toute leur vie de foi, d’espérance et de charité. De cette manière, les époux sont consacrés et, par leur propre grâce, édifient le Corps du Christ et constituent une Église domestique (cf. Lumen gentium, 11), afin que l’Église, pour Pour bien comprendre son mystère, il faut se tourner vers la famille chrétienne, qui le manifeste de manière authentique”[59]. 68. Puis, “sur les traces du Concile Vatican II, le bienheureux Paul VI a approfondi la doctrine sur le mariage et la famille. En particulier, avec l’Encyclique Humanae Vitae, il a souligné le lien intime entre amour conjugal et procréation : « L’amour conjugal exige que les époux soient conscients de leur mission de parentalité responsable, sur laquelle on insiste si justement aujourd’hui et qu’il faut comprendre exactement […] L’exercice responsable de la parentalité exige donc que les époux reconnaissent pleinement leurs propres devoirs envers Dieu, envers eux-mêmes, envers la famille et la société, dans une juste hiérarchie de valeurs » (10). Dans l’Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi, le bienheureux Paul VI a mis en évidence la relation entre la famille et l’Église»[60]. 69. « Saint Jean-Paul II a consacré une attention particulière à la famille à travers ses catéchismes sur l’amour humain, la Lettre aux familles Gratissimam saine et surtout avec l’Exhortation apostolique Familiaris consortio. Dans ces documents, le Pontife définit la famille « via l’Église » ; a offert un aperçu de la vocation à l’amour de l’homme et de la femme ; a proposé les lignes fondamentales pour la pastorale de la famille et pour la présence de la famille dans la société. En particulier, à propos de la charité conjugale (cf. Familiaris consortio, 13), il décrit la manière dont les époux, dans leur 70. « Benoît XVI, dans l’Encyclique Deus caritas est, a repris le thème de la vérité de l’amour entre l’homme et la femme, qui ne s’éclaire pleinement qu’à la lumière de l’amour du Christ crucifié (cf. n. 2). Il souligne que « le mariage fondé sur un amour exclusif et définitif devient l’icône de la relation de Dieu avec son peuple et, vice versa, La manière d’aimer de Dieu devient la mesure de l’amour humain” (11). En outre, dans l’Encyclique Caritas in veritate, il souligne l’importance de l’amour comme principe de vie en société (cf. n. 44), lieu où s’apprend l’expérience du bien commun”[62]. Le sacrement du mariage 71. “L’Écriture Sainte et la Tradition nous révèlent la Trinité avec des traits familiers. La famille est l’image de Dieu, qui […] est une communion de personnes. la voix du Père a appelé Jésus le Fils bien-aimé, et dans cet amour nous pouvons reconnaître l’Esprit Saint (cf. Marc 1, 10-11). Jésus, qui a tout réconcilié en lui-même et a racheté l’homme du péché, a non seulement ramené le mariage et la famille à leur forme originelle, mais il a aussi élevé le mariage au rang de signe sacramentel de son amour pour l’Église (cf. Mt 19, 1-12 ; Mc 10, 1-12 ; Ep 5, 21-32). famille, réunie dans le Christ, est restaurée « l’image et la ressemblance » de la Sainte Trinité (cf. Gn 1, 26), mystère d’où jaillit tout véritable amour. Du Christ, à travers l’Église, l’Église. Le mariage et la famille reçoivent la grâce nécessaire pour témoigner de l’Évangile de l’amour de Dieu »[63]. 72. Le sacrement du mariage n’est pas une convention sociale, un rite vide de sens ou le simple signe extérieur d’un engagement. Le sacrement est un don pour la sanctification et le salut des époux, car « leur appartenance mutuelle est une représentation réelle, à travers le signe sacramentel, de la même relation du Christ avec l’Église. Les époux sont donc la mémoire permanente pour l’Église de ce qui s’est passé sur la croix ; Ils sont les uns pour les autres et pour leurs enfants, témoins du salut, auquel le sacrement les fait participer”[64]. Le mariage est une vocation, en ce sens qu’il est une réponse à l’appel spécifique à vivre l’amour conjugal comme signe imparfait de l’amour entre le Christ et l’Église. C’est pourquoi la décision de se marier et de fonder une famille doit être le résultat d’un discernement vocationnel. 73. “Le don réciproque constitutif du mariage sacramentel s’enracine dans la grâce du baptême, qui établit l’alliance fondamentale de chaque personne avec le Christ dans l’Église. Dans l’acceptation mutuelle et avec la grâce du Christ, les époux se promettent un dévouement total, une fidélité et une ouverture à la vie, et reconnaissent également comme éléments constitutifs du mariage les dons que Dieu leur offre, en prenant au sérieux leur engagement mutuel, en son nom et devant l’Église. Désormais, la foi nous permet d’assumer les biens du mariage comme des engagements qui peuvent être mieux soutenus à travers. le secours de la grâce du sacrement […] Ainsi, le regard de l’Église est dirigé vers les époux comme vers le cœur de toute la famille, qui à son tour dirige son regard vers Jésus»[65]. Le sacrement n’est pas une « chose » ou une « force », car en réalité le Christ lui-même « par le sacrement du mariage, va à la rencontre des époux chrétiens (cf. Gaudium et spes, 48). mais il rend aussi cet amour présent dans la communion des époux. En s’unissant en une seule chair, ils représentent l’union du Fils de Dieu avec la nature humaine. C’est pourquoi « dans les joies de son amour et de sa vie de famille, il leur donne, déjà ici, un avant-goût des noces de l’Agneau »[67]. Même si « l’analogie entre le couple époux et le Christ-Église » est une « analogie imparfaite »[68], elle nous invite à invoquer le Seigneur pour qu’il répande son propre amour dans les limites des relations conjugales. 74. L’union sexuelle, vécue humainement et sanctifiée par le sacrement, est à son tour un chemin de croissance dans la vie de grâce pour les époux. C’est le « mystère nuptial »[69]. La valeur de l’union des corps s’exprime dans les paroles du consentement, où ils s’acceptent et se donnent les uns aux autres. un autre à partager pour toute une vie. Ces mots donnent du sens à la sexualité et la libèrent de toute ambiguïté. Mais, en réalité, toute la vie commune des époux, tout le réseau de relations qu’ils tisseront entre eux, avec leurs enfants et avec le monde, sera imprégné et renforcé par la grâce du sacrement qui découle du mystère de l’Incarnation et de la Pâque, où Dieu a exprimé tout son amour pour l’humanité et s’est uni intimement à elle. Vous ne serez jamais seul avec vos propres forces pour faire face aux défis qui se présentent. Ils sont appelés à répondre au don de Dieu par leur engagement, leur créativité, leur résistance et leur combat quotidien, mais ils sauront toujours invoquer l’Esprit Saint qui a consacré leur union, pour que la grâce reçue se manifeste à nouveau dans chaque situation nouvelle. 75. Selon la tradition latine de l’Église, dans le sacrement du mariage, les ministres sont l’homme et la femme qui se marient[70], qui, en manifestant leur consentement et en l’exprimant dans leur abandon corporel, reçoivent un grand don. Leur consentement et l’union de leurs corps sont les instruments de l’action divine qui font d’eux une seule chair. Par le baptême, leur capacité à se marier en tant que ministres du Seigneur pour répondre à l’appel de Dieu a été consacrée. Par conséquent, lorsque deux époux non chrétiens sont baptisés, il n’est pas nécessaire qu’ils renouvellent la promesse de mariage, et il suffit qu’ils ne la rejettent pas, puisque par le baptême qu’ils reçoivent, cette union devient automatiquement sacramentel. Le droit canonique reconnaît également la validité de certains mariages célébrés sans ministre ordonné[71]. En effet, l’ordre naturel a été assumé par la rédemption de Jésus-Christ, de telle sorte que « entre les baptisés, il ne peut y avoir de contrat de mariage valable qui ne soit donc un sacrement »[72]. L’Église peut exiger la publicité de l’acte, la présence de témoins et d’autres conditions qui ont varié au cours de l’histoire, mais cela ne prive pas les deux conjoints de leur caractère de ministres du sacrement ni n’affaiblit la centralité du consentement de l’homme et de la femme, qui est ce qui en soi établit le lien sacramentel. Quoi qu’il en soit, il faut réfléchir davantage à l’action divine dans le rite du mariage, très présent dans les Églises orientales, en soulignant l’importance de la bénédiction des mariés comme signe du don de l’Esprit. Semences de la Parole et situations imparfaites 76. « L’Évangile de la famille nourrit aussi ces semences qui attendent encore de mûrir et doit prendre soin des arbres qui ont perdu leur vitalité et ne doivent pas être négligés »[73], afin qu’à partir du don du Christ dans le sacrement, « ils soient patiemment conduits plus loin jusqu’à atteindre une connaissance plus riche et une intégration plus complète de ce mystère dans leur vie »[74]. 77. Partant de l’enseignement biblique selon lequel tout a été créé par le Christ et pour le Christ (cf. Col 1, 16), les Pères synodaux Ils ont rappelé que “l’ordre de la rédemption éclaire et accomplit celui de la création. Le mariage naturel se comprend donc pleinement à la lumière de son accomplissement sacramentel : ce n’est qu’en fixant notre regard sur le Christ que nous pouvons connaître en profondeur la vérité des relations humaines. “En réalité, le mystère de l’homme ne s’éclaire que dans le mystère du Verbe incarné […] Le Christ, le nouvel Adam, dans la même révélation du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à l’homme et lui révèle la grandeur de sa vocation”. (Gaudium et spes, 22). Il est particulièrement opportun de comprendre de manière centrée sur le Christ […] le bien des époux (bonum coniugum)»[75], qui comprend l’unité, l’ouverture à la vie, la fidélité et l’indissolubilité, ainsi que, dans le mariage chrétien, l’entraide sur le chemin de l’amitié la plus complète avec le Seigneur. «Le discernement de la présence de la semina Verbi dans d’autres cultures (cf. Ad gentes divinitus, 11) est possible. s’appliquer également à la réalité du mariage et de la famille. En dehors du véritable mariage naturel, il y a aussi des éléments positifs dans les formes de mariage d’autres traditions religieuses »[76], bien qu’il y ait aussi des ombres. Nous pouvons dire que « toute personne qui veut mettre au monde une famille qui enseigne aux enfants à se réjouir de chaque action visant à vaincre le mal – une famille qui montre que l’Esprit est vivant et actif – trouvera gratitude et estime, quelle que soit la situation. 78. «Le regard du Christ, dont la lumière illumine tout homme (cf. Jn 1,9; Gaudium et Spes, 22), inspire la pastorale de l’Église envers les fidèles qui vivent simplement ensemble, ceux qui ont contracté seulement un mariage civil ou les divorcés remariés. Avec l’approche de la pédagogie divine, l’Église regarde avec amour ceux qui participent de manière imparfaite à sa vie: elle elle leur demande la grâce de la conversion ; elle leur inculque le courage de faire le bien, de prendre soin les uns des autres avec amour et d’être au service de la communauté dans laquelle ils vivent et travaillent […] Lorsque l’union atteint une stabilité notable grâce à un lien public – et est connotée par une profonde affection, la responsabilité envers sa progéniture, la capacité de surmonter les épreuves – elle peut être considérée comme une occasion de s’accompagner mutuellement vers le sacrement du mariage, autant que possible. »[78] 79. « Face aux situations difficiles et aux blessures. Dans les familles, il faut toujours rappeler un principe général : « Les pasteurs, par amour de la vérité, sont obligés de bien discerner les situations » (Familiaris consortio, 84). Le degré de responsabilité n’est pas le même dans tous les cas et certains facteurs peuvent limiter la capacité de prise de décision. Par conséquent, tout en exprimant clairement la doctrine, nous devons éviter les jugements qui ne tiennent pas compte de la complexité des différentes situations et nous devons être attentifs à la manière dont les gens vivent. et ils souffrent à cause de leur condition»[79]. Transmission de la vie et éducation des enfants 80. Le mariage est avant tout une « communauté conjugale intime de vie et d’amour »[80], qui constitue un bien pour les époux eux-mêmes[81], et la sexualité « s’ordonne à l’amour conjugal de l’homme et de la femme »[82]. C’est pour cette raison que même « les maris à qui Dieu n’a pas donné d’enfants peuvent mener une vie conjugale pleine de sens, humainement et chrétiennement »[83]. Mais cette union est ordonnée à la génération « par son propre caractère naturel »[84]. L’enfant qui arrive « ne vient pas du dehors pour ajouter à l’amour mutuel des époux ; il naît du cœur même de ce don réciproque, dont il est le fruit et l’accomplissement »[85]. Il n’apparaît pas comme la fin d’un processus, mais est présent dès le début de l’amour comme une caractéristique essentielle qu’on ne peut nier sans mutiler l’amour lui-même. Dès l’origine, l’amour rejette toute velléité de se refermer sur lui-même et s’ouvre à une fécondité qui l’étend au-delà de sa propre existence. Aucun acte génital des époux ne peut donc nier ce sens[86], même si, pour diverses raisons, il ne peut pas toujours engendrer une nouvelle vie. 81. L’enfant prétend naître de cet amour, et non en aucune manière, puisqu’il « n’est pas un droit mais un don »[87], qui est « le fruit de l’acte spécifique de l’amour conjugal de ses parents »[88]. Car « selon l’ordre de la création, l’amour conjugal entre un homme et une femme et la transmission de la vie sont réciproquement ordonnés (cf. Gn 1, 27-28). De cette manière, le Créateur a fait de l’homme et de la femme des participants à l’œuvre de sa création et, en même temps, il en a fait des instruments de son amour, confiant l’avenir de l’humanité à leur responsabilité à travers la transmission de la vie humaine »[89]. entre époux, dans toutes ses dimensions, ainsi que la responsabilité générative. Il est nécessaire de redécouvrir le message de l’Encyclique Humanae Vitae de Paul VI, qui souligne la nécessité de respecter la dignité de la personne dans l’évaluation morale des méthodes de régulation de la natalité […] L’option de l’adoption et du placement familial exprime une fécondité particulière de l’expérience conjugale»[91]. Avec une gratitude particulière, l’Église « soutient les familles qui accueillent, éduquent et entourent de leur affection des enfants aux capacités diverses »[92]. 83. Dans ce contexte, je ne peux m’empêcher de dire que, si la famille est le sanctuaire de la vie, le lieu où la vie est engendrée et soignée, cela constitue une contradiction déchirante qu’elle devienne le lieu où la vie est niée et détruite. La valeur d’une vie humaine est si grande et le droit à la vie d’un enfant est si inaliénable. innocent qui grandit dans le ventre de sa mère, que la possibilité de prendre des décisions concernant cette vie ne peut en aucun cas être considérée comme un droit sur son propre corps, qui est une fin en soi et ne peut jamais être un objet de domination par un autre être humain. La famille protège la vie dans toutes ses étapes et aussi dans son déclin. C’est pourquoi « il est rappelé à ceux qui travaillent dans les structures de santé l’obligation morale de l’objection de conscience. De la même manière, l’Église non seulement ressent l’urgence d’affirmer le droit à la mort naturelle, en évitant la cruauté thérapeutique et l’euthanasie », mais aussi « rejette fermement la peine de mort »[93]. 84. Les Pères ont également voulu souligner que « l’un des défis fondamentaux auxquels sont confrontées les familles aujourd’hui est sûrement le défi éducatif, encore plus ardu et complexe en raison de la réalité culturelle actuelle et de la grande influence des médias »[94]. «L’Église joue un rôle précieux dans le soutien des familles, depuis l’initiation chrétienne jusqu’aux communautés d’accueil»[95]. Mais il me semble très important de rappeler que l’éducation intégrale des enfants est une « obligation très sérieuse » ainsi qu’un « droit primordial » des parents[96]. Ce n’est pas seulement un fardeau ou un poids, mais aussi un droit essentiel et irremplaçable qu’ils sont appelés à défendre et que personne ne doit tenter de leur enlever. L’État offre un service éducatif de manière subsidiaire, accompagnant les le rôle indélébile des parents, qui ont le droit de choisir librement le type d’éducation – accessible et de qualité – qu’ils souhaitent donner à leurs enfants selon leurs convictions. L’école ne remplace pas les parents mais les complète. Il s’agit d’un principe de base : « Tout autre collaborateur au processus éducatif doit agir au nom des parents, avec leur consentement et, dans une certaine mesure, même à leur demande »[97]. Mais « un fossé s’est ouvert entre la famille et la société, entre la famille et l’école, le pacte éducatif d’aujourd’hui a été rompu ; et ainsi l’alliance éducative de la société avec la famille est entrée en crise »[98]. Église[99], et ce faisant, ils acceptent une vocation que Dieu leur propose[100]. La famille et l’Église 86. «Avec une joie intime et une profonde consolation, l’Église regarde les familles qui restent fidèles aux enseignements de l’Évangile, les remerciant pour le témoignage qu’elles donnent et les encourageant. Grâce à elles, en effet, la beauté du mariage indissoluble et fidèle devient à jamais crédible dans la famille, «qu’on pourrait appeler l’Église domestique» (Lumen gentium, 11), mûrit la première expérience ecclésiale de communion entre les personnes, dans laquelle se reflète, par la grâce, le mystère de la Sainte Trinité. « Ici, on apprend la patience et la joie du travail, l’amour fraternel, le pardon généreux, même répété, et surtout le culte divin par la prière et l’offrande de sa vie » (Catéchisme de l’Église catholique, 1657)»[101]. 87. L’Église est une famille de familles, constamment enrichie par la vie de toutes les Églises domestiques. C’est pourquoi “en vertu du sacrement du mariage, chaque famille devient, à toutes fins pratiques, un bien pour l’Église. Dans cette perspective, ce sera certainement aussi un don précieux, pour l’Église d’aujourd’hui, de considérer la réciprocité entre la famille et l’Église : l’Église est un bien pour la famille, la famille est un bien pour l’Église. La garde de ce don sacramentel du Seigneur correspond non seulement à la famille individuellement mais à la communauté chrétienne tout entière”[102]. une force constante pour la vie de l’Église. « La finalité unitive du mariage est un appel constant à accroître et à approfondir cet amour. Dans leur union d’amour, les époux font l’expérience de la beauté de la paternité et de la maternité ; ils partagent des projets et des fatigues, des désirs et des passe-temps ; ils apprennent à prendre soin les uns des autres et à se pardonner les uns les autres ; naît et le soin affectueux de tous ses membres, depuis les plus petits jusqu’aux personnes âgées, ne sont que quelques-uns des fruits qui rendent la réponse à la vocation de la famille unique et irremplaçable »[103], tant pour l’Église que pour la société tout entière. Quatrième chapitre L’AMOUR DANS LE MARIAGE 89. Tout ce qui a été dit ne suffit pas pour manifester l’évangile du mariage et de la famille si nous ne nous arrêtons pas spécialement pour parler d’amour. dévouement réciproque si l’on ne stimule pas la croissance, la consolidation et l’approfondissement de l’amour conjugal et familial. En effet, la grâce du sacrement de mariage vise avant tout à « perfectionner l’amour des époux »[104]. Si je n’ai pas d’amour, je ne suis rien. Je pourrais distribuer tout ce que j’ai en aumône et même me laisser brûler vif ; Si je n’ai pas l’amour, il ne me sert à rien” (1 Co 13, 2-3). Mais le mot “amour”, l’un des plus utilisés, apparaît souvent défiguré.[105]. Notre amour quotidien 90. Dans le soi-disant hymne à la charité écrit par saint Paul, nous voyons quelques caractéristiques de l’amour véritable: “L’amour est patient, il secourt; l’amour n’envie pas, il ne se vante pas, il n’est pas arrogant, il n’agit pas durement, il ne cherche pas son propre intérêt, il ne s’irrite pas, il ne compte pas le mal, il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout » (1 Cor. 13,4-7). Cela se vit et se cultive au sein de la vie que les époux partagent au quotidien, entre eux et avec leurs enfants. C’est pourquoi il est utile de s’arrêter pour préciser le sens des expressions de ce texte, pour tenter une application à l’existence concrète de chaque famille. Patience 91. La première expression utilisée est makrothymei. La traduction n’est pas simplement qu’« il supporte tout », puisque cette idée est exprimée à la fin du v. 7. Le sens est tiré de la traduction grecque de l’Ancien Testament, où il est dit que Dieu est « lent à la colère » (Ex 34,6 ; Nm 14,18). Cela se manifeste lorsque la personne ne cède pas à ses impulsions et évite d’attaquer. C’est une qualité du Dieu de l’Alliance qui appelle à son imitation également dans la vie familiale. Les textes dans lesquels Paul utilise ce terme doivent être lus dans le contexte du Livre de la Sagesse (cf. 11 :23 ; 12 :2.15-18) ; En même temps que l’on loue la modération de Dieu pour laisser place à la repentance, on insiste sur sa puissance, qui se manifeste lorsqu’il agit avec miséricorde. La patience de Dieu est un exercice de miséricorde envers le pécheur et manifeste une véritable puissance. 92. Être patient ne signifie pas se laisser constamment maltraiter, ni tolérer des agressions physiques, ni se laisser traiter comme des objets. Le problème est lorsque nous exigeons que les relations soient célestes ou que les gens soient parfaits, ou lorsque nous nous plaçons au centre et attendons que seule notre propre volonté soit exaucée. Alors tout nous rend impatient, Tout nous amène à réagir de manière agressive. Si nous ne cultivons pas la patience, nous aurons toujours des excuses pour répondre par la colère, et finalement nous deviendrons des gens qui ne savent pas vivre ensemble, antisociaux, incapables de reporter leurs impulsions, et la famille deviendra un champ de bataille. C’est pourquoi la Parole de Dieu nous exhorte : « Bannissez de vous l’amertume, la colère, les injures et tout mal » (Ep 4, 31). Cette patience se renforce lorsque je reconnais que l’autre a aussi le droit de vivre sur cette terre avec moi, tout comme lui. Peu importe s’il me gêne, s’il modifie mes projets, s’il me dérange avec sa façon d’être ou avec ses idées, s’il ne correspond pas à ce que j’attendais. L’amour a toujours un sentiment de profonde compassion qui conduit à accepter l’autre comme faisant partie de ce monde, même s’il agit d’une manière différente de celle que je souhaiterais. Attitude de service 93. Suivez le mot jrestéuetai, unique dans toute la Bible, dérivé de jrestós (bonne personne, qui montre sa bonté dans ses œuvres). Mais, du fait de la place où il se trouve, en strict parallélisme avec le verbe précédent, il en est le complément. Ainsi, Paul veut préciser que la « patience » évoquée en premier lieu n’est pas une posture totalement passive, mais s’accompagne d’une activité, d’une réaction dynamique et créatrice envers autrui. Cela indique que l’amour profite et favorise les autres. C’est pourquoi cela se traduit par « utile ». 94. Tout au long du texte, on voit que Paul veut insister sur le fait que l’amour n’est pas juste un sentiment, mais il faut le comprendre dans le sens que le verbe « aimer » a en hébreu : c’est « faire le bien ». Comme le disait saint Ignace de Loyola, « l’amour doit se mettre plus en actes qu’en paroles »[106]. Ainsi elle peut montrer toute sa fécondité, et nous permet d’éprouver le bonheur de donner, la noblesse et la grandeur de se donner surabondamment, sans mesurer, sans exiger de paiements, pour le seul plaisir de donner et de servir. Guérir l’envie 95. Alors une attitude exprimée comme zeloi (jalousie, envie) est rejetée comme contraire à l’amour. Cela signifie qu’en amour, il n’y a pas de place pour ressentir de l’inconfort pour le bien d’autrui (cf. Actes 7 :9 ; 17 :5). L’envie est une tristesse pour le bien des autres, qui montre que le bonheur des autres ne nous intéresse pas, puisque nous sommes exclusivement concentrés sur notre propre bien-être. Alors que l’amour nous pousse à nous abandonner, l’envie nous amène à nous concentrer sur nous-mêmes. Le véritable amour valorise les réalisations des autres, ne les considère pas comme une menace et est libéré du goût amer de l’envie. Acceptez que chacun ait des dons différents et des chemins de vie différents. Alors essayez de découvrir votre propre façon d’être heureux, en laissant les autres trouver la leur. 96. En bref, il s’agit d’accomplir ce que demandent les deux derniers commandements de la Loi de Dieu : « Tu ne convoiteras pas les biens de ton prochain. Tu ne convoiteras ni la femme de ton prochain, ni son esclave, ni son esclave, ni son bœuf, ni son âne, ni rien de ce qui lui appartient » (Ex 20, 17). Cela nous amène à une appréciation sincère de chaque être humain, en reconnaissant son droit au bonheur. J’aime cette personne, je la regarde avec le regard de Dieu le Père, qui nous donne tout « pour que nous puissions en jouir » (1 Tim 6, 17), et alors j’accepte en moi de pouvoir profiter d’un bon moment. Cette même racine de l’amour, en tout cas, est ce qui me pousse à rejeter l’injustice selon laquelle certains ont trop et d’autres n’ont rien, ou ce qui me pousse à rechercher que ceux qui sont jetables dans la société puissent aussi connaître un peu de joie. Mais ce n’est pas de l’envie, mais un désir d’équité. Sans vantardise ni élargissement 97. Suit le terme perpereuotai, qui désigne la vaine gloire, le désir de se montrer supérieur pour impressionner les autres avec une attitude pédante et quelque peu agressive. Ceux qui aiment non seulement évitent de trop parler d’eux-mêmes, mais aussi, parce qu’ils sont centrés sur les autres, ils savent se mettre à leur place sans chercher à être le centre. Le mot suivant – physioutai – est très similaire, car il indique que l’amour n’est pas arrogant. Il exprime littéralement qu’il ne se « magnifie » pas devant les autres et indique quelque chose de plus subtil. Ce n’est pas seulement une obsession de montrer ses propres qualités, mais aussi le sens de la réalité est perdu. Il se considère plus grand qu’il ne l’est, parce qu’il se croit plus « spirituel » ou « sage ». Paul utilise ce verbe d’autres fois, par exemple pour dire que « la connaissance enfle, mais l’amour édifie » (1 Co 8, 1). C’est-à-dire que certains se croient grands parce qu’ils en savent plus que d’autres, et ils Ils se consacrent à les exiger et à les contrôler, alors qu’en réalité ce qui nous rend grands est l’amour qui comprend, prend soin et protège les faibles. Dans un autre verset, il l’applique également pour critiquer ceux qui « se glorifient » (cf. 1 Co 4, 18), mais qui en réalité ont plus de paroles que de véritable « puissance » de l’Esprit (cf. 1 Co 4, 19). 98. Il est important que les chrétiens vivent cela dans leur manière de traiter les membres de leur famille mal formés dans la foi, fragiles ou moins fermes dans leurs convictions. Parfois, c’est le contraire qui se produit : les personnes supposées les plus avancées au sein de leur famille deviennent arrogantes et insupportables. L’attitude d’humilité apparaît ici comme quelque chose qui fait partie de l’amour, car pour comprendre, s’excuser ou servir les autres avec le cœur, il est essentiel de guérir l’orgueil et de cultiver l’humilité. Jésus a rappelé à ses disciples que dans le monde du pouvoir, chacun cherche à dominer l’autre, et c’est pourquoi il leur dit : « Il ne doit pas en être ainsi parmi vous » (Mt 20, 26). La logique de l’amour chrétien n’est pas celle de ceux qui ressentent plus que les autres et ont besoin de leur faire sentir leur puissance, mais plutôt celle de « celui qui veut être le premier parmi vous, qu’il soit votre serviteur » (Mt 20, 27). Dans la vie familiale, la logique de domination des uns sur les autres, ou de compétition pour savoir qui est le plus intelligent ou le plus puissant, ne peut pas régner, car cette logique détruit l’amour. Ce conseil s’adresse également à la famille : « Ayez des sentiments d’humilité les uns envers les autres, car Dieu résiste aux orgueilleux, mais il accorde sa grâce aux humbles » (1 P. 5.5). Bonté 99. Aimer, c’est aussi devenir bon, et là le mot asjemonéi prend tout son sens. Cela signifie que l’amour n’agit pas de manière grossière, n’agit pas de manière impolie, n’est pas dur dans son traitement. Leurs manières, leurs paroles, leurs gestes sont agréables et non durs ou rigides. Il déteste faire souffrir les autres. La courtoisie « est une école de sensibilité et de désintérêt », qui exige que la personne « cultive son esprit et ses sens, apprenne à ressentir, à parler et, à certains moments, à se taire »[107]. Être gentil n’est pas un style qu’un chrétien peut choisir ou rejeter. Dans le cadre des exigences inaliénables de l’amour, « tout être humain est obligé d’être bon envers ceux qui l’entourent »[108]. Chaque jour, « entrer dans la vie d’autrui, même lorsqu’elle fait partie de notre vie, requiert la délicatesse d’une attitude non invasive qui renouvelle la confiance et le respect […] L’amour, lorsqu’il est plus intime et profond, plus il exige le respect de la liberté et la capacité d’attendre que l’autre ouvre la porte de son cœur »[109]. 100. Pour préparer une véritable rencontre avec l’autre, il faut un regard bienveillant sur lui. Cela n’est pas possible quand règne un pessimisme qui met en avant les défauts et les erreurs des autres, peut-être pour compenser ses propres complexes. Un regard bienveillant nous permet de ne pas trop nous attarder sur ses limites, et ainsi de pouvoir le tolérer et nous unir dans un projet commun, même si nous sommes différents. L’amour bienveillant génère des liens, cultive les liens, crée de nouveaux réseaux d’intégration, construit un tissu social solide. C’est ainsi qu’il se protège, car sans sentiment d’appartenance, on ne peut pas soutenir le dévouement aux autres, chacun finit par rechercher uniquement son propre confort et la coexistence devient impossible. Une personne antisociale croit que les autres existent pour satisfaire ses besoins et que lorsqu’ils le font, ils ne font que leur devoir. Il n’y a donc pas de place pour la bonté de l’amour et son langage. Celui qui aime est capable de prononcer des paroles d’encouragement, qui réconfortent, qui fortifient, qui consolent, qui stimulent. Regardons, par exemple, quelques paroles que Jésus a dites aux gens : « Courage, mon fils ! (Mt 9,2). « Comme grande est votre foi ! » (Mt 15,28). “Se lever!” (Mc 5,41). “Va en paix” (Luc 7 :50). « N’ayez pas peur » (Mt 14, 27). Ce ne sont pas des mots qui humilient, qui attristent, qui irritent, qui méprisent. En famille, nous devons apprendre ce langage bienveillant de Jésus. Détachement 101. Nous avons dit à plusieurs reprises que pour aimer les autres, il faut d’abord s’aimer soi-même. Cependant, cet hymne à l’amour affirme que l’amour « ne cherche pas son propre intérêt » ou « ne cherche pas ce qui est à lui ». Cette expression est également utilisée dans un autre texte : « Ne vous limitez pas à vos propres intérêts, mais recherchez tous les intérêts des autres » (Phil 2, 4). Face à une affirmation aussi claire des Écritures, il faut éviter de donner la priorité à l’amour de soi comme s’il était plus noble que le don de soi aux autres. Une certaine priorité de l’amour-propre ne peut être comprise que comme un état psychologique, dans la mesure où l’on Il est incapable de s’aimer et a du mal à aimer les autres : « Celui qui est avare de lui-même, avec qui sera-t-il généreux ? […] Personne n’est pire que l’avare avec lui-même» (Si 14,5-6). 102. Mais saint Thomas d’Aquin lui-même a expliqué qu’« il appartient plus à la charité de vouloir aimer que de vouloir être aimée »[110] et qu’en effet, « les mères, qui aiment le plus, cherchent plus à aimer qu’à être aimées »[111]. C’est pourquoi l’amour peut aller au-delà de la justice et déborder librement, « sans rien attendre en retour » (Lc 6, 35), jusqu’à atteindre le plus grand amour, qui est de « donner sa vie » pour les autres (Jn 15, 13). Ce détachement qui permet de donner librement et de donner jusqu’au bout est-il encore possible ? C’est certainement possible, car c’est ce que demande l’Évangile : « Ce que vous avez reçu gratuitement, donnez-le gratuitement » (Mt 10, 8). Sans violence interne 103. Si la première expression de l’hymne nous invitait à une patience qui évite de réagir brusquement aux faiblesses ou aux erreurs d’autrui, apparaît maintenant un autre mot – paroxýnetai – qui fait référence à une réaction interne d’indignation provoquée par quelque chose d’extérieur. C’est une violence interne, une irritation non manifestée qui nous met sur la défensive face aux autres, comme s’ils étaient des ennemis ennuyeux qu’il faut éviter. Nourrir cette agression intime est inutile. Cela ne fait que nous rendre malade et finit par nous isoler. L’indignation est saine lorsqu’elle nous amène à réagir face à une injustice grave, mais elle est néfaste lorsqu’elle tend à imprégner l’ensemble de nos actions. attitudes envers les autres. 104. L’Évangile nous invite plutôt à regarder la poutre dans nos yeux (cf. Mt 7, 5), et les chrétiens ne peuvent ignorer l’invitation constante de la Parole de Dieu à ne pas alimenter la colère: “Ne vous laissez pas vaincre par le mal” (Rm 12, 21). « Ne nous lassons pas de faire le bien » (Ga 6,9). C’est une chose de ressentir la force de l’agressivité qui surgit et une autre d’y consentir, de la laisser devenir une attitude permanente : « Si vous vous indignez, vous ne pécherez pas ; que le coucher du soleil ne vous surprenne pas dans votre colère » (Ep 4, 26). Par conséquent, vous ne devriez jamais terminer la journée sans faire la paix en famille. Et : « Comment dois-je faire la paix ? Me mettre à genoux ? Non! Juste un petit geste, quelque chose de petit, et l’harmonie familiale revient. Une caresse suffit, sans mots. Mais ne terminez jamais la journée en famille sans faire la paix»[112]. La réaction intérieure face à une contrariété que les autres nous causent devrait être avant tout de bénir dans notre cœur, de souhaiter du bien à l’autre, de demander à Dieu de le délivrer et de le guérir : « Répondez par une bénédiction, car c’est à cela que vous avez été appelés : hériter d’une bénédiction » (1 P 3, 9). Si nous devons lutter contre un mal, faisons-le, mais disons toujours « non » à la violence interne. Pardon 105. Si nous laissons un mauvais pressentiment pénétrer dans nos tripes, nous laissons place à ce ressentiment qui vieillit dans le cœur. L’expression logízetai to kakón signifie « il tient compte du mal », « il le garde par écrit », c’est-à-dire qu’il est méchant. Le contraire est le pardon, un pardon qui Elle se base sur une attitude positive, qui essaie de comprendre la faiblesse de l’autre et cherche à trouver des excuses à l’autre, comme Jésus lorsqu’il dit : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34). Mais la tendance est généralement de rechercher de plus en plus de reproches, d’imaginer de plus en plus de mal, d’assumer toutes sortes de mauvaises intentions, et ainsi le ressentiment grandit et s’enracine. De cette manière, toute erreur ou chute du conjoint peut nuire au lien amoureux et à la stabilité familiale. Le problème est que parfois tout est traité avec la même sévérité, avec le risque de devenir cruel envers les erreurs des autres. La juste revendication de ses propres droits devient une soif persistante et constante de vengeance plutôt qu’une saine défense de sa propre dignité. 106. Lorsque nous avons été offensés ou déçus, le pardon est possible et souhaitable, mais personne ne dit que c’est facile. La vérité est que « la communion familiale ne peut être préservée et perfectionnée qu’avec un grand esprit de sacrifice. Elle exige, en effet, une disponibilité prompte et généreuse de chacun à la compréhension, à la tolérance, au pardon et à la réconciliation. Aucune famille n’ignore que l’égoïsme, les désaccords, les tensions, les conflits attaquent avec violence et parfois blessent mortellement la communion elle-même : d’où les formes multiples et variées de division dans la vie familiale »[113]. 107. Aujourd’hui, nous savons que pour pardonner, nous devons vivre l’expérience libératrice de la compréhension de nous-mêmes. et pardonne-nous. Bien souvent, nos erreurs ou le regard critique des personnes que nous aimons nous ont amenés à perdre l’amour de nous-mêmes. Cela nous amène à finir par nous protéger des autres, à échapper à l’affection, à nous remplir de peur dans les relations interpersonnelles. Alors, pouvoir rejeter la faute sur les autres devient un faux soulagement. Il faut prier avec sa propre histoire, s’accepter, savoir vivre avec ses limites, et même se pardonner, pour pouvoir avoir cette même attitude avec les autres. 108. Mais cela suppose l’expérience d’être pardonné par Dieu, justifié librement et non par nos mérites. Nous avons été touchés par un amour antérieur à tout notre travail, qui donne toujours une nouvelle opportunité, favorise et stimule. Si nous acceptons que l’amour de Dieu est inconditionnel, que l’affection du Père ne peut être achetée ou payée, alors nous pouvons aimer au-delà de tout, pardonner aux autres même s’ils ont été injustes envers nous. Autrement, notre vie familiale cessera d’être un lieu de compréhension, de soutien et d’encouragement, et sera un espace de tension permanente ou de punition mutuelle. Réjouissez-vous avec les autres 109. L’expression jairei epi te adikía indique quelque chose de négatif basé sur le secret du cœur de la personne. C’est l’attitude empoisonnée de ceux qui se réjouissent lorsqu’ils voient une injustice faite à quelqu’un. La phrase est complétée par la suivante, qui la dit positivement : sygjairei te alétheia : se réjouit de la vérité. Autrement dit, il se contente du bien des autres, lorsque leur dignité est reconnue, lorsque leurs capacités et leurs bonnes œuvres sont valorisées. Cela est impossible pour ceux qui ont besoin de toujours comparer ou rivaliser, même avec leur propre conjoint, au point de se réjouir secrètement de leurs échecs. 110. Lorsqu’une personne qui aime peut faire du bien à autrui, ou lorsqu’elle voit que l’autre fait bien sa vie, elle la vit avec joie, et ainsi elle rend gloire à Dieu, car « Dieu aime celui qui donne avec joie » (2 Co 9, 7). Notre Seigneur apprécie d’une manière particulière ceux qui se réjouissent du bonheur des autres. Si nous ne nourrissons pas notre capacité à jouir du bien des autres et, surtout, si nous nous concentrons sur nos propres besoins, nous nous condamnons à vivre avec peu de joie, car, comme le disait Jésus, « il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Actes 20, 35). La famille devrait toujours être le lieu où quelqu’un qui accomplit quelque chose de bien dans la vie sait qu’il le célébrera là-bas. Excusez tout 111. La liste est complétée par quatre expressions qui parlent d’une totalité : « tout ». Excusez tout, croyez tout, attendez tout, supportez tout. De cette manière, le dynamisme contre-culturel de l’amour est fortement mis en valeur, capable d’affronter tout ce qui peut le menacer. 112. Tout d’abord, on dit que panta stegei excuse tout. Il diffère de « ne tient pas compte du mal », car ce terme a à voir avec l’usage du langage ; peut signifier « garder le silence » sur les mauvaises choses qui peuvent arriver chez une autre personne. Cela implique un jugement limité, contenant la tendance à prononcer une condamnation dure et implacable : « Ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés » (Lc 6, 37). Même si cela va à l’encontre de notre usage habituel du langage, la Parole de Dieu nous demande : « Ne dites pas du mal les uns des autres, frères » (Jacques 4, 11). Arrêter de nuire à l’image d’autrui est une manière de renforcer la nôtre, de décharger les ressentiments et l’envie quels que soient les dommages que nous causons. On oublie souvent que la diffamation peut être un grand péché, une grave offense à Dieu, lorsqu’elle porte gravement atteinte à la bonne réputation d’autrui, causant des dommages très difficiles à réparer. C’est pourquoi la Parole de Dieu est si dure sur la langue, disant que « c’est un monde d’iniquité » qui « souille l’homme tout entier » (Jacques 3 :6), comme un « mal infatigable chargé d’un venin mortel » (Jacques 3 :8). Si « par lui nous maudissons les hommes créés à l’image de Dieu » (Jacques 3, 9), l’amour prend soin de l’image des autres, avec une délicatesse qui conduit à préserver même la bonne réputation des ennemis. Dans la défense de la loi divine, nous ne devons jamais oublier cette exigence d’amour. 113. Les conjoints qui s’aiment et s’appartiennent, parlent du bien l’un de l’autre, essaient de montrer le bon côté de leur conjoint au-delà de leurs faiblesses et de leurs erreurs. En tout cas, ils gardent le silence pour ne pas nuire à leur image. Mais ce n’est pas seulement un geste extérieur, il naît d’une attitude intérieure. Ce n’est pas non plus la naïveté de ceux qui font semblant de ne pas voir les difficultés et les faiblesses de l’autre, mais l’étendue de la vision de ceux qui replacent ces faiblesses et ces erreurs dans leur contexte. N’oubliez pas que ces défauts ne sont qu’une partie, ils ne représentent pas la totalité de l’être de l’autre. Un fait désagréable dans la relation n’est pas la totalité de cette relation. On peut alors simplement accepter que nous sommes tous une combinaison complexe de lumières et d’ombres. L’autre n’est pas seulement ce qui me dérange. C’est bien plus que cela. Pour la même raison, je n’exige pas que votre amour soit parfait pour le valoriser. Il m’aime tel qu’il est et comme il peut, avec ses limites, mais ce n’est pas parce que son amour est imparfait qu’il est faux ou qu’il n’est pas réel. C’est réel, mais limité et terrestre. Par conséquent, si j’exige trop de lui, il me le fera savoir d’une manière ou d’une autre, puisqu’il ne pourra et n’acceptera pas de jouer le rôle d’un être divin ou d’être au service de tous mes besoins. L’amour cohabite avec l’imperfection, l’excuse, et sait garder le silence face aux limites de l’être aimé. Confiance 114. Panta pisteuei, « croit tout », en raison du contexte, « foi » ne doit pas être comprise au sens théologique, mais au sens ordinaire de « confiance ». Il ne s’agit pas seulement de ne pas soupçonner l’autre de mentir ou de tromper. Cette confiance fondamentale reconnaît la lumière allumée par Dieu, cachée derrière les ténèbres, ou la braise qui brûle encore sous les cendres. 115. Cette même confiance rend possible une relation de liberté. Il n’est pas nécessaire de contrôler l’autre, de suivre attentivement ses pas, de l’empêcher de s’échapper de nos bras. Aime la confiance, laisse En liberté, il renonce à tout contrôler, posséder, dominer. Cette liberté, qui rend possibles des espaces d’autonomie, d’ouverture sur le monde et des expériences nouvelles, permet à la relation de s’enrichir et de ne pas devenir un cercle fermé sans horizons. Ainsi, les époux, réunis, peuvent éprouver la joie de partager ce qu’ils ont reçu et appris en dehors du cercle familial. En même temps, cela rend possible la sincérité et la transparence, car quand on sait que les autres lui font confiance et valorisent la bonté fondamentale de son être, alors il se montre tel qu’il est, sans se cacher. Quelqu’un qui sait qu’on le soupçonne toujours, qu’on le juge sans compassion, qu’on ne l’aime pas inconditionnellement, préférera garder ses secrets, cacher ses chutes et ses faiblesses, faire semblant de ce qu’il n’est pas. En revanche, une famille où règne une confiance fondamentale et aimante, et où la confiance est toujours rendue malgré tout, laisse émerger la véritable identité de ses membres et les amène à rejeter spontanément la tromperie, le mensonge ou le mensonge. Attendez 116. Panta elpizei : ne désespérez pas de l’avenir. Lié au mot précédent, il indique l’attente de quelqu’un qui sait que l’autre peut changer. Il espère toujours qu’une maturation soit possible, un surprenant éclat de beauté, que germeront un jour les potentialités les plus cachées de son être. Cela ne veut pas dire que tout va changer dans cette vie. Cela implique d’accepter que certaines choses ne se produisent pas comme on le souhaite, mais peut-être que Dieu écrit directement avec le lignes tordues d’une personne et tirer du bien des maux qu’elle ne peut pas vaincre sur cette terre. 117. Ici l’espérance est présente dans tous ses sens, car elle inclut la certitude d’une vie au-delà de la mort. Cette personne, avec toutes ses faiblesses, est appelée à la plénitude du ciel. Là, complètement transformé par la résurrection du Christ, ses fragilités, ses ténèbres et ses pathologies n’existeront plus. Là, l’être véritable de cette personne brillera avec toute sa puissance de bien et de beauté. Cela nous permet aussi, au milieu des ennuis de cette terre, de contempler cette personne avec un regard surnaturel, à la lumière de l’espérance, et d’attendre cette plénitude qu’elle recevra un jour dans le Royaume des Cieux, même si elle n’est pas visible maintenant. Supporte tout 118. Panta hypoménei signifie qu’il supporte tous les revers avec un esprit positif. Elle tient bon au milieu d’un environnement hostile. Il ne s’agit pas seulement de tolérer certaines choses ennuyeuses, mais de quelque chose de plus large : une résistance dynamique et constante, capable de surmonter n’importe quel défi. C’est l’amour malgré tout, même quand tout le contexte invite à autre chose. Elle manifeste une part d’héroïsme obstiné, de puissance contre tous les courants négatifs, une option pour le bien que rien ne peut renverser. Cela me rappelle ces paroles de Martin Luther King, lorsqu’il optait une fois de plus pour l’amour fraternel, même au milieu des pires persécutions et humiliations : « Celui qui vous déteste le plus a quelque chose de bon en lui. il; même la nation que vous détestez le plus a quelque chose de bon en elle ; même la race qu’il déteste le plus a quelque chose de bon. Et quand vous arrivez au point où vous regardez le visage de chaque homme et voyez au plus profond de lui ce que la religion appelle « l’image de Dieu », vous commencez à l’aimer « malgré ». Peu importe ce que je fais, vous y voyez l’image de Dieu. Il y a un élément de bonté dont vous ne pourrez jamais vous débarrasser […] Une autre façon d’aimer votre ennemi est la suivante : lorsque l’occasion se présente pour vous de vaincre votre ennemi, c’est à ce moment-là que vous devez décider de ne pas le faire […] Lorsque vous vous élèvez au niveau de l’amour, de sa grande beauté et de sa grande puissance, la seule chose que vous cherchez à vaincre, ce sont les systèmes maléfiques. Vous aimez les gens piégés dans ce système, mais vous essayez de vaincre ce système […] La haine pour la haine ne fait qu’intensifier l’existence de la haine et du mal dans l’univers. Si je te frappe et que tu me frappes, et que je te frappe en retour et que tu me frappes en retour, et ainsi de suite, il est clair que tu vas à l’infini. Cela ne finit jamais. Quelque part, quelqu’un doit avoir du bon sens, et c’est la personne forte. La personne forte est celle qui peut briser la chaîne de la haine, la chaîne du mal […] Quelqu’un doit avoir assez de religion et de moralité pour la couper et injecter dans la structure même de l’univers cet élément fort et puissant de l’amour»[114]. 119. Dans la vie familiale, il est nécessaire de cultiver cette force d’amour qui nous permet de lutter contre le mal qui la menace. l’amour n’est pas en reste dominé par le ressentiment, le mépris des gens, le désir de leur faire du mal ou de leur prendre quelque chose. L’idéal chrétien, et particulièrement dans la famille, est l’amour malgré tout. Parfois j’admire, par exemple, l’attitude de personnes qui ont dû se séparer de leur conjoint pour se protéger de la violence physique et pourtant, grâce à la charité conjugale qui sait aller au-delà des sentiments, elles ont su rechercher leur bien, même à travers les autres, dans des moments de maladie, de souffrance ou de difficulté. C’est ça aussi l’amour malgré tout. Grandir dans la charité conjugale 120. L’hymne de saint Paul, que nous avons revu, nous permet de faire place à la charité conjugale. C’est l’amour qui unit les époux[115], sanctifié, enrichi et illuminé par la grâce du sacrement du mariage. Il s’agit d’une « union affective »[116], spirituelle et oblative, mais qui inclut en elle la tendresse de l’amitié et de la passion érotique, bien qu’elle soit capable de subsister même lorsque les sentiments et la passion s’affaiblissent. Le pape Pie XI a enseigné que cet amour imprègne tous les devoirs de la vie conjugale et « a une certaine principauté de noblesse »[117]. Parce que cet amour fort, répandu par l’Esprit Saint, est le reflet de l’Alliance indissoluble entre le Christ et l’humanité qui a culminé dans l’abandon jusqu’au bout, sur la croix : « L’Esprit que le Seigneur infuse renouvelle le cœur et rend l’homme et la femme capables de s’aimer comme le Christ nous a aimés. L’amour conjugal atteint ainsi la plénitude à laquelle il est destiné. charité conjugale, ordonnée intérieurement»[118]. 121. Le mariage est un signe précieux, car « lorsqu’un homme et une femme célèbrent le sacrement du mariage, Dieu, pour ainsi dire, se « reflète » en eux, leur imprime ses propres traits et le caractère indélébile de son amour. Le mariage est l’image de l’amour de Dieu pour nous. Dieu, en effet, est aussi communion : les trois Personnes du Père, du Fils et du Saint-Esprit vivent toujours et pour toujours dans une parfaite unité. Et c’est précisément là le mystère du mariage : Dieu fait des deux époux une seule existence »[119]. Cela a des conséquences très concrètes et quotidiennes, car les époux, « en vertu du sacrement, sont investis d’une authentique mission, afin de rendre visible, à partir de choses simples et ordinaires, l’amour avec lequel le Christ aime son Église, qui continue de donner sa vie pour elle »[120]. devoir reproduire parfaitement l’union qui existe entre le Christ et son Église, car le mariage comme signe implique « un processus dynamique, qui avance progressivement avec l’intégration progressive des dons de Dieu »[121]. Toute vie, tout en commun 123. Après l’amour qui nous unit à Dieu, l’amour conjugal est « l’amitié maximale »[122]. la tendresse, la stabilité et une similitude entre amis qui se construit avec la vie partagée. Mais le mariage ajoute à tout cela une exclusivité indissoluble, qui s’exprime dans le projet stable de partager et de construire ensemble toute notre existence. Soyons honnêtes et reconnaissons les signes de la réalité : ceux qui sont amoureux ne considèrent pas que cette relation ne peut être que pour un temps ; Ceux qui éprouvent intensément la joie de se marier ne pensent pas à quelque chose de temporaire ; Ceux qui accompagnent la célébration d’une union pleine d’amour, bien que fragile, espèrent qu’elle puisse durer dans le temps ; Les enfants veulent non seulement que leurs parents s’aiment, mais aussi qu’ils soient fidèles et restent toujours ensemble. Ces signes et d’autres montrent que la nature même de l’amour conjugal est l’ouverture au définitif. L’union qui se cristallise dans la promesse d’un mariage éternel est plus qu’une formalité sociale ou une tradition, car elle est enracinée dans les inclinations spontanées de la personne humaine. Et, pour les croyants, c’est une alliance devant Dieu qui exige la fidélité : « Le Seigneur est témoin entre vous et la femme de votre jeunesse, que vous avez trahie, puisqu’elle était votre compagne, la femme de votre alliance […] Ne trahissez pas la femme de votre jeunesse. Car je déteste le rejet” (Ml 2,14, 15-16). 124. Un amour faible ou malade, incapable d’accepter le mariage comme un défi qui nécessite de lutter, de renaître, de se réinventer et de toujours recommencer jusqu’à la mort, ne peut soutenir un haut niveau d’amour. engagement. Cédez à la culture du provisoire, qui empêche un processus constant de croissance. Mais « promettre un amour pour toujours est possible lorsque l’on découvre un projet qui dépasse nos propres projets, qui nous soutient et nous permet de donner entièrement notre avenir à l’être aimé »[123]. Que cet amour puisse traverser toutes les épreuves et rester fidèle contre tout, suppose le don de la grâce qui le fortifie et l’élève. Comme le disait saint Robert Bellarmin : « Le fait que l’on soit uni à l’autre dans un lien indissoluble, de sorte qu’ils ne peuvent être séparés, quelles que soient les difficultés, et même lorsque l’espoir d’une descendance est perdu, cela ne peut se produire sans un grand mystère »[124]. 125. Le mariage est en outre une amitié qui comporte des notes de passion, mais toujours orientée vers une union de plus en plus ferme et intense. Car « il n’a pas été institué seulement pour la procréation » mais pour que l’amour mutuel « se manifeste, progresse et mûrisse selon un juste ordre »[125]. Cette amitié particulière entre un homme et une femme acquiert un caractère totalisant qui ne se produit que dans une union conjugale. Justement parce qu’elle est totalisante, cette union est aussi exclusive, fidèle et ouverte à la génération. Tout est partagé, même la sexualité, toujours dans le respect mutuel. Le Concile Vatican II l’exprimait en disant que “un tel amour, associant à la fois l’humain et le divin, conduit les époux au don libre et mutuel d’eux-mêmes, vérifié par les sentiments”. et des actes de tendresse, et imprègne toute sa vie »[126]. Joie et beauté 126. Dans le mariage, il est important de prendre soin de la joie de l’amour. Lorsque la recherche du plaisir est obsessionnelle, elle nous enferme dans une chose et nous rend incapables de trouver d’autres types de satisfaction. est utilisé pour désigner l’expansion de la largeur du cœur[127]. La joie conjugale, qui peut être vécue même au milieu de la douleur, implique d’accepter que le mariage est une combinaison nécessaire de joies et d’efforts, de tensions et de repos, de souffrances et de libérations, de satisfactions et de recherches, de contrariétés et de plaisirs, toujours sur le chemin de l’amitié, qui pousse les époux à prendre soin les uns des autres : « ils s’entraident et se servent »[128]. la « charité » lorsque la « haute valeur » de l’autre est saisie et appréciée.[129] La beauté – la « haute valeur » de l’autre, qui ne coïncide pas avec ses attraits physiques ou psychologiques – nous permet de goûter au caractère sacré de sa personne, sans le besoin impératif de la posséder. Dans la société de consommation, le sens esthétique s’appauvrit, et ainsi tout s’éteint, se possède ou se consomme. du désir de possession égoïste. Cela nous amène à vibrer devant une personne avec un immense respect et avec une certaine peur de lui faire du mal ou de lui enlever sa liberté. L’amour pour l’autre implique ce plaisir de contempler et de valoriser la beauté et le caractère sacré de son être personnel, qui existe au-delà de mes besoins. Cela me permet de rechercher son bien également lorsque je sais que cela ne peut pas être le mien ou lorsqu’il est devenu physiquement désagréable, agressif ou ennuyeux. Par conséquent, « cela dépend de l’amour par lequel on aime une autre personne que l’on lui donne quelque chose gratuitement »[130]. 128. L’expérience esthétique de l’amour s’exprime dans ce regard qui contemple l’autre comme une fin en soi, même s’il est malade, vieux ou privé d’attraits sensibles. La perspective qui valorise est d’une importance énorme, et la négliger est généralement nuisible. Que de choses que les conjoints et les enfants font parfois pour être remarqués et pris en compte ! De nombreuses blessures et crises surviennent lorsque nous cessons de nous contempler. C’est ce qu’expriment certaines plaintes et revendications entendues dans les familles : « Mon mari ne me regarde pas, il lui semble que je suis invisible ». “S’il te plaît, regarde-moi quand je te parle.” “Ma femme ne me regarde plus, elle n’a plus d’yeux que pour ses enfants.” “Chez moi, personne ne se soucie de moi et ils ne me voient même pas, comme si je n’existais pas.” L’amour ouvre les yeux et permet de voir, au-delà de tout, combien vaut un être humain. 129. La joie de cet amour contemplatif doit être cultivée. Puisque nous sommes faits pour aimer, nous savons qu’il n’y a pas de plus grande joie que le bien partagé : « Donnez et recevez, profitez-en” (Si 14,16). Les joies les plus intenses de la vie naissent lorsque l’on peut provoquer le bonheur des autres, dans un avant-goût du ciel. Il convient de rappeler la scène heureuse du film Le Festin de Babette, où la généreuse cuisinière reçoit une accolade reconnaissante et des louanges : ” Comme vous ravirez les anges ! ” La joie de faire plaisir aux autres, de les voir jouir, est douce et réconfortante. Cette joie, effet de l’amour fraternel, n’est pas celle de la vanité de ceux qui regardez-vous, mais celui de l’amant qui prend plaisir au bien de l’être aimé, qui se consacre à l’autre et devient fécond en lui. 130. D’autre part, la joie se renouvelle dans la douleur. Comme le disait saint Augustin : « Plus le danger dans la bataille est grand, plus la joie dans le triomphe est grande »[131]. les joies sont aussi profondes et festives que lorsque deux personnes qui s’aiment ont réalisé ensemble quelque chose qui leur a coûté un grand effort commun. Se marier par amour 131. Je veux dire aux jeunes que rien de tout cela n’est blessé lorsque l’amour prend le canal de l’institution matrimoniale. Il est vrai également que la décision de donner au mariage une configuration visible dans la société, avec certains engagements, manifeste sa pertinence : elle montre le sérieux de l’identification à l’autre, indique un dépassement de l’individualisme adolescent et exprime la ferme option d’appartenance les uns aux autres. Se marier est une manière d’exprimer qu’on a véritablement quitté le nid maternel pour tisser d’autres liens forts et assumer une nouvelle responsabilité envers une autre personne. Cela vaut bien plus qu’une simple association spontanée pour une gratification mutuelle, qui serait une privatisation du mariage. Le mariage en tant qu’institution sociale est une protection et un canal d’engagement mutuel, de maturation de l’amour, pour que l’option pour l’autre grandisse en solidité, en concret et en profondeur, et qu’elle puisse à son tour remplir sa mission dans la société. Le mariage dépasse donc toutes les modes et perdure. Son essence est enracinée dans la nature même de la personne humaine et dans son caractère social. Cela implique une série d’obligations, mais elles naissent de l’amour lui-même, un amour si déterminé et généreux qu’il est capable de risquer l’avenir. 132. Opter ainsi pour le mariage exprime la décision réelle et effective de transformer deux voies en une seule, quoi qu’il arrive et malgré toutes les difficultés. En raison de la gravité de cet engagement public d’amour, il ne peut pas s’agir d’une décision hâtive, mais pour cette même raison, il ne peut pas non plus être reporté. indéfiniment. S’engager envers l’autre de manière exclusive et définitive comporte toujours une part de risque et de pari audacieux. Le refus d’assumer cet engagement est égoïste, intéressé, mesquin, il ne reconnaît pas pleinement les droits de l’autre et ne les présente pas pleinement à la société comme dignes d’être aimés inconditionnellement. D’un autre côté, ceux qui sont vraiment amoureux ont tendance à exprimer leur amour aux autres. L’amour concrétisé dans un mariage contracté devant d’autres, avec tous les engagements qui découlent de cette institutionnalisation, est la manifestation et la protection d’un « oui » donné sans réserves et sans restrictions. C’est dire à l’autre qu’il peut toujours avoir confiance, qu’il ne sera pas abandonné lorsqu’il perdra son attrait, lorsqu’il y aura des difficultés ou lorsque de nouvelles options de plaisir ou d’intérêts égoïstes se présenteront. Un amour qui se manifeste et grandit 133. L’amour de l’amitié unifie tous les aspects de la vie conjugale et aide les membres de la famille à avancer à toutes les étapes. C’est pourquoi les gestes qui expriment cet amour doivent être constamment cultivés, sans méchanceté, pleins de paroles généreuses. Dans la famille “il faut utiliser trois mots. Je voudrais le répéter. Trois mots : permission, merci, désolé. Trois mots clés !”[132]. « désolé », dans cette famille il y a la paix et il y a la joie»[133]. Ne soyons pas avares dans l’usage de ces paroles, soyons généreux en les répétant jour après jour, car « certains silences pèsent lourd, parfois même en famille, entre mari et femme, entre parents et enfants, entre frères et sœurs »[134]. En revanche, les bons mots, prononcés au bon moment, protègent et nourrissent l’amour jour après jour. 134. Tout cela se fait dans un chemin de croissance permanente. Cette forme très particulière d’amour qu’est le mariage est appelée à une maturation constante, car il faut toujours lui appliquer ce que disait saint Thomas d’Aquin à propos de la charité : « La charité, de par sa nature, n’a pas de limite d’accroissement, puisqu’elle est participation à la charité infinie, qui est l’Esprit Saint […] Il ne peut pas non plus être fixé de limite par le sujet, car à mesure que la charité grandit, augmente aussi la capacité d’un accroissement plus élevé. »[135] Saint Paul a fortement exhorté : « Que le Seigneur vous fasse progresser et abonder dans l’amour pour un seul. un autre » (1 Th 3 : 12) ; et ajoute : « Quant à l’amour mutuel […] nous vous exhortons, frères, à progresser toujours plus » (1 Th 4, 9-10). De plus en plus. L’amour conjugal ne se soigne pas d’abord en parlant de l’indissolubilité comme d’une obligation, ou en répétant une doctrine, mais en le renforçant grâce à une croissance constante sous l’impulsion de la grâce. L’amour qui ne grandit pas commence à prendre des risques, et nous ne pouvons grandir qu’en répondant à la grâce divine par plus d’actes d’amour, avec des actes d’affection plus fréquents, plus intenses, plus généreux, plus tendres, plus joyeux. Le mari et la femme « expérimentent le sens de leur unité et la réalisent chaque jour plus pleinement »[136]. Le don de l’amour divin versé aux époux est en même temps un appel à un développement constant de ce don de grâce. 135. Certains fantasmes sur un amour idyllique et parfait, ainsi privé de tout stimulant pour grandir, ne sont pas bons. Une idée céleste de l’amour terrestre oublie que le meilleur est ce qui n’a pas encore été réalisé, le vin mûri avec le temps. Comme l’ont rappelé les évêques du Chili, “il n’y a pas de familles parfaites que nous propose la propagande fallacieuse et consumériste. En elles, les années ne passent pas, il n’y a pas de maladie, de douleur ou de mort […] La propagande consumériste montre un fantasme qui n’a rien à voir avec la réalité à laquelle les chefs de famille doivent faire face quotidiennement”[137]. l’union, quoi qu’il arrive. Dialogue 136. Le dialogue est une manière privilégiée et indispensable de vivre, d’exprimer et de mûrir l’amour dans la vie conjugale et familiale. Mais il implique un processus d’apprentissage long et difficile. Les hommes et les femmes, les adultes et les jeunes, ont des manières différentes de communiquer, ils utilisent un langage différent, ils évoluent avec d’autres codes. répondre, le ton utilisé, le moment et bien d’autres facteurs peuvent conditionner la communication. En outre, il est toujours nécessaire de développer certaines attitudes qui expriment l’amour et rendent possible un dialogue authentique. 137. Accordez-vous du temps, du temps de qualité, qui consiste à écouter patiemment et attentivement, jusqu’à ce que l’autre ait exprimé tout ce dont il avait besoin. Cela nécessite l’ascèse de ne pas commencer à parler avant le moment opportun. Au lieu de commencer à donner des opinions ou des conseils, assurez-vous d’avoir entendu tout ce que l’autre personne a besoin de dire. Il s’agit de faire un silence intérieur pour écouter sans bruit dans le cœur ni dans l’esprit : se débarrasser de soi en toute hâte, mettre de côté ses propres besoins et urgences, faire de la place. Bien souvent, l’un des époux n’a pas besoin d’une solution à ses problèmes, mais plutôt d’être écouté. Vous devez sentir que votre douleur, votre déception, votre peur, votre colère, votre espoir, votre rêve ont été perçus. Mais les plaintes comme celles-ci sont fréquentes : “Il ne m’écoute pas. “Quand on a l’impression qu’il le fait, il pense en fait à autre chose.” “Je parle et j’ai l’impression qu’il attend que j’en finisse.” “Quand je parle, il essaie de changer de sujet, ou il me donne des réponses rapides pour clore la conversation.” heureux. Vous ne devriez jamais minimiser ce que vous dites ou prétendez, même si c’est le cas. nécessaire d’exprimer son propre point de vue. À la base, il y a la conviction que chacun a quelque chose à apporter, parce qu’il a une autre expérience de la vie, parce qu’il regarde d’un autre point de vue, parce qu’il a développé d’autres préoccupations et a d’autres capacités et intuitions. Il est possible de reconnaître la vérité de l’autre, la valeur de ses préoccupations les plus profondes et le fond de ce qu’il dit, même derrière des paroles agressives. Pour ce faire, il faut essayer de se mettre à leur place et d’interpréter le fond de leur cœur, détecter ce qui les passionne et prendre cette passion comme point de départ pour approfondir le dialogue. 139. Largeur mentale, pour ne pas s’enfermer de manière obsessionnelle dans quelques idées, et flexibilité pour pouvoir modifier ou compléter ses opinions. Il est possible que de mes pensées et de celles des autres émerge une nouvelle synthèse qui nous enrichit tous les deux. L’unité à laquelle nous devons aspirer n’est pas l’uniformité, mais plutôt une « unité dans la diversité » ou une « diversité réconciliée ». Dans ce style enrichissant de communion fraternelle, ceux qui sont différents se rencontrent, se respectent et se valorisent, mais en conservant des nuances et des accents divers qui enrichissent le bien commun. Il faut se libérer de l’obligation d’être égal. Il faut aussi être rusé pour repérer à temps les « interférences » qui peuvent apparaître, afin qu’elles ne détruisent pas le processus de dialogue. Par exemple, reconnaître les mauvais sentiments qui surgissent et les relativiser pour qu’ils ne nuisent pas à l’esprit. communication. La capacité d’exprimer ce que l’on ressent sans blesser est importante ; utiliser un langage et une manière de parler plus facilement acceptés ou tolérés par l’autre, même si le contenu est exigeant ; exprimer ses propres revendications, mais sans exprimer sa colère comme une forme de vengeance, et éviter un langage moralisateur qui ne cherche qu’à attaquer, ironiser, blâmer, blesser. De nombreuses disputes entre couples ne portent pas sur des problèmes très sérieux. Il s’agit parfois de petites choses sans conséquence, mais ce qui altère les esprits, c’est la manière de les dire ou l’attitude adoptée dans le dialogue. 140. Ayez des gestes de sollicitude envers les autres et des démonstrations d’affection. L’amour surmonte les pires barrières. Quand on peut aimer quelqu’un, ou quand on se sent aimé par lui, nous sommes capables de mieux comprendre ce qu’il veut exprimer et nous faire comprendre. Surmonter la fragilité qui nous amène à avoir peur des autres, comme s’ils étaient un « concurrent ». Il est très important de fonder sa sécurité sur des choix, des convictions ou des valeurs profondes, et non sur le fait de gagner un argument ou d’avoir raison. 141. Enfin, reconnaissons que pour que le dialogue soit valable, il faut avoir quelque chose à dire, et cela nécessite une richesse intérieure nourrie par la lecture, la réflexion personnelle, la prière et l’ouverture à la société. Sinon, les conversations deviennent ennuyeuses et incohérentes. Quand aucun des conjoints n’est cultivé et qu’il n’y a pas de variété de relations avec les autres, la vie La famille devient endogame et le dialogue s’appauvrit. Amour passionné 142. Le Concile Vatican II enseigne que cet amour conjugal « englobe le bien de la personne tout entière et, par conséquent, peut enrichir d’une dignité particulière les expressions du corps et de l’esprit et les ennoblir comme signes particuliers de l’amitié conjugale »[138]. Il y a une raison pour laquelle un amour sans plaisir ni passion ne suffit pas à symboliser l’union du cœur humain avec Dieu : « Tous les mystiques ont affirmé que l’amour surnaturel et l’amour céleste trouvent les symboles qu’ils recherchent dans l’amour conjugal, plus que dans l’amitié, plus que dans le sentiment filial ou le dévouement à une cause. Et la raison est précisément dans son intégralité»[139]. Pourquoi alors ne pas s’arrêter et parler des sentiments et de la sexualité dans le mariage ? Le monde des émotions 143. Les désirs, les sentiments, les émotions, ce que les classiques appelaient « passions », ont une place importante dans le mariage. Ils se produisent lorsque « l’autre » devient présent et se manifeste dans la vie d’une personne. Il est caractéristique de tout être vivant de tendre vers autre chose, et cette tendance a toujours des signaux affectifs fondamentaux : plaisir ou douleur, joie ou chagrin, tendresse ou peur. Ils sont le présupposé de l’activité psychologique la plus élémentaire. L’être humain est un être vivant de cette terre, et tout ce qu’il fait et cherche est chargé de passions. 144. Jésus, en tant qu’homme véritable, vivait les choses avec une charge d’émotion. C’est pour ça que ça fait mal le rejet de Jérusalem (cf. Mt 23, 37), et cette situation lui fait monter les larmes aux yeux (cf. Lc 19, 41). Il éprouvait également de la compassion pour la souffrance du peuple (cf. Mc 6, 34). En voyant les autres pleurer, il était ému et troublé (cf. Jn 11, 33), et il pleurait lui-même la mort d’un ami (cf. Jn 11, 35). Ces manifestations de sa sensibilité montraient à quel point son cœur humain était ouvert aux autres. 145. Vivre une émotion n’est ni moralement bon ni mauvais en soi[140]. Commencer à ressentir du désir ou du rejet n’est ni un péché ni répréhensible. Ce qui est bon ou mauvais, c’est l’acte que l’on accomplit motivé ou accompagné d’une passion. Mais si les sentiments sont encouragés, recherchés et que, à cause d’eux, nous commettons de mauvaises actions, le mal réside dans la décision de les nourrir et dans les mauvais actes qui en découlent. Dans le même ordre d’idées, aimer quelqu’un ne signifie pas en soi qu’il est bon. Si avec ce plaisir je cherche à faire de cette personne mon esclave, ce sentiment sera au service de mon égoïsme. Croire que nous sommes bons simplement parce que nous « ressentons des choses » est une énorme tromperie. Il y a des gens qui se sentent capables d’un grand amour uniquement parce qu’ils ont un grand besoin d’affection, mais ils ne savent pas se battre pour le bonheur des autres et vivent enfermés dans leurs propres désirs. Dans ce cas, les sentiments détournent l’attention des grandes valeurs et cachent un égocentrisme qui ne permet pas de cultiver une vie de famille saine et heureuse. 146. En revanche, si une passion accompagne l’acte libre, elle peut exprimer la profondeur de cette option. L’amour conjugal conduit à faire en sorte que toute vie affective devienne un bien pour la famille et soit au service de la vie commune. La maturité vient dans une famille lorsque la vie affective de ses membres se transforme en une sensibilité qui ne domine ni n’obscurcit les grandes options et valeurs mais suit plutôt leur liberté[141], en jaillit, l’enrichit, l’embellit et la rend plus harmonieuse pour le bien de tous. Dieu aime la joie de ses enfants 147. Cela nécessite un chemin pédagogique, un processus qui inclut des renoncements. C’est une conviction de l’Église qui a été maintes fois rejetée, comme si elle était l’ennemie du bonheur humain. Benoît XVI a réfléchi cette question avec beaucoup de clarté : « L’Église, avec ses préceptes et ses interdits, ne transforme-t-elle pas en amertume ce qu’il y a de plus beau dans la vie ? Peut-être n’érige-t-il pas des panneaux d’interdiction précisément là où la joie, prédisposée en nous par le Créateur, nous offre un bonheur qui nous fait goûter quelque chose de divin ? cela de sa dignité divine et le déshumanise”[143]. 148. L’éducation de l’émotivité et de l’instinct est nécessaire, et pour cela elle est parfois indispensable fixer une limite. Les excès, le manque de contrôle, l’obsession d’un seul type de plaisir finissent par fragiliser et rendre le plaisir lui-même malade[144], et nuire à la vie familiale. On peut véritablement emprunter un beau chemin avec ses passions, ce qui signifie les orienter toujours plus dans un projet de don de soi et de pleine réalisation de soi, qui enrichit les relations interpersonnelles au sein de la famille. Cela n’implique pas de renoncer à des moments de joie intense[145], mais plutôt de les assumer comme entrelacés avec d’autres moments d’abandon généreux, d’attente patiente, de fatigue inévitable, d’effort pour un idéal. La vie de famille est tout cela et mérite d’être vécue dans son intégralité. 149. Certains courants spirituels insistent sur l’élimination du désir de se libérer de la douleur. Mais nous croyons que Dieu aime la joie des êtres humains, qu’il a tout créé « pour que nous en jouissions » (1 Tim 6, 17). Laissons surgir la joie face à sa tendresse lorsqu’il nous propose: «Fils, traite-toi bien […] Ne te prive pas de passer une journée heureuse» (Si 14,11.14). Un mariage répond aussi à la volonté de Dieu en suivant cette invitation biblique : « Réjouissez-vous au jour heureux » (Qo 7,14). Il s’agit d’avoir la liberté d’accepter que le plaisir trouve d’autres formes d’expression à différents moments de la vie, selon les besoins de l’amour mutuel. En ce sens, nous pouvons accepter la proposition de certains enseignants orientaux qui insistent sur l’expansion de la conscience, afin de ne pas rester enfermés dans une expérience très limitée qui cela ferme nos perspectives. Cette expansion de conscience n’est pas le déni ou la destruction du désir mais plutôt son expansion et sa perfection. Dimension érotique de l’amour 150. Tout cela nous amène à parler de la vie sexuelle du mariage. Dieu lui-même a créé la sexualité, qui est un merveilleux cadeau pour ses créatures. Lorsqu’on le cultive et qu’on évite son manque de contrôle, c’est pour éviter « l’appauvrissement d’une valeur authentique »[146]. Saint Jean-Paul II a rejeté que l’enseignement de l’Église conduise à « un déni de la valeur du sexe humain », ou qu’elle le tolère simplement « pour la nécessité même de la procréation »[147]. Le besoin sexuel des époux n’est pas un objet de mépris, et « il n’est pas question de remettre en cause ce besoin »[148]. 151. À ceux qui craignent que l’éducation des passions et de la sexualité ne nuise à la spontanéité de l’amour sexuel, saint Jean-Paul II a répondu que l’être humain « est appelé à la spontanéité pleine et mûre des relations », qui « est le fruit progressif du discernement des impulsions de son propre cœur »[149]. C’est quelque chose qui se conquiert, puisque tout être humain « doit apprendre avec persévérance et cohérence ce qu’est le sens du corps ».[150] La sexualité n’est pas une ressource pour gratifier ou divertir, puisqu’elle est un langage interpersonnel où l’autre est pris au sérieux, avec sa valeur sacrée et inviolable. Ainsi, « le cœur humain devient pour ainsi dire participant d’une autre spontanéité »[151]. Dans ce Dans ce contexte, l’érotisme apparaît comme une manifestation spécifiquement humaine de la sexualité. On y retrouve « le sens nuptial du corps et la dignité authentique du don »[152]. Dans ses catéchismes sur la théologie du corps humain, il enseigne que la corporéité sexuelle « n’est pas seulement source de fécondité et de procréation », mais qu’elle a aussi « la capacité d’exprimer l’amour : cet amour précisément dans lequel l’homme-personne devient un don »[153]. L’érotisme le plus sain, bien qu’il soit lié à la recherche du plaisir, implique l’admiration, et c’est pourquoi il peut humaniser les pulsions. 152. On ne peut donc en aucun cas comprendre la dimension érotique de l’amour comme un mal permis ou comme un fardeau à tolérer pour le bien de la famille, mais plutôt comme un don de Dieu qui embellit la rencontre des époux. Étant une passion sublimée par un amour qui admire la dignité de l’autre, elle devient une “affirmation pleine et nette de l’amour”, qui nous montre de quels prodiges le cœur humain est capable et ainsi, pendant un instant, “on sent que l’existence humaine a été une réussite”[154]. Violence et manipulation 153. Dans le cadre de cette vision positive de la sexualité, il convient d’aborder la question dans sa globalité et avec un sain réalisme. Car on ne peut ignorer que la sexualité est souvent dépersonnalisée et aussi remplie de pathologies, de telle sorte qu’« elle devient de plus en plus une occasion et un instrument pour s’affirmer soi-même et pour la satisfaction égoïste de ses propres désirs et désirs ». instincts»[155]. À cette époque, il devient très risqué pour la sexualité d’être également possédée par l’esprit empoisonné du « utiliser et jeter ». Le corps de l’autre est souvent manipulé, comme une chose retenue alors qu’elle procure de la satisfaction et méprisée lorsqu’elle perd de son attrait. Pouvons-nous ignorer ou dissimuler les formes constantes de domination, d’arrogance, d’abus, de perversion et de violence sexuelle, qui sont le produit d’une déviation du sens de la sexualité et qui enfouissent la dignité d’autrui et l’appel à l’amour sous une sombre recherche de soi ? 154. Il convient de rappeler que, même au sein du mariage, la sexualité peut devenir une source de souffrance et de manipulation. C’est pourquoi il faut réaffirmer clairement qu’« un acte matrimonial imposé au conjoint sans tenir compte de sa situation actuelle et de ses désirs légitimes n’est pas un véritable acte d’amour ; et dispense donc d’une exigence du juste ordre moral dans les relations entre époux »[156]. Les actes propres à l’union sexuelle des époux répondent à la nature de la sexualité voulue par Dieu s’ils sont vécus « de manière véritablement humaine »[157]. C’est pourquoi saint Paul exhortait : « Que personne ne laisse tomber son frère et ne profite de lui » (1 Th 4, 6). Bien qu’il écrive à une époque où dominait une culture patriarcale, où les femmes étaient considérées comme totalement subordonnées aux hommes, il enseignait néanmoins que la sexualité devait être un sujet de conversation entre époux : Il évoque la possibilité de différer pour un temps les relations sexuelles, mais « d’un commun accord » (1 Co 7, 5). 155. Saint Jean-Paul II a donné un avertissement très subtil lorsqu’il a déclaré que les hommes et les femmes sont « menacés par l’insatiabilité »[158]. C’est-à-dire qu’ils sont appelés à une union de plus en plus intense, mais le risque est de tenter d’effacer les différences et la distance inévitable qui existe entre les deux. Parce que chacun a sa dignité propre et intransmissible. Lorsque la précieuse appartenance réciproque devient un domaine, « la structure de la communion dans la relation interpersonnelle change fondamentalement »[159]. Dans la logique de la domination, le dominateur finit aussi par nier sa propre dignité[160], et cesse finalement de « s’identifier subjectivement à son propre corps »[161], puisqu’il lui enlève tout sens. Il vit le sexe comme une évasion de lui-même et comme un renoncement à la beauté de l’union. 156. Il est important d’être clair dans le rejet de toute forme de soumission sexuelle. C’est pourquoi il est important d’éviter toute interprétation inappropriée du texte de l’épître aux Éphésiens où il est demandé que « les femmes soient soumises à leur mari » (Ep 5, 22). Saint Paul s’exprime ici dans des catégories culturelles typiques de cette époque, mais il ne faut pas supposer que l’habillement culturel, mais plutôt le message révélé qui sous-tend tout le péricope. Revenons à la sage explication de saint Jean-Paul II : « L’amour exclut toute forme de soumission, en vertu de laquelle la femme deviendrait serviteur ou esclave du mari […] La communauté ou l’unité qui doit être formée par le mariage se réalise par une donation réciproque, qui est aussi une soumission mutuelle»[162]. C’est pourquoi il est aussi dit que « les maris doivent aimer leur femme comme leur propre corps » (Ep 5, 28). En réalité, le texte biblique nous invite à dépasser un individualisme confortable pour vivre en relation avec les autres, « soumis les uns aux autres » (Ep 5, 21). Dans le mariage, cette « soumission » réciproque prend un sens particulier et s’entend comme une appartenance mutuelle librement choisie, avec un ensemble de notes de fidélité, de respect et d’attention. La sexualité est indissociablement au service de cette amitié conjugale, car elle vise à faire vivre pleinement l’autre. 157. Cependant, le rejet des déviations de la sexualité et de l’érotisme ne doit jamais nous conduire au mépris ou à la négligence. L’idéal du mariage ne peut pas être configuré uniquement comme un don généreux et sacrificiel, où chacun renonce à tous ses besoins personnels et ne se soucie que de faire du bien à l’autre sans aucune satisfaction. Rappelons-nous que le véritable amour sait aussi recevoir de l’autre, il est capable de s’accepter comme vulnérable et nécessiteux, il ne renonce pas à accueillir avec une gratitude sincère et heureuse les expressions corporelles de l’amour dans la caresse, l’étreinte, le baiser et l’union sexuelle. Benoît XVI a été clair à ce sujet : « Si l’homme prétendait n’être qu’esprit et voulait rejeter la chair comme s’il s’agissait d’un héritage simplement l’animal, l’esprit et le corps perdraient leur dignité»[163]. C’est pour cette raison que « l’homme ne peut pas vivre exclusivement d’oblation, d’amour descendant. On ne peut pas donner seulement et toujours, il faut aussi recevoir. « Celui qui veut donner de l’amour doit à son tour le recevoir comme un don »[164]. ceux qui vivent célibataires non seulement se consacrent à leur famille d’origine, mais rendent souvent de grands services dans leur cercle d’amis, dans la communauté ecclésiale et dans la vie professionnelle […] Beaucoup mettent également leurs talents au service de la communauté chrétienne sous forme de charité et de volontariat. Il y a aussi ceux qui ne se marient pas parce qu’ils consacrent leur vie à l’amour du Christ et de leurs frères. Leur dévouement enrichit extraordinairement la famille, dans l’Église et dans la société»[165). est une manière d’aimer. Comme un signe, il nous rappelle l’urgence du Royaume, l’urgence de se consacrer sans réserve au service évangélisateur (cf. 1 Co 7, 32), et est le reflet de la plénitude du ciel où “ni les hommes ne se marient, ni les femmes ne prennent un mari” (Mt 22,30) le recommandait parce qu’il espérait un retour prochain de Jésus Christ, et il voulait que chacun se concentre uniquement sur l’évangélisation: «Le». Le moment est urgent » (1 Co 7, 29). Cependant, il précise qu’il s’agit d’une opinion personnelle ou d’un désir (cf. 1 Co 7, 6-8) et non d’une demande du Christ : « Je n’ai aucun précepte du Seigneur » (1 Co 7, 25). II a dit que les textes bibliques « ne fournissent aucune raison pour soutenir ni « l’infériorité » du mariage, ni la « supériorité » de la virginité ou du célibat »[166] en raison de l’abstention sexuelle. Plutôt que de parler de la supériorité de la virginité dans tous les sens, il semble approprié de montrer que les différents états de la vie se complètent, de telle sorte que l’un peut être plus parfait dans un certain sens et l’autre peut l’être d’un autre point de vue. En un certain sens, le mariage peut être considéré comme supérieur aux autres sacrements, car il symbolise quelque chose d’aussi grand que « l’union du Christ avec l’Église ou l’union de la nature divine avec la nature humaine »[167]. ne se fait pas à cause de la continence elle-même, mais par rapport à toute la vie fondée sur les conseils évangéliques”[169]. Mais une une personne mariée peut vivre la charité à un très haut degré. Alors, “il atteint cette perfection qui naît de la charité, par la fidélité à l’esprit de ces conseils. Cette perfection est possible et accessible à tout homme”[170]. 161. La virginité a la valeur symbolique de l’amour qui n’a pas besoin d’en posséder un autre et reflète ainsi la liberté du Royaume des Cieux. C’est une invitation aux époux à vivre leur amour conjugal dans la perspective d’un amour définitif pour le Christ, comme chemin commun vers la plénitude du Royaume. En même temps, l’amour des époux a d’autres valeurs symboliques : d’une part, il est un reflet particulier de la Trinité. La Trinité est pleine unité, mais dans laquelle existe aussi la distinction. En outre, la famille est un signe christologique, car elle manifeste la proximité de Dieu qui partage la vie de l’être humain en s’unissant à lui dans l’Incarnation, la Croix et la Résurrection : chaque époux devient « une seule chair » avec l’autre et s’offre à tout partager avec lui jusqu’au bout. Alors que la virginité est un signe « eschatologique » du Christ ressuscité, le mariage est un signe « historique » pour nous qui marchons sur terre, un signe du Christ terrestre qui a accepté de nous rejoindre et s’est livré pour nous donner son sang. La virginité et le mariage sont et doivent être des manières différentes d’aimer, car « l’homme ne peut pas vivre sans amour. Il reste un être incompréhensible pour lui-même, sa vie est privée de sens si le sens ne lui est pas révélé. l’amour»[171]. 162. Le célibat risque d’être une solitude confortable, qui donne la liberté de se déplacer de manière indépendante, de changer de lieu, de tâche et d’option, de disposer de son propre argent, de fréquenter différentes personnes en fonction de l’attrait du moment. Dans ce cas, le témoignage des personnes mariées brille. Ceux qui ont été appelés à la virginité peuvent trouver dans certains mariages un signe clair de la fidélité généreuse et inébranlable de Dieu à son Alliance, qui stimule leur cœur à une disponibilité plus concrète et plus généreuse. Parce qu’il y a des personnes mariées qui restent fidèles lorsque leur conjoint est devenu physiquement désagréable ou lorsqu’ils ne satisfont pas leurs propres besoins, malgré le fait que de nombreuses offres invitent à l’infidélité ou à l’abandon. Une femme peut prendre soin de son mari malade et là, à côté de la Croix, elle dit encore une fois « oui » à son amour jusqu’à la mort. Dans cet amour se manifeste de manière éclatante la dignité de l’amant, dignité comme reflet de la charité, car le propre de la charité est d’aimer plus que d’être aimé[172]. On peut également remarquer chez de nombreuses familles une capacité de service altruiste et tendre face à des enfants difficiles, voire ingrats. Cela fait de ces parents un signe de l’amour libre et désintéressé de Jésus. Tout cela devient une invitation aux célibataires à vivre leur dévouement au Royaume avec plus de générosité et de disponibilité. Aujourd’hui, la laïcisation a brouillé la valeur d’une union pour la vie et a affaibli la richesse de l’engagement conjugal, c’est pourquoi « il est nécessaire d’approfondir les aspects positifs de l’amour conjugal »[173]. La transformation de l’amour 163. La prolongation de la vie provoque quelque chose qui n’était pas courant à d’autres époques: la relation intime et l’appartenance mutuelle doivent être préservées pendant quatre, cinq ou six décennies, et cela devient un besoin de se choisir encore et encore. Peut-être que le conjoint n’est plus passionné par un désir sexuel intense qui le pousse vers l’autre, mais il ressent le plaisir de lui appartenir et de lui appartenir, de savoir qu’il n’est pas seul, d’avoir un « complice », qui sait tout de sa vie et de son histoire et qui partage tout. C’est le compagnon sur le chemin de la vie avec lequel on peut affronter les difficultés et profiter des belles choses. Cela produit également une satisfaction qui accompagne le désir typique de l’amour conjugal. Nous ne pouvons pas promettre d’éprouver les mêmes sentiments tout au long de notre vie. En revanche, nous pouvons avoir un projet commun stable, nous engager à nous aimer et à vivre ensemble jusqu’à ce que la mort nous sépare, et vivre toujours une intimité riche. L’amour que nous nous promettons dépasse toutes les émotions, sentiments ou états d’esprit, même s’ils peuvent les inclure. C’est un amour plus profond, avec une décision du cœur qui implique toute l’existence. Ainsi, au milieu d’un conflit non résolu, et bien que de nombreux sentiments confus circulent dans le cœur, le décision d’aimer, d’appartenir, de partager toute votre vie et de rester aimant et indulgent. Chacun des deux emprunte un chemin de croissance et de changement personnel. Au milieu de ce chemin, l’amour célèbre chaque étape et chaque nouvelle étape. 164. Dans l’histoire d’un mariage, l’apparence physique change, mais ce n’est pas une raison pour que l’attirance amoureuse s’affaiblisse. Quelqu’un tombe amoureux d’une personne entière avec sa propre identité, pas seulement d’un corps, même si ce corps, au-delà de l’usure du temps, ne cesse d’exprimer d’une manière ou d’une autre cette identité personnelle qui a captivé le cœur. Lorsque les autres ne peuvent plus reconnaître la beauté de cette identité, l’époux amoureux est encore capable de la percevoir avec l’instinct de l’amour, et l’affection ne disparaît pas. Il réaffirme sa décision de lui appartenir, il la choisit à nouveau et exprime ce choix dans une proximité fidèle et pleine de tendresse. La noblesse de son choix pour elle, parce qu’intense et profonde, éveille une nouvelle forme d’émotion dans l’accomplissement de cette mission conjugale. Car « l’émotion provoquée par un autre être humain en tant que personne […] ne tend pas en soi vers l’acte conjugal »[174]. Il acquiert d’autres expressions sensibles, car l’amour “est une réalité unique, bien qu’avec des dimensions différentes; selon les cas, l’un ou l’autre peut ressortir davantage”[175]. Le lien trouve de nouvelles modalités et nécessite la décision de le pétrir encore et encore. Mais non seulement pour le préserver, mais pour le développer. C’est le chemin de construire jour après jour. Mais rien de tout cela n’est possible si nous n’invoquons pas l’Esprit Saint, si nous ne crions pas chaque jour à sa grâce, si nous ne recherchons pas sa force surnaturelle, si nous ne lui demandons pas avec désir de déverser son feu sur notre amour pour le fortifier, le guider et le transformer dans chaque situation nouvelle. Cinquième chapitre L’AMOUR QUI DEVIENT ENGRAIS 165. L’amour donne toujours la vie. Pour cette raison, l’amour conjugal « ne s’épuise pas au sein du couple […] Les époux, tout en se donnant l’un à l’autre, donnent au-delà d’eux-mêmes la réalité de l’enfant, reflet vivant de leur amour, signe permanent de l’unité conjugale et synthèse vivante et indissociable du père et de la mère »[176]. Accueillir une vie nouvelle 166. La famille est le domaine non seulement de la génération mais aussi de l’accueil de la vie qui vient comme un don de Dieu. Chaque nouvelle vie « nous permet de découvrir la dimension la plus gratuite de l’amour, qui ne cesse de nous surprendre. C’est la beauté d’être aimé avant : les enfants sont aimés avant d’arriver »[177]. Cela nous reflète la primauté de l’amour de Dieu qui prend toujours l’initiative, car les enfants « sont aimés avant d’avoir fait quoi que ce soit pour le mériter »[178]. Cependant, « beaucoup d’enfants dès le début sont rejetés, abandonnés, leur enfance et leur avenir leur sont volés. Certains osent dire, presque pour se justifier, que ce fut une erreur de les mettre au monde. C’est embarrassant ! […] Que fait-on des déclarations solennelles des droits de l’homme ou des droits de l’enfant, si par la suite « Devons-nous punir les enfants pour les erreurs des adultes ? »[179] Si un enfant vient au monde dans des circonstances non désirées, les parents ou les autres membres de la famille doivent faire tout leur possible pour l’accepter comme un don de Dieu et assumer la responsabilité de l’accueillir avec ouverture et affection. Car « lorsqu’il s’agit de la naissance d’enfants, aucun sacrifice d’adulte ne sera considéré comme trop coûteux ou trop grand, pour autant qu’il empêche l’enfant de penser qu’il est une erreur, qu’il ne vaut rien et qu’il a été abandonné aux blessures de la vie et à l’arrogance des hommes »[180]. Le don d’un nouvel enfant, que le Seigneur confie à papa et maman, commence par la réception, se poursuit par la garde tout au long de la vie terrestre et a pour destination finale la joie de la vie éternelle. Un regard serein vers l’épanouissement ultime de la personne humaine rendra les parents encore plus conscients du don précieux qui leur a été confié. En effet, Dieu leur a accordé le choix du nom par lequel il appellera chacun de ses enfants pour l’éternité[181]. 167. Les familles nombreuses sont une joie pour l’Église. En eux, l’amour exprime sa généreuse fécondité. Cela ne veut pas dire oublier un sain avertissement de saint Jean-Paul II, lorsqu’il expliquait que la parentalité responsable n’est pas « une procréation illimitée ou une méconnaissance de ce qu’implique élever des enfants, mais plutôt la capacité qu’ont les époux d’utiliser leur liberté inviolable de manière sage et responsable », en tenant compte des réalités sociales et démographiques, ainsi que de sa propre situation et de ses désirs légitimes »[182]. L’amour dans l’attente de la grossesse 168. La grossesse est une période difficile, mais c’est aussi une période merveilleuse. La mère accompagne Dieu pour que se réalise le miracle d’une nouvelle vie. « mystère de la création, qui se renouvelle dans la génération humaine »[184]. C’est comme le dit le Psaume : « Tu m’as tissé dans le ventre de ma mère » (139, 13). Chaque enfant qui se forme dans sa mère est un projet éternel de Dieu le Père et de son amour éternel : « Avant de te former dans le ventre de ta mère, je t’ai consacré ; Chaque enfant a toujours été dans le cœur de Dieu, et dès sa conception, le rêve éternel du Créateur se réalise. Réfléchissons à la valeur de cet embryon à partir du moment où il est conçu. Il faut le regarder avec ces yeux d’amour du Père, qui regarde au-delà de toute apparence. 169. La femme enceinte peut participer à ce projet de Dieu en rêvant de son enfant : « Chaque mère et chaque père ont rêvé de leur enfant pendant neuf mois […] Une famille n’est pas possible sans rêver. Quand la capacité de rêver se perd dans une famille, les enfants ne grandissent pas, l’amour ne grandit pas, la vie s’affaiblit et disparaît. »[185] Dans ce rêve, pour un Mariage chrétien, le baptême apparaît nécessairement. Les parents le préparent par leur prière, en donnant leur enfant à Jésus avant sa naissance. 170. Grâce aux progrès scientifiques d’aujourd’hui, il est possible de savoir à l’avance quelle sera la couleur des cheveux de l’enfant et de quelles maladies il pourrait souffrir à l’avenir, car toutes les caractéristiques somatiques de cette personne sont inscrites dans son code génétique dès l’état embryonnaire. Mais seul le Père qui l’a créé le connaît pleinement. Lui seul sait ce qui a le plus de valeur, ce qui est le plus important, car il sait qui est cet enfant, quelle est son identité la plus profonde. La mère qui le porte dans son sein a besoin de demander à Dieu la lumière pour pouvoir connaître en profondeur son propre enfant et l’attendre tel qu’il est. Certains parents estiment que leur enfant n’arrive pas au meilleur moment. Ils doivent demander au Seigneur de les guérir et de les fortifier pour qu’ils acceptent pleinement cet enfant, afin qu’ils puissent l’attendre de tout leur cœur. Il est important que cet enfant se sente attendu. Il n’est pas un complément ou une solution à une préoccupation personnelle. C’est un être humain doté d’une immense valeur et qui ne peut être utilisé à son propre bénéfice. Il n’est donc pas important que cette nouvelle vie vous serve ou non, qu’elle ait des caractéristiques que vous aimez ou non, qu’elle réponde ou non à vos projets et à vos rêves. Parce que « les enfants sont un cadeau. Chacun est unique et irremplaçable […] Un enfant est aimé parce qu’il est un enfant, non pas parce qu’il est beau ou parce qu’il est d’une manière ou d’une autre ; Non, parce que c’est un fils. Pas parce qu’il pense comme Je ou incarne mes désirs. Un fils est un fils»[186]. L’amour des parents est un instrument de l’amour du Père Dieu qui attend avec tendresse la naissance de chaque enfant, l’accepte sans conditions et l’accueille librement. 171. Je veux demander avec affection à chaque femme enceinte : prenez soin de votre joie, que rien ne vous enlève la joie intérieure de la maternité. Cet enfant mérite votre joie. Ne laissez pas les peurs, les inquiétudes, les commentaires ou les problèmes des autres éteindre ce bonheur d’être l’instrument de Dieu pour apporter une nouvelle vie au monde. Prenez soin de ce qui doit être fait ou préparé, mais sans devenir obsédé, et louez comme Marie : « Mon âme proclame la grandeur du Seigneur, mon esprit se réjouit en Dieu, mon sauveur ; parce qu’il a vu l’humiliation de son serviteur” (Luc 1, 46-48). Vivez cet enthousiasme serein au milieu de vos contrariétés, et priez le Seigneur de prendre soin de votre joie afin que vous puissiez la transmettre à votre enfant. Amour d’une mère et d’un père 172. “Les enfants, dès leur naissance, commencent à recevoir en cadeau, avec la nourriture et les soins, la confirmation des qualités spirituelles de l’amour. Les actes d’amour passent par le don personnel le nom, le langage partagé, les intentions des regards, les illuminations des sourires. Ils apprennent ainsi que la beauté du lien entre les êtres humains pointe vers notre âme, cherche notre liberté, accepte la diversité de l’autre, le reconnaît et le respecte comme un interlocuteur […] et c’est cela l’amour, qui apporte une étincelle de l’amour de Dieu»[187]. Il a le droit de recevoir l’amour d’une mère et d’un père, tous deux nécessaires à sa maturation complète et harmonieuse. Comme l’ont dit les évêques australiens, tous deux “contribuent, chacun de manière différente, à l’éducation d’un enfant. Respecter la dignité de l’enfant signifie affirmer son besoin et son droit naturel à une mère et à un père”[188]. Il ne s’agit pas seulement de l’amour du père et de la mère séparément, mais aussi de l’amour entre eux, perçu comme source de leur propre existence, comme nid qui accueille et comme fondement de la famille. Autrement, le fils semble réduit à une possession capricieuse. Tous deux, homme et femme, père et mère, sont « des coopérateurs de l’amour de Dieu Créateur et, d’une certaine manière, ses interprètes »[189]. Ils montrent à leurs enfants le visage maternel et le visage paternel du Seigneur. De plus, ensemble, ils enseignent la valeur de la réciprocité, de la rencontre entre des personnes différentes, où chacun apporte sa propre identité et sait aussi recevoir de l’autre. Si, pour une raison inévitable, l’un des deux manque, il est important de trouver un moyen de le compenser, afin de favoriser la bonne maturation de l’enfant. 173. Le sentiment d’orphelin que ressentent aujourd’hui de nombreux enfants et jeunes est plus profond qu’on ne le pense. Aujourd’hui, nous reconnaissons comme tout à fait légitime, et même souhaitable, que les femmes souhaitent étudier, travailler, développer leurs capacités et avoir des objectifs personnels. Mais, en même temps, nous ne pouvons ignorer le besoin qu’ont les enfants de la présence maternelle, surtout dans les les premiers mois de la vie. La réalité est que « la femme se présente devant l’homme comme une mère, sujet de la nouvelle vie humaine qui est conçue et se développe en elle, et d’elle naît dans le monde »[190]. L’affaiblissement de la présence maternelle avec ses qualités féminines constitue un risque sérieux pour notre terre. J’apprécie le féminisme lorsqu’il ne vise pas l’uniformité ou le déni de la maternité. Car la grandeur des femmes implique tous les droits qui émanent de leur dignité humaine inaliénable, mais aussi de leur génie féminin, indispensable à la société[191]. Ses capacités spécifiquement féminines – notamment la maternité – lui confèrent également des devoirs, car être femme implique aussi une mission particulière sur cette terre, que la société doit protéger et préserver pour le bien de tous. 174. En effet, « les mères sont l’antidote le plus puissant à la propagation de l’individualisme égoïste […] Ce sont elles qui témoignent de la beauté de la vie »[192]. Sans aucun doute, « une société sans mères serait une société inhumaine, car les mères savent toujours témoigner, même dans les pires moments, de tendresse, de dévouement et de force morale. Les mères transmettent aussi souvent le sens le plus profond de la pratique religieuse : dans les premières prières, dans les premiers gestes de dévotion qu’un enfant apprend […] Sans les mères, non seulement il n’y aurait pas de nouveaux croyants, mais la foi perdrait beaucoup de sa chaleur simple et profonde. […] Très chères mamans, merci, merci pour quoi vous êtes dans la famille et pour ce que vous donnez à l’Église et au monde»[193]. 175. La mère, qui protège l’enfant avec sa tendresse et sa compassion, l’aide à éveiller la confiance, à expérimenter que le monde est un bon endroit qui l’accueille, ce qui lui permet de développer une estime de soi qui favorise la capacité d’intimité et d’empathie. La figure paternelle, en revanche, aide à percevoir les limites de la réalité et se caractérise davantage par l’orientation, par la sortie vers un monde plus vaste et plus exigeant, par l’invitation à l’effort et à la lutte. Un père avec une identité masculine claire et heureuse, qui à son tour combine affection et protection dans son traitement envers les femmes, est aussi nécessaire que les soins maternels. Il existe des rôles et des tâches flexibles qui s’adaptent aux circonstances spécifiques de chaque famille, mais la présence claire et bien définie des deux figures, féminine et masculine, crée l’environnement le plus approprié pour la maturation de l’enfant. 176. On dit que notre société est une « société sans père ». Dans la culture occidentale, la figure du père serait symboliquement absente, détournée, estompée. Même la virilité semble remise en question. Une confusion compréhensible s’est produite, car « au début, cela était perçu comme une libération : libération du père patron, du père comme représentant de la loi imposée de l’extérieur, du père comme censeur du bonheur des enfants et obstacle à l’émancipation et à l’autonomie des jeunes. Parfois, dans le passé, dans certains Dans les maisons, l’autoritarisme régnait, dans certains cas rien de moins que des abus»[194]. Mais “comme cela arrive souvent, nous passons d’un extrême à l’autre. Le problème de nos jours ne semble plus être tant la présence intrusive du père, mais plutôt son absence, le fait de ne pas être présent. Le père est parfois tellement concentré sur lui-même et sur son travail, parfois sur ses réalisations individuelles, qu’il oublie même la famille. Et laisse les petits et les jeunes tranquilles”[195]. La présence paternelle, et donc son autorité, est également affectée par le temps croissant consacré aux médias et aux technologies de distraction. De plus, aujourd’hui, l’autorité est mise en suspicion et les adultes sont brutalement interrogés. Eux-mêmes abandonnent leurs certitudes et c’est pourquoi ils ne donnent pas à leurs enfants des conseils sûrs et fondés. Il n’est pas sain que les rôles soient échangés entre parents et enfants, car cela nuit au processus de maturation approprié que les enfants doivent suivre et leur refuse un amour directeur qui les aide à mûrir[196]. 177. Dieu place le père dans la famille pour que, avec les caractéristiques précieuses de sa masculinité, “il puisse être proche de l’épouse, pour tout partager, joies et peines, fatigues et espérances. Et qu’il soit proche des enfants dans leur croissance: quand ils jouent et quand ils sont occupés, quand ils sont insouciants et quand ils sont en détresse, quand ils s’expriment et quand ils sont taciturnes, quand ils se lancent et quand Ils ont peur lorsqu’ils font un faux pas et lorsqu’ils retrouvent leur chemin ; Père présent, toujours. Dire présent n’est pas la même chose que dire contrôleur. Parce que les parents trop contrôlants annulent leurs enfants»[197]. Certains parents se sentent inutiles ou inutiles, mais la vérité est que « les enfants ont besoin de trouver un père qui les attende lorsqu’ils reviennent de leurs échecs. Ils feront tout pour ne pas l’admettre, pour ne pas le laisser voir, mais ils en ont besoin »[198]. Il n’est pas bon que les enfants se retrouvent sans parents et cessent ainsi d’être des enfants avant l’heure. « le mariage n’a pas été institué uniquement pour la procréation […] Ainsi, même si la descendance tant désirée manque souvent, le mariage, comme amitié et communion de toute vie, continue d’exister et conserve sa valeur et son indissolubilité »[199]. En outre, « la maternité n’est pas une réalité exclusivement biologique, mais s’exprime de diverses manières »[200]. soyez magnanime et ouvrez leur amour conjugal pour recevoir ceux qui sont privés d’un contexte familial adéquat. Ils ne regretteront jamais d’avoir été généreux. Adopter est l’acte d’amour de donner une famille à quelqu’un qui n’en a pas. la législation peut faciliter les procédures d’adoption, notamment dans le cas d’enfants non désirés, afin de prévenir l’avortement ou l’abandon. Celui qui relève le défi d’adopter et d’accueillir une personne sans condition et librement, devient médiateur de cet amour de Dieu qui dit : « Même si ta mère t’oubliait, je ne t’oublierais jamais » (Is 49, 15). 180. « L’option de l’adoption et du placement familial exprime une fécondité particulière de l’expérience conjugale, non seulement dans le cas des conjoints ayant des problèmes de fertilité […] Face à des situations dans lesquelles l’enfant est aimé à tout prix, comme droit à l’affirmation de soi, l’adoption et le placement familial, bien compris, montrent un aspect important du fait d’être parents et d’être enfants, dans la mesure où ils aident à reconnaître que les enfants, tant naturels qu’adoptés ou placés, sont d’autres sujets en eux-mêmes et que nous avons besoin de les recevoir, de les aimer, de prendre soin d’eux et pas seulement les mettre au monde. L’intérêt supérieur de l’enfant doit primer dans les processus d’adoption et de placement familial”[201]. D’autre part, “la traite des enfants entre les pays et les continents doit être stoppée grâce à des mesures législatives opportunes et au contrôle de l’État”[202]. 181. Il convient également de rappeler que la procréation ou l’adoption ne sont pas les seules façons de connaître la fécondité de l’amour. Même la famille nombreuse est appelée à laisser sa marque sur la société dans laquelle elle s’insère, à développer d’autres formes de fécondité qui sont comme extension de l’amour qui le soutient. Les familles chrétiennes ne doivent pas oublier que « la foi ne nous éloigne pas du monde, mais nous y entraîne plus profondément […] Chacun de nous a un rôle particulier à jouer dans la préparation de l’avènement du Royaume de Dieu »[203]. La famille ne doit pas se penser comme une enceinte destinée à se protéger de la société. Il n’attend pas, mais sort de lui-même dans une recherche solidaire. Il devient ainsi un lien d’intégration entre la personne et la société et un point de rencontre entre le public et le privé. Les couples mariés doivent acquérir une conscience claire et convaincue de leurs devoirs sociaux. Lorsque cela se produit, l’affection qui les unit ne diminue pas, mais se remplit d’une nouvelle lumière, comme l’expriment les vers suivants : « Tes mains sont ma caresse, mes accords quotidiens, je t’aime parce que tes mains travaillent pour la justice. Si je t’aime, c’est parce que tu es mon amour, mon complice et tout, et dans la rue, côte à côte, nous sommes bien plus que deux. »[204] 182. Aucune famille ne peut être féconde si elle est conçue comme trop différente ou « séparée ». Pour éviter ce risque, rappelons-nous que la famille de Jésus, pleine de grâce et de sagesse, n’était pas considérée comme une famille « étrangère », comme une maison étrangère, loin des gens. C’est pourquoi les gens avaient du mal à reconnaître la sagesse de Jésus et disaient : “D’où lui vient-il tout cela ? […] N’est-ce pas le charpentier, le fils de Marie?» (Mc 6,2-3). “Ce n’est pas le fils du charpentier ?” (Mc 6,2-3). “N’est-ce pas le fils du charpentier ? (Mt 13, 55). Ceci confirme qu’il s’agissait d’une famille simple, proche de tous, normalement intégrée à la commune. Jésus n’a pas non plus grandi dans une relation fermée et absorbante avec Marie et Joseph, mais a évolué avec joie dans la famille élargie, qui comprenait des parents et des amis. Cela explique qu’à leur retour de Jérusalem, ses parents ont admis que le garçon de douze ans était perdu dans la caravane pendant une journée entière, écoutant les histoires et partageant les inquiétudes de chacun : « Croyant qu’il était dans la caravane, ils ont fait un jour de chemin » (Lc 2, 44). Cependant, il arrive parfois que certaines familles chrétiennes, à cause du langage qu’elles utilisent, de la façon dont elles parlent, du style de traitement, de la répétition constante de deux ou trois thèmes, soient considérées comme distantes, séparées de la société, et même leurs propres proches se sentent méprisés ou jugés par elles. 183. Un couple qui expérimente la force de l’amour sait que cet amour est appelé à guérir les blessures des abandonnés, à instaurer la culture de la rencontre, à lutter pour la justice. Dieu a confié à la famille le projet de rendre le monde « domestique »[205], pour que chacun puisse ressentir chaque être humain comme un frère : « Un regard attentif sur la vie quotidienne des hommes et des femmes d’aujourd’hui montre immédiatement le besoin qui existe partout d’une forte injection d’esprit de famille […] Non seulement l’organisation de la vie commune est de plus en plus remise en question. avec une bureaucratie complètement étrangère aux unions humaines fondamentales, mais même les coutumes sociales et politiques montrent souvent des signes de dégradation”[206]. D’un autre côté, les familles ouvertes et solidaires font de la place aux pauvres, elles sont capables de nouer des amitiés avec ceux qui vivent des moments pires qu’eux. Si vous vous souciez vraiment de l’Évangile, vous ne pouvez pas oublier ce que dit Jésus: “Comme vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait” (Mt 25, 40). En bref, ils vivez ce qui nous est demandé avec tant d’éloquence dans ce texte : « Lorsque vous donnez un déjeuner ou un dîner, n’appelez ni vos amis, ni vos frères, ni vos parents, ni vos riches voisins, car s’ils vous invitent plus tard, ce sera votre récompense, lorsque vous donnerez un banquet, appelez les pauvres, les estropiés, les boiteux, les aveugles, et vous serez béni » (Luc 14, 12-14). Vous serez heureux ! Voici le secret d’une famille heureuse. 184. Avec le témoignage, mais aussi avec la parole, les familles parlent de Jésus aux autres, transmettent la foi, éveillent le désir de Dieu et montrent la beauté de l’Évangile et le style de vie qu’il nous propose. Ainsi, les couples chrétiens peignent le gris de l’espace public, le remplissant de la couleur de la fraternité, de la sensibilité sociale, de la défense de la foi fragile, lumineuse, de l’espérance active. Sa fécondité s’étend et se traduit par des milliers de façons de rendre présent l’amour de Dieu dans la société. Discerner le corps 185. Dans cette optique, il convient de prendre très au sérieux un texte biblique qui est habituellement interprété en dehors de son contexte, ou de manière très générale, ce qui peut négliger sa signification la plus immédiate et la plus directe, nettement sociale. Il s’agit de 1 Cor 11, 17-34, où saint Paul fait face à une situation honteuse dans la communauté. Là-bas, certaines personnes aisées avaient tendance à discriminer les pauvres, et cela se produisait même dans l’agape qui accompagnait la célébration de l’Eucharistie. Pendant que les riches goûtaient leurs délices, les pauvres se retrouvaient sans rien à manger : ainsi « l’un a faim, l’autre est ivre. N’avez-vous pas des maisons où vous pouvez manger et boire ? Ou pensez-vous si peu de l’Église de Dieu que vous humiliez les pauvres ? (v. 21-22). en provoquant des divisions et des discriminations scandaleuses entre ses membres. Il s’agit donc de « discerner » le Corps du Seigneur, de le reconnaître avec foi et charité, tant dans les signes sacramentels que dans la communauté ; sinon, on mange et on boit sa propre condamnation (cf. v. 11, 29). familles nécessiteuses. La célébration eucharistique. Cela devient ainsi un appel constant pour « que chacun s’interroge sur lui-même » (v. 28) pour ouvrir les portes de sa propre famille à une plus grande communion avec les jetables de la société et, ensuite, pour recevoir le sacrement de l’amour eucharistique qui fait de nous un seul corps. Il ne faut pas oublier que « la « mystique » du sacrement a un caractère social »[207]. Lorsque ceux qui communient résistent à l’engagement envers les pauvres et les souffrants, ou consentent à différentes formes de division, de mépris et d’inégalité, l’Eucharistie est reçue indigne. D’autre part, les familles qui se nourrissent de l’Eucharistie avec une disposition adéquate renforcent leur désir de fraternité, leur sens social et leur engagement envers ceux qui sont dans le besoin. La vie dans la famille nombreuse 187. La petite cellule familiale ne doit pas être isolée de la famille élargie, où se trouvent les parents, les oncles, les cousins ​​et même les voisins. Dans cette grande famille, il peut y avoir des personnes qui ont besoin d’aide, ou du moins de compagnie et de gestes d’affection, ou bien il peut y avoir de grandes souffrances qui ont besoin de consolation[208]. L’individualisme de notre époque conduit parfois à s’enfermer dans un petit nid de sécurité et à ressentir les autres comme un danger gênant. Cependant, cet isolement n’apporte pas plus de paix et de bonheur, mais ferme plutôt le cœur de la famille et la prive de l’étendue de l’existence. Être des enfants 188. Parlons tout d’abord des parents eux-mêmes. Jésus a rappelé aux Pharisiens que l’abandon du parents est contre la Loi de Dieu (cf. Mc 7,8-13). Cela ne sert à rien de perdre la conscience d’être un fils. Chez chaque personne, « même lorsqu’on atteint l’âge d’adulte ou de vieillard, même si l’on devient père, si l’on occupe une place de responsabilité, au-dessous de tout cela demeure l’identité de fils. Nous sommes tous des enfants. Ex 20 :12). Ce commandement vient immédiatement après ceux qui font référence à Dieu lui-même. En effet, il contient quelque chose de sacré, quelque chose de divin, quelque chose qui est à la base de tout autre type de respect entre les hommes. Et dans la formulation biblique du quatrième commandement, il est ajouté : « afin que vos jours se prolongent dans le pays que l’Éternel, votre Dieu, va vous donner ». Le lien vertueux entre les générations est gage d’avenir, et c’est le gage d’une histoire véritablement humaine. Une société d’enfants qui n’honorent pas leurs parents est une société sans honneur […] C’est une société destinée à être peuplée de jeunes désagréables et avides»[210]. 190. Mais la médaille a un autre revers : « L’homme abandonnera son père et sa mère » (Gn 2, 24), dit la Parole de Dieu. Parfois, cela n’est pas réalisé et le mariage n’est pas pleinement accepté parce que le renoncement et l’abandon n’ont pas été faits. Le Les parents ne devraient pas être abandonnés ou négligés, mais pour s’unir dans le mariage, ils doivent être laissés, afin que le nouveau foyer soit le lieu d’habitation, la protection, la plate-forme et le projet, et qu’il soit possible de véritablement devenir « une seule chair » (ibid.). Dans certains mariages, il arrive que beaucoup de choses soient cachées au conjoint lui-même, qui sont plutôt discutées avec ses propres parents, au point que les opinions des parents comptent plus que les sentiments et les opinions du conjoint. Il n’est pas facile de maintenir cette situation pendant longtemps, et cela n’est possible que temporairement, le temps que les conditions soient créées pour développer la confiance et la communication. Le mariage nous met au défi de trouver une nouvelle façon d’être des enfants. Les personnes âgées 191. « Ne me rejette pas maintenant, dans ma vieillesse, mes forces faiblissent, ne m’abandonne pas » (Ps 71, 9). C’est le cri du vieil homme qui craint l’oubli et le mépris. Tout comme Dieu nous invite à être ses instruments pour entendre la supplication des pauvres, il attend aussi que nous entendions le cri des personnes âgées[211]. Cela interpelle les familles et les communautés, car “l’Église ne peut et ne veut pas se conformer à une mentalité d’intolérance, encore moins d’indifférence et de mépris, à l’égard de la vieillesse. Nous devons éveiller le sentiment collectif de gratitude, d’appréciation et d’hospitalité qui fait que les personnes âgées se sentent partie intégrante de leur communauté. Les personnes âgées sont des hommes et des femmes, des pères et des mères qui ont été avant nous sur le même chemin, dans notre même maison, dans notre combat quotidien pour une vie digne”[212]. C’est pourquoi, “comme je voudrais une Église qui défie la culture du jetable avec la joie débordante d’une nouvelle étreinte entre les jeunes et les personnes âgées!”[213]. 192. Saint Jean-Paul II nous a invité à prêter attention à la place des personnes âgées dans la famille, car il existe des cultures qui, “en raison du développement industriel et urbain désordonné, ont conduit et continuent de conduire les personnes âgées à des formes inacceptables de marginalisation”[214]. Les personnes âgées aident à percevoir “la continuité des générations”, avec “le charisme de servir de pont”[215]. Souvent, ce sont les grands-parents qui assurent la transmission de grandes valeurs à leurs petits-enfants, et “beaucoup de gens peuvent reconnaître qu’ils doivent précisément à leurs grands-parents leur initiation à la vie chrétienne”[216]. Leurs paroles, leurs caresses ou leur simple présence aident les enfants à reconnaître que l’histoire ne commence pas avec eux, qu’ils sont les héritiers de un chemin ancien et qu’il faut respecter le passé qui nous précède. Ceux qui rompent les liens avec l’histoire auront des difficultés à créer des relations stables et à reconnaître qu’ils ne sont pas propriétaires de la réalité. Ainsi, « le soin des personnes âgées parle de la qualité d’une civilisation. L’attention est-elle portée aux personnes âgées dans une civilisation ? Y a-t-il de la place pour les personnes âgées ? Cette civilisation perdurera si elle sait respecter la sagesse, la sagesse des personnes âgées. »[217] 193. L’absence de mémoire historique est un grave problème. défaut de notre société. C’est la mentalité immature du « c’était déjà ». Connaître et pouvoir prendre position sur les événements passés est la seule possibilité de construire un avenir significatif. On ne peut pas éduquer sans mémoire : « Souviens-toi de ces premiers jours » (Hé 10, 32). Les récits des personnes âgées font beaucoup de bien aux enfants et aux jeunes, car ils les relient à l’histoire vécue de la famille, du quartier et du pays. Une famille qui ne respecte pas et ne prend pas soin de ses grands-parents, qui en sont la mémoire vivante, est une famille désintégrée ; mais une famille qui se souvient est une famille avec un avenir. Ainsi, « dans une civilisation où il n’y a pas de place pour les personnes âgées ou où elles sont rejetées parce qu’elles créent des problèmes, cette société porte avec elle le virus de la mort »[218], puisqu’« elle s’arrache à ses propres racines »[219]. Le phénomène de l’orphelinat contemporain, en termes de discontinuité, de déracinement et de chute des certitudes qui façonnent la vie, nous interpelle à faire de nos familles un lieu où les enfants peuvent s’enraciner dans le sol d’une histoire collective. Être frères 194. La relation entre frères s’approfondit avec le temps, et « le lien de fraternité qui se noue dans la famille entre les enfants, s’il se produit dans un climat d’éducation ouvert aux autres, est une grande école de liberté et de paix. Dans la famille, entre frères, nous apprenons la coexistence humaine […] Peut-être n’en sommes-nous pas toujours conscients, mais c’est précisément la famille qui introduit la fraternité dans le monde. De cette première expérience de fraternité, nourrie par l’affection et l’éducation familiale, le style de la fraternité rayonne comme une promesse sur toute la société »[220]. 195. Grandir entre frères et sœurs offre la belle expérience de prendre soin les uns des autres, de s’aider et d’être aidé. Il est reconnu que « avoir un frère, une sœur qui vous aime est une expérience forte, inestimable et irremplaçable »[222], mais il faut apprendre patiemment aux enfants à se traiter comme des frères et sœurs. Cet apprentissage, parfois coûteux, est une véritable école de sociabilité. Dans certains pays, il existe une forte tendance à n’avoir qu’un seul enfant, de sorte que l’expérience d’être frère ou sœur commence à être rare. ne pas grandir seul ou isolé. Un grand cœur 196. Au petit cercle composé des époux et de leurs enfants, il y a la grande famille qui ne peut être ignorée car « l’amour entre un homme et une femme dans le mariage et, par voie dérivée et plus largement, l’amour entre les membres d’une même famille – entre parents et enfants, entre frères et sœurs, entre parents et proches – est animé et animé par une dynamique. intérieur et incessant qui conduit la famille à une communion toujours plus profonde et intense, fondement et âme de la communauté conjugale et familiale»[223]. Y sont également intégrés des amis et des familles amies, voire des communautés de familles qui se soutiennent dans leurs difficultés, dans leur engagement social et dans leur foi. 197. Cette grande famille doit intégrer avec amour les mères adolescentes, les enfants sans parents, les femmes célibataires qui doivent assurer l’éducation de leurs enfants, les personnes handicapées qui ont besoin de beaucoup d’affection et de proximité, les jeunes qui luttent contre la dépendance, les personnes célibataires, séparées ou veuves qui souffrent de solitude, les personnes âgées et malades qui ne reçoivent pas le soutien de leurs enfants, et en son sein il y a une place pour « même les comportements les plus désastreux de leurs enfants ». vie»[224]. Cela peut également aider à compenser les fragilités des parents, ou à détecter et signaler à temps d’éventuelles situations de violence ou même d’abus subis par les enfants, en leur donnant un amour sain et une tutelle familiale lorsque leurs parents ne peuvent pas l’assurer. 198. Enfin, il ne faut pas oublier que dans cette grande famille il y a aussi le beau-père, la belle-mère et tous les proches du conjoint. Une délicatesse de l’amour consiste à éviter de les voir comme des concurrents, comme des êtres dangereux, comme des envahisseurs. L’union conjugale nécessite de respecter leurs traditions et coutumes, d’essayer de comprendre leur langage, de contenir les critiques, d’en prendre soin et les intégrer en quelque sorte dans son propre cœur, même lorsqu’il faut préserver l’autonomie et l’intimité légitimes du couple. Ces attitudes sont aussi une manière exquise d’exprimer la générosité d’un dévouement aimant envers son conjoint. Chapitre Six QUELQUES PERSPECTIVES PASTORALES 199. Le dialogue du chemin synodal a conduit à la nécessité de développer de nouveaux chemins pastoraux, que je vais maintenant essayer de rassembler de manière générale. Ce seront les différentes communautés qui devront élaborer des propositions plus pratiques et efficaces, qui tiennent compte à la fois des enseignements de l’Église et des besoins et défis locaux. Sans vouloir présenter ici une pastorale de la famille, je veux juste m’arrêter pour recueillir quelques-uns des grands défis pastoraux. Annoncer aujourd’hui l’Évangile de la famille 200. Les Pères synodaux ont insisté sur le fait que les familles chrétiennes, par la grâce du sacrement nuptial, sont les principaux sujets de la pastorale familiale, surtout en assurant « le témoignage joyeux des époux et des familles, des églises domestiques »[225]. C’est pourquoi ils ont souligné qu’« il s’agit de faire expérimenter que l’Évangile de la famille est une joie qui « remplit le cœur et toute la vie », car dans le Christ nous sommes « libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement » (Evangelii gaudium, 1). À la lumière de la parabole du semeur (cf. Mt 13, 3-9), notre tâche est de coopérer aux semailles : le reste est l’œuvre de Dieu. Une Église qui prêche sur la famille est un signe de contradiction»[226], mais les couples sont reconnaissants que les pasteurs leur offrent des motivations pour un engagement courageux dans un amour fort, solide, durable, capable d’affronter tout ce qui se présente à eux. L’Église veut atteindre les familles avec une compréhension humble et son désir « est d’accompagner chaque famille afin qu’elle découvre la meilleure manière de surmonter les difficultés qui se trouvent sur son chemin »[227]. Il ne suffit pas d’incorporer une préoccupation générique pour la famille dans les grands projets pastoraux. Pour que les familles soient des sujets de plus en plus actifs dans la pastorale familiale, il est nécessaire « un effort d’évangélisation et de catéchèse en direction de la famille »[228], qui les guide dans ce sens. 201. « Cela nécessite une conversion missionnaire de toute l’Église : il ne faut pas rester une simple annonce théorique, sans rapport avec les problèmes réels des personnes »[229]. La pastorale familiale “doit faire expérimenter que l’Évangile de la famille répond aux attentes les plus profondes de la personne humaine: à sa dignité et à son plein épanouissement dans la réciprocité, la communion et la fécondité. Il ne s’agit pas seulement de présenter des règles, mais de proposer des valeurs, répondant au besoin que l’on constate aujourd’hui, même dans les pays les plus sécularisés, de telles valeurs»[230]. Aussi “la nécessité d’une évangélisation qui dénonce franchement la des conditions culturelles, sociales, politiques et économiques, comme l’espace excessif accordé à la logique du marché, qui empêchent une vie familiale authentique, déterminant la discrimination, la pauvreté, les exclusions et la violence. Pour ce faire, nous devons établir le dialogue et la coopération avec les structures sociales, ainsi qu’encourager et soutenir les laïcs engagés, en tant que chrétiens, dans les domaines culturel et sociopolitique»[231]. 202. « La principale contribution à la pastorale familiale est offerte par la paroisse, qui est une famille de familles, où s’harmonisent les contributions des petites communautés, des mouvements et des associations ecclésiales »[232]. À côté d’une pastorale spécifiquement orientée vers les familles, nous sommes confrontés à la nécessité « d’une formation plus adéquate des prêtres, des diacres, des religieux et religieuses, des catéchistes et autres agents pastoraux »[233]. Dans les réponses aux consultations menées à travers le monde, il a été souligné que les ministres ordonnés manquent souvent de formation adéquate pour faire face aux problèmes familiaux complexes d’aujourd’hui. En ce sens, l’expérience de la longue tradition orientale des prêtres mariés peut également être utile. 203. Les séminaristes devraient accéder à une formation interdisciplinaire plus large sur les fréquentations et le mariage, et pas seulement en termes de doctrine. De plus, la formation ne leur permet pas toujours de déployer leur univers psycho-affectif. Certains gardent dans leur vie leur propre expérience famille blessée, avec absence des parents et instabilité émotionnelle. La maturation devra être garantie lors de la formation afin que les futurs ministres aient l’équilibre psychologique que leur tâche exige d’eux. Les liens familiaux sont essentiels pour renforcer la saine estime de soi des séminaristes. C’est pourquoi il est important que les familles accompagnent tout le processus du séminaire et du sacerdoce, car elles contribuent à le renforcer de manière réaliste. En ce sens, il est sain de combiner un certain temps de la vie au séminaire avec un autre temps de vie en paroisse, ce qui permet un plus grand contact avec la réalité concrète des familles. En effet, tout au long de sa vie pastorale, le prêtre rencontre avant tout les familles. «La présence des laïcs et des familles, notamment féminine, dans la formation sacerdotale, favorise l’appréciation de la variété et de la complémentarité des diverses vocations dans l’Église»[234]. 204. Les réponses aux requêtes expriment également avec insistance la nécessité de former des agents laïcs de pastorale familiale, avec l’aide de psychologues scolaires, de médecins de famille, de médecins communautaires, de travailleurs sociaux, d’avocats des minorités et de la famille, ouverts à recevoir des contributions de la part de la psychologie, de la sociologie, de la sexologie et même du conseil. Les professionnels, notamment ceux ayant une expérience en accompagnement, contribuent à incarner les propositions pastorales dans des situations et des préoccupations réelles. spécificités des familles. « Des parcours de formation et des cours spécialement conçus pour les agents pastoraux pourront les rendre aptes à insérer le même chemin de préparation au mariage dans la dynamique plus large de la vie ecclésiale »[235]. Une bonne formation pastorale est importante « en particulier compte tenu des situations d’urgence particulières résultant de cas de violence domestique et d’abus sexuels »[236]. Tout cela ne diminue en rien, mais complète, la valeur fondamentale de la direction spirituelle, des ressources spirituelles inestimables de l’Église et de la réconciliation sacramentelle. Guider les fiancés sur le chemin de la préparation au mariage 205. Les Pères synodaux ont dit de diverses manières qu’il est nécessaire d’aider les jeunes à découvrir la valeur et la richesse du mariage[237]. Ils doivent pouvoir percevoir l’attrait d’une union pleine qui élève et perfectionne la dimension sociale de l’existence, donne à la sexualité son plus grand sens, tout en promouvant le bien des enfants et en leur offrant le meilleur contexte pour leur maturation et leur éducation. 206. «La réalité sociale complexe et les défis auxquels la famille est appelée à faire face aujourd’hui exigent un plus grand engagement de la part de toute la communauté chrétienne dans la préparation des fiancés au mariage. Il faut rappeler l’importance des vertus. Parmi ceux-ci, la chasteté est une condition précieuse pour la croissance authentique de l’amour interpersonnel. Concernant ce besoin, Les Pères synodaux se sont accordés à souligner la demande d’une plus grande implication de toute la communauté, en privilégiant le témoignage des familles, en plus d’enraciner la préparation au mariage dans le chemin de l’initiation chrétienne, en soulignant le lien entre le mariage et le baptême et les autres sacrements. De même, on a souligné la nécessité de programmes spécifiques de préparation au mariage qui soient une expérience authentique de participation à la vie ecclésiale et qui approfondissent les différents aspects de la vie familiale. »[238] tissu même de tout le corps ecclésial : la forme particulière d’amitié qu’ils vivent peut devenir contagieuse et faire grandir dans l’amitié et la fraternité la communauté chrétienne dont ils font partie »[239]. Il existe diverses manières légitimes d’organiser la préparation au mariage, et chaque Église locale discernera ce qui est le mieux, en recherchant une formation adéquate qui en même temps n’éloigne pas les jeunes du sacrement. “pas le Beaucoup de connaissances suffisent et satisfont l’âme, mais plutôt le sentiment et le goût des choses intérieurement”[240]. La qualité est plus importante que la quantité, et la priorité doit être donnée – avec une nouvelle annonce du kérygme – aux contenus qui, communiqués de manière attrayante et cordiale, les aident à s’engager dans un chemin de vie “avec beaucoup d’esprit et de libéralité”[241]. C’est une sorte d'”initiation” au sacrement de mariage qui leur fournit les éléments nécessaires pour pouvoir le recevoir avec 208. Il convient également de trouver des moyens, à travers les familles missionnaires, les familles des couples et diverses ressources pastorales, d’offrir une préparation à distance qui fait mûrir l’amour qu’ils ont l’un pour l’autre, avec un accompagnement proche et testimonial et des offres d’entretiens facultatifs sur des sujets variés qui intéressent vraiment les jeunes. Cependant, certains moments personnalisés sont essentiels, car l’objectif principal est d’aider chacun à apprendre à aimer cette personne spécifique avec laquelle il a l’intention. partager toute sa vie. Apprendre à aimer quelqu’un ne s’improvise pas et ne peut pas non plus être l’objectif d’un court cours préalable à la célébration du mariage. En réalité, chacun se prépare au mariage dès sa naissance. Tout ce que sa famille lui a donné doit lui permettre d’apprendre de sa propre histoire. et vous permettre un engagement total et définitif. Ceux qui arrivent au mariage les mieux préparés sont probablement ceux qui ont appris de leurs propres parents ce qu’est un mariage chrétien, où tous deux se sont choisis sans conditions et continuent de renouveler cette décision. En ce sens, toutes les actions pastorales visant à aider les couples à grandir dans l’amour et à vivre l’Évangile en famille sont une aide précieuse pour que leurs enfants préparent leur future vie conjugale. Nous ne devons pas non plus oublier les précieuses ressources de la pastorale populaire. Pour donner un exemple simple, je me souviens de la Saint-Valentin, qui, dans certains pays, est mieux célébrée par les commerçants que par la créativité des bergers. 209. La préparation de ceux qui ont déjà officialisé une fréquentation, lorsque la communauté paroissiale parvient à les accompagner longtemps à l’avance, devrait également leur donner la possibilité de reconnaître les incompatibilités ou les risques. De cette façon, on peut se rendre compte qu’il n’est pas raisonnable de parier sur cette relation, pour ne pas s’exposer à un échec prévisible qui aura des conséquences très douloureuses. Le problème est que l’éblouissement initial conduit à vouloir cacher ou relativiser beaucoup de choses, à éviter les désaccords, et ainsi à faire avancer les difficultés. Le couple doit être encouragé et aidé pour qu’il puisse parler de ce que chacun attend d’un éventuel mariage, de sa manière de comprendre ce que sont l’amour et l’engagement, ce qu’est l’amour et l’engagement. ce que l’on attend de l’autre, le type de vie en commun que l’on voudrait projeter. Ces conversations peuvent vous aider à comprendre qu’en réalité il y a peu de points de contact et qu’une simple attirance mutuelle ne suffira pas à maintenir l’union. Rien n’est plus volatile, précaire et imprévisible que le désir, et la décision de se marier ne devrait jamais être encouragée si d’autres motivations n’ont pas été explorées qui donnent à cet engagement de réelles possibilités de stabilité. 210. Quoi qu’il en soit, si les points faibles de l’autre sont clairement reconnus, il est nécessaire qu’il y ait une confiance réaliste dans la possibilité de l’aider à développer le meilleur de sa personne pour contrecarrer le poids de ses faiblesses, avec un ferme intérêt à le promouvoir en tant qu’être humain. Cela implique d’accepter avec une solide volonté la possibilité d’affronter certaines démissions, des moments difficiles et des situations conflictuelles, et la ferme décision de s’y préparer. Il faut détecter les signes de danger que pourrait avoir la relation, pour trouver avant le mariage les ressources qui permettront de les affronter avec succès. Malheureusement, beaucoup arrivent aux noces sans se connaître. Ils se sont seulement amusés ensemble, ils ont vécu des expériences ensemble, mais ils n’ont pas relevé le défi de se montrer et d’apprendre qui est réellement l’autre. 211. Tant la préparation immédiate que l’accompagnement plus long doivent garantir que les mariés ne voient pas le mariage comme la fin du chemin, mais plutôt qu’ils assument le mariage comme une vocation qui les lance en avant, avec la décision ferme et réaliste de traverser ensemble toutes les épreuves et les moments difficiles. La pastorale prénuptiale et la pastorale matrimoniale doivent être avant tout une pastorale du lien, où sont fournis des éléments qui aident à la fois à mûrir l’amour et à surmonter les moments difficiles. Ces apports ne sont pas seulement des convictions doctrinales, ils ne peuvent même pas être réduits aux précieuses ressources spirituelles qu’offre toujours l’Église, mais ils doivent aussi être des chemins pratiques, des conseils bien incarnés, des tactiques tirées de l’expérience, des orientations psychologiques. Tout cela configure une pédagogie de l’amour qui ne peut ignorer la sensibilité actuelle des jeunes, afin de les mobiliser intérieurement. En même temps, lors de la préparation des mariés, il doit être possible d’indiquer les lieux et les personnes, les cabinets de consultation ou les familles disponibles, où ils peuvent demander de l’aide en cas de difficultés. Mais nous ne devons jamais oublier la proposition de réconciliation sacramentelle, qui nous permet de placer les péchés et les erreurs de la vie passée, ainsi que de la relation elle-même, sous l’influence du pardon miséricordieux de Dieu et de sa puissance guérissante. Préparation à la célébration 212. La préparation au mariage a tendance à se concentrer sur les invitations, les vêtements, la fête et les innombrables détails qui consomment à la fois du budget, de l’énergie et de la joie. Les mariés arrivent au mariage dépassés et épuisés, au lieu de Consacrez tous vos efforts à préparer en couple le grand pas que vous allez franchir ensemble. Cette mentalité se reflète également dans certaines unions de fait qui n’aboutissent jamais au mariage parce qu’elles pensent à des célébrations trop coûteuses, au lieu de donner la priorité à l’amour mutuel et à sa formalisation avant les autres. Cher couple : « Ayez le courage d’être différent, ne vous laissez pas dévorer par la société de consommation et d’apparence. Ce qui compte c’est l’amour qui vous unit, fortifié et sanctifié par la grâce. “Vous êtes capable d’opter pour une célébration austère et simple, de placer l’amour avant tout.” Les agents pastoraux et l’ensemble de la communauté peuvent contribuer à faire de cette priorité la norme et non l’exception. 213. Dans la préparation la plus immédiate, il est important d’éclairer les époux pour qu’ils vivent très profondément la célébration liturgique, en les aidant à percevoir et à vivre le sens de chaque geste. Rappelons-nous qu’un engagement aussi grand que celui exprimé par le consentement conjugal, et l’union des corps qui consomme le mariage, lorsqu’il implique deux baptisés, ne peuvent être interprétés que comme des signes de l’amour du Fils de Dieu fait chair et uni à son Église dans une alliance d’amour. Chez le baptisé, les paroles et les gestes deviennent un langage éloquent de foi. Le corps, avec les significations que Dieu a voulu lui inculquer en le créant « devient le langage des ministres du sacrement, conscients que dans l’alliance 214. Parfois, les couples ne perçoivent pas le poids théologique et spirituel du consentement, qui éclaire le sens de tous les gestes ultérieurs. Il est nécessaire de souligner que ces paroles ne peuvent pas être réduites au présent ; elles impliquent une totalité qui inclut l’avenir : « jusqu’à ce que la mort nous sépare ». Pensons en effet aux dégâts causés, dans la civilisation de la communication mondiale, par l’inflation des promesses non tenues […] L’honneur de la parole donnée, la fidélité à la promesse, ne s’achètent ni ne se vendent. Ils ne peuvent pas être imposés par la force, mais ils ne peuvent pas non plus être gardés sans sacrifice. du corps, et les gestes d’amour vécus dans l’histoire d’un mariage deviennent une « continuité ininterrompue du langage liturgique » et « la vie conjugale devient, à un moment donné ». sens, liturgie»[246]. 216. Vous pouvez également méditer avec des lectures bibliques et enrichir votre compréhension des anneaux échangés ou d’autres signes qui font partie du rite. Mais il ne serait pas bon de se marier sans avoir prié ensemble, l’un pour l’autre, demandé à Dieu de l’aider à être fidèles et généreux, demandé à Dieu ensemble ce qu’il attend d’eux, et même consacré leur amour devant une image de Marie. Ceux qui les accompagnent dans la préparation au mariage doivent les guider pour qu’ils sachent vivre ces moments de prière qui peuvent leur faire beaucoup de bien. « La liturgie du mariage est un événement unique, qui se vit dans le contexte familial et social d’une fête. Jésus a commencé ses miracles au banquet de noces de Cana : le bon vin du miracle du Seigneur, qui favorise la naissance d’une nouvelle famille, est le vin nouveau de l’Alliance du Christ avec les hommes et les femmes de tous les temps […] Généralement, le célébrant a la possibilité de s’adresser à une assemblée composée de personnes qui participent peu à la vie ecclésiale ou qui appartiennent à une autre confession chrétienne ou communauté religieuse. C’est donc une occasion à ne pas manquer pour annoncer l’Évangile du Christ »[247]. Accompagner les premières années de la vie conjugale 217. Nous devons reconnaître comme une grande valeur la compréhension que le mariage est une question d’amour, que seuls peuvent se marier ceux qui se choisissent et s’aiment librement. se transforme en une simple attirance ou en une affectivité diffuse, cela fait souffrir les époux d’une fragilité extraordinaire lorsque l’affectivité entre en crise ou lorsque l’attirance physique décline. Ces confusions étant fréquentes, il devient essentiel de les accompagner dans les premières années de la vie conjugale pour enrichir et approfondir la décision consciente et libre de s’appartenir et de s’aimer jusqu’au bout. Bien souvent, le temps consacré aux rencontres n’est pas suffisant, la décision de se marier est précipitée pour diverses raisons et, comme si cela ne suffisait pas, la maturation des jeunes a été retardée. Ainsi, les jeunes mariés doivent accomplir ce processus qui aurait dû être fait pendant la cour. 218. D’un autre côté, je tiens à insister sur le fait qu’un défi de la pastorale matrimoniale est de faire découvrir que le mariage ne peut pas être compris comme quelque chose de fini. L’union est réelle, irrévocable, et elle a été confirmée et consacrée par le sacrement du mariage. Mais en se réunissant, les époux deviennent protagonistes, propriétaires de leur histoire et créateurs d’un projet qui doit être réalisé ensemble. Le regard est dirigé vers l’avenir qui doit être construit jour après jour avec la grâce de Dieu et, pour cette raison, le conjoint n’est pas tenu d’être parfait. Nous devons mettre de côté les illusions et l’accepter tel qu’il est : inachevé, appelé à grandir, en processus. Lorsque le regard porté sur le conjoint est constamment critique, cela indique que le mariage n’a pas également été assumé comme un projet à construire ensemble, avec patience, compréhension, tolérance et générosité. Cela conduit à ce que l’amour soit peu à peu remplacé par un regard inquisiteur et implacable, par le contrôle des mérites et des droits de chacun, par la revendication, la compétition et l’autodéfense. Ainsi, ils deviennent incapables de prendre soin l’un de l’autre pour la maturation de l’un et l’autre et pour la croissance de l’union. Il faut le montrer dès le début avec une clarté réaliste aux nouveaux couples, afin qu’ils prennent conscience qu’ils « commencent ». Le oui qu’ils ont donné est le début d’un itinéraire, avec un objectif capable de surmonter quelles que soient les circonstances et les obstacles qui se dressent sur le chemin. La bénédiction reçue est une grâce et une impulsion pour ce chemin toujours ouvert. Il est généralement utile qu’ils s’assoient pour discuter et développer leur projet spécifique en termes d’objectifs, d’instruments et de détails. 219. Je me souviens d’un dicton qui disait que l’eau stagnante se corrompt, elle se gâte. C’est ce qui arrive lorsque cette vie d’amour dans les premières années du mariage stagne, cesse d’être en mouvement, cesse d’avoir cette inquiétude qui la fait avancer. La danse en avant avec ce jeune amour, la danse avec ces yeux émerveillés vers l’espoir, ne doit pas s’arrêter. Dans la cour et dans les premières années du mariage, l’espérance est ce qui porte la force du levain, ce qui nous fait regarder au-delà des contradictions, des conflits, des situations, de ce qui Cela permet toujours de voir plus loin. C’est ce qui déclenche toute la volonté de rester sur la voie de la croissance. La même espérance nous invite à vivre pleinement le présent, en mettant notre cœur dans la vie de famille, car la meilleure façon de préparer et de consolider l’avenir est de bien vivre le présent. 220. Le cheminement comporte différentes étapes qui appellent à se donner avec générosité : de l’impact initial, caractérisé par une attirance très sensible, on passe au besoin de l’autre perçu comme faisant partie de sa propre vie. De là on passe au goût de l’appartenance mutuelle, puis à la compréhension de toute sa vie comme un projet pour tous deux, à la capacité de mettre le bonheur de l’autre au-dessus de ses propres besoins, et à la joie de voir son propre mariage comme un bien pour la société. La maturation de l’amour passe aussi par l’apprentissage de la « négociation ». Il ne s’agit pas d’une attitude intéressée ou d’un jeu commercial, mais finalement d’un exercice d’amour mutuel, car cette négociation est un entrelacement d’offres réciproques et de renoncements pour le bien de la famille. À chaque nouvelle étape de la vie conjugale, il faut s’asseoir et renégocier les accords, afin qu’il n’y ait pas de gagnants et de perdants, mais plutôt que les deux gagnent. Au foyer, les décisions ne sont pas prises unilatéralement et les deux partagent la responsabilité de la famille, mais chaque foyer est unique et chaque synthèse conjugale est différente. 221. L’une des causes qui conduisent aux ruptures conjugales est la des attentes trop élevées concernant la vie conjugale. Lorsque l’on découvre la réalité, plus limitée et plus exigeante que celle rêvée, la solution n’est pas de penser de manière hâtive et irresponsable à la séparation, mais d’assumer le mariage comme un chemin de maturation, où chacun des époux est un instrument de Dieu pour faire grandir l’autre. Le changement, la croissance et le développement du bon potentiel que chaque personne porte en lui sont possibles. Chaque mariage est une « histoire de salut », et cela signifie que nous partons d’une fragilité qui, grâce au don de Dieu et à une réponse créative et généreuse, laisse place à une réalité de plus en plus solide et précieuse. La plus grande mission d’un homme et d’une femme amoureux est peut-être celle de faire l’un de l’autre davantage un homme ou davantage une femme. Grandir, c’est aider les autres à se fondre dans leur propre identité. C’est pourquoi l’amour est artisanal. Quand on lit le passage biblique sur la création de l’homme et de la femme, on voit que Dieu façonne d’abord l’homme (cf. Gn 2, 7), puis il se rend compte qu’il manque quelque chose d’essentiel et façonne la femme, et puis on entend la surprise de l’homme : “Ah, maintenant oui, celui-là !” Et puis, il semble entendre ce beau dialogue où l’homme et la femme se découvrent. Parce que même dans les moments difficiles, l’autre surprend à nouveau et de nouvelles portes s’ouvrent aux retrouvailles, comme si c’était la première fois ; et à chaque nouvelle étape, ils se « reflètent » à nouveau. l’amour fait un Attendez l’autre et exercez cette patience typique de l’artisan héritée de Dieu. 222. L’accompagnement doit encourager les époux à être généreux dans la communication de la vie. « Conformément au caractère personnel et humainement complet de l’amour conjugal, la voie appropriée du planning familial présuppose un dialogue consensuel entre les époux, le respect du temps et la considération de la dignité de chacun des membres du couple. En ce sens, il est nécessaire de redécouvrir le message de l’Encyclique Humanae Vitae (cf. 10-14) et de l’Exhortation apostolique Familiaris consortio (cf. 14; 28-35) pour contrecarrer une mentalité souvent hostile à la vie […] Le choix responsable de la parentalité présuppose la formation de la conscience qui est « le noyau le plus secret et le sanctuaire de l’homme, dans lequel il se sent seul avec Dieu, dont la voix résonne dans l’enceinte la plus intime de cela » (Gaudium et spes, 16). Dans la mesure où les époux s’efforceront d’écouter davantage en conscience Dieu et ses commandements (cf. Rm 2, 15), et d’être accompagnés spirituellement, plus leur décision sera intimement libre de toute discrétion subjective et de tout accommodement aux manières de se comporter dans leur environnement»[248]. Ce qui a été clairement affirmé au Concile Vatican II est toujours d’actualité : « Ils accompliront leur tâche […] d’un commun accord et avec un effort commun, ils porteront un jugement juste, en tenant compte non seulement de leur propre bien, mais aussi de celui de leurs enfants, qu’ils soient nés ou à venir, en discernant les conditions des temps et l’état de vie, tant matériel que spirituel, et, enfin, en tenant compte du bien de la communauté familiale, de la société temporelle et de l’Église elle-même. En fin de compte, ce sont les époux eux-mêmes qui doivent former ce jugement devant Dieu”[249]. D’autre part, “il faut promouvoir l’utilisation de méthodes basées sur les “rythmes naturels de la fécondité” (Humanae vitae, 11). Il faut également noter que “ces méthodes respectent le corps des époux, favorisent l’affection entre eux et favorisent l’éducation à la liberté authentique” (Catéchisme de l’Église catholique, 2370), en insistant toujours sur le fait que les enfants sont un merveilleux don de Dieu, un joie pour les parents et pour l’Église. À travers eux, le Seigneur renouvelle le monde»[250]. Quelques ressources 223. Les Pères synodaux ont indiqué que «les premières années du mariage sont une période vitale et délicate au cours de laquelle les époux prennent conscience des défis et du sens du mariage. D’où la demande d’un accompagnement pastoral qui se poursuit après la célébration du sacrement (cf. Familiaris consortio, 3e partie). La présence d’époux expérimentés est d’une grande importance dans cette pastorale. La paroisse est considérée comme le lieu où des conjoints experts peuvent offrir leur disponibilité pour aider les plus jeunes, avec le soutien éventuel d’associations, de mouvements ecclésiaux et de nouvelles communautés. Les maris doivent être encouragés à attitude fondamentale d’accueil du grand don des enfants. Il est nécessaire de souligner l’importance de la spiritualité familiale, de la prière et de la participation à l’Eucharistie dominicale, et d’encourager les époux à se rencontrer régulièrement pour que la vie spirituelle et la solidarité grandissent dans les exigences concrètes de la vie. Les liturgies, les pratiques de dévotion et les Eucharisties célébrées pour les familles, en particulier à l’occasion de l’anniversaire du mariage, ont été citées comme des occasions vitales pour promouvoir l’évangélisation à travers la famille »[251]. 224. Ce chemin est une question de temps. L’amour a besoin de temps disponible et libre, qui met les autres au second plan. Le rythme frénétique de la société ou les temps imposés par les engagements professionnels. D’autres fois, le problème est que le temps passé ensemble n’est pas de qualité. Nous partageons seulement un espace physique mais sans prêter attention les uns aux autres. Les travailleurs pastoraux et les groupes matrimoniaux devraient aider les couples jeunes ou fragiles à apprendre à se retrouver dans ces moments, à s’arrêter l’un devant l’autre, et même à partager des moments de silence qui les obligent à expérimenter la présence de leur conjoint. des ressources pratiques qui leur ont été utiles : planification de moments pour être ensemble gratuitement, temps de récréation avec leurs enfants, diverses manières de célébrer les choses importantes, des espaces de spiritualité partagée. Mais ils peuvent également enseigner des ressources qui aident à remplir ces moments de contenu et de sens, pour apprendre à mieux communiquer. Ceci est extrêmement important lorsque la nouveauté de la cour s’est dissipée. Car, quand on ne sait que faire du temps partagé, l’un ou l’autre des époux finira par se réfugier dans la technologie, inventer d’autres engagements, chercher d’autres armes, ou échapper à une intimité inconfortable. 226. Les jeunes couples mariés doivent également être encouragés à créer leur propre routine, qui procure un sentiment sain de stabilité et de sécurité, et qui repose sur une série de rituels quotidiens partagés. Il est bon de toujours s’embrasser le matin, de se bénir tous les soirs, de s’attendre et de les recevoir à leur arrivée, de faire quelques sorties ensemble, de partager les tâches ménagères. Mais en même temps, il est bon de briser la routine de la fête, de ne pas perdre la capacité de faire la fête en famille, d’être heureux et de célébrer de belles expériences. Ils ont besoin de se laisser surprendre ensemble par les dons de Dieu et de nourrir ensemble l’enthousiasme de vivre. Quand on sait célébrer, cette capacité renouvelle l’énergie de l’amour, la libère de la monotonie et remplit le quotidien de couleur et d’espoir. 227. Nous, pasteurs, devons encouragez les familles à grandir dans la foi. Pour ce faire, il est bon d’encourager les confessions fréquentes, la direction spirituelle et la participation aux retraites. Mais nous ne devons pas cesser d’inviter les gens à créer des espaces hebdomadaires de prière en famille, car « la famille qui prie ensemble reste unie ». À notre tour, lorsque nous visitons les maisons, nous devrions appeler tous les membres de la famille à un moment pour prier les uns pour les autres et remettre la famille entre les mains du Seigneur. En même temps, il convient d’encourager chacun des époux à avoir des moments de prière dans la solitude devant Dieu, car chacun a ses croix secrètes. Pourquoi ne pas dire à Dieu ce qui trouble votre cœur, ou lui demander la force de guérir vos propres blessures, et implorer la lumière nécessaire pour pouvoir maintenir votre propre engagement ? Les Pères synodaux ont également souligné que “la Parole de Dieu est source de vie et de spiritualité pour la famille. Toute pastorale familiale doit se laisser modeler intérieurement et former les membres de l’Église domestique à travers la lecture priante et ecclésiale de l’Écriture Sainte. La Parole de Dieu n’est pas seulement une bonne nouvelle pour la vie privée des personnes, mais aussi un critère de jugement et une lumière pour discerner les différents défis auxquels les conjoints et les familles doivent faire face”[252]. 228. Il est possible que l’un des deux époux ne soit pas baptisé ou ne veuille pas vivre les engagements de la foi. Dans ce cas, le désir de l’autre de vivre et de grandir en tant que chrétien rend Que l’indifférence de cet époux soit vécue avec douleur. Il est cependant possible de trouver quelques valeurs communes qui peuvent être partagées et cultivées avec enthousiasme. En tout cas, aimer le conjoint incroyant, lui donner du bonheur, soulager ses souffrances et partager la vie avec lui est un véritable chemin de sanctification. D’autre part, l’amour est un don de Dieu, et partout où il se répand, il fait sentir sa force transformatrice, de manière parfois mystérieuse, au point que « le mari incroyant est sanctifié par la femme, et la femme incroyante est sanctifiée par le mari croyant » (1 Co 7, 14). 229. Les paroisses, mouvements, écoles et autres institutions de l’Église peuvent déployer diverses médiations pour soigner et redynamiser les familles. Par exemple, à travers des ressources telles que : des rencontres de couples mariés ou d’amis, de brèves retraites pour couples mariés, des conférences de spécialistes sur des problèmes très spécifiques de la vie familiale, des centres de conseil matrimonial, des agents missionnaires visant à parler avec les couples mariés de leurs difficultés et de leurs désirs, des consultations sur différentes situations familiales (addictions, infidélité, violence familiale), des espaces de spiritualité, des ateliers de formation pour les parents d’enfants à problèmes, des assemblées familiales. Le secrétariat paroissial doit avoir la possibilité d’accueillir cordialement et de répondre aux urgences familiales, ou de les orienter facilement vers ceux qui peuvent les aider. Aussi Il existe un soutien pastoral donné dans les groupes matrimoniaux, qu’il s’agisse de service ou de mission, de prière, de formation ou de soutien mutuel. Ces groupes offrent l’occasion de donner, de vivre l’ouverture de la famille aux autres, de partager la foi, mais en même temps ils sont un moyen de renforcer le mariage et de le faire grandir. 230. Il est vrai que de nombreux couples disparaissent de la communauté chrétienne après le mariage, mais nous perdons souvent des occasions où ils sont à nouveau présents, où nous pourrions leur présenter de manière attractive l’idéal du mariage chrétien et les rapprocher des espaces d’accompagnement : je fais référence, par exemple, au baptême d’un enfant, à la première communion, ou lorsqu’ils participent aux funérailles ou au mariage d’un parent ou d’un ami. Presque tous les mariages réapparaissent à ces occasions, qui pourraient être mieux exploitées. Une autre approche est la bénédiction des maisons ou la visite d’une image de la Vierge, qui offrent l’occasion de développer un dialogue pastoral sur la situation familiale. Il peut également être utile de confier aux couples plus âgés la tâche d’accompagner les nouveaux couples dans leur propre quartier, de leur rendre visite, de les accompagner dans leurs débuts et de leur proposer un chemin de croissance. Avec le rythme de vie actuel, la plupart des couples ne seront pas disposés à se rencontrer fréquemment et nous ne pouvons pas nous réduire à une pastorale de petites élites. Aujourd’hui, la pastorale familiale doit être fondamentalement missionnaire, extraverti, proche, au lieu d’être réduit à être une usine de cours auxquels peu de gens participent. Illuminer les crises, les angoisses et les difficultés 231. Un mot à ceux qui, amoureux, ont déjà vieilli le vin nouveau de la cour. Lorsque le vin vieillit avec cette expérience de la route, la fidélité des petits instants de la vie apparaît et s’épanouit dans toute sa plénitude. C’est la fidélité de l’attente et de la patience. Cette fidélité, pleine de sacrifices et de joies, semble s’épanouir à l’âge où tout devient fade et où les yeux s’éclairent en contemplant les enfants de leurs enfants. C’était ainsi depuis le début, mais cela est déjà devenu conscient, établi, mûri dans la surprise quotidienne de la redécouverte jour après jour, année après année. Comme l’enseignait saint Jean de la Croix, « les vieux amants sont ceux qui sont déjà formés et éprouvés ». Ils « n’ont plus ces furoncles sensibles ni ces furies et ces feux qui bouillonnent à l’extérieur, mais ils goûtent plutôt la douceur du vin de l’amour déjà bien cuit dans sa substance […] déposé là-dedans dans l’âme »[253]. Cela signifie avoir su surmonter ensemble les crises et les moments d’angoisse, sans échapper aux défis ni cacher les difficultés. Le défi des crises 232. L’histoire d’une famille est marquée par des crises de toutes sortes, qui font aussi partie de sa beauté dramatique. Nous devons les aider à découvrir qu’une crise surmontée ne conduit pas à une relation avec moins d’intensité mais plutôt à améliorer, établir et faites mûrir le vin de l’union. Nous ne vivons pas ensemble pour être de moins en moins heureux, mais pour apprendre à être heureux d’une manière nouvelle, en fonction des possibilités qu’ouvre une nouvelle étape. Chaque crise implique un apprentissage qui permet d’augmenter l’intensité de la vie partagée, ou du moins de trouver un nouveau sens à l’expérience conjugale. Il ne faut en aucun cas se résigner à une courbe descendante, à une dégradation inévitable, à une médiocrité supportable. Au contraire, lorsque le mariage est considéré comme une tâche, qui implique également de surmonter des obstacles, chaque crise est perçue comme l’occasion de boire ensemble le meilleur vin. Il est bon d’accompagner les conjoints pour qu’ils acceptent les crises qui surviennent, relèvent le défi et leur fassent une place dans la vie familiale. Les couples expérimentés et formés doivent être prêts à accompagner les autres dans cette découverte, afin que les crises ne les effraient pas et ne les conduisent pas à prendre des décisions hâtives. Chaque crise cache une bonne nouvelle qu’il faut savoir écouter en accordant les oreilles de son cœur. 233. La réaction immédiate est de résister au défi d’une crise, de se mettre sur la défensive parce que vous sentez qu’elle échappe à votre contrôle, parce qu’elle montre l’insuffisance de votre propre façon de vivre, et cela vous met mal à l’aise. On utilise alors la ressource de nier les problèmes, de les cacher, de relativiser leur importance, en pariant uniquement sur le passage du temps. Mais cela retarde la solution et conduit à consommer beaucoup d’énergie en dissimulation inutile. ce qui compliquera encore plus les choses. Les liens se détériorent et un isolement qui nuit à l’intimité se consolide. Dans une crise qu’on n’assume pas, ce qui est le plus endommagé, c’est la communication. Ainsi, petit à petit, celui qui était “la personne que j’aime” devient “celui qui m’accompagne toujours dans la vie”, puis seulement “le père ou la mère de mes enfants”, et, finalement, “un étranger”. 234. Pour faire face à une crise, vous devez être présent. C’est difficile, parce que parfois les gens s’isolent pour ne pas exprimer ce qu’ils ressentent, ils se coincent dans un silence mesquin et trompeur. Dans ces moments-là, il est nécessaire de créer des espaces pour communiquer cœur à cœur. Le problème est qu’il devient plus difficile de communiquer ainsi en période de crise si l’on n’a jamais appris à le faire. C’est un art qui s’apprend dans les moments calmes, pour le mettre en pratique dans les moments difficiles. Nous devons aider à découvrir les causes les plus cachées dans le cœur des époux, et à les affronter comme une naissance qui passera et laissera un nouveau trésor. Mais les réponses aux consultations faites soulignent que dans les situations difficiles ou critiques, la majorité ne recourt pas à l’accompagnement pastoral, car elle ne le considère pas comme global, proche, réaliste, incarné. Par conséquent, essayons maintenant d’aborder les crises conjugales avec une vision qui n’ignore pas leur fardeau de douleur et d’angoisse. 235. Il existe des crises communes qui ont tendance à se produire dans tous les mariages, comme la crise du début, où il faut apprendre à concilier les différences et lâcher prise sur les parents ; ou la crise de l’arrivée de l’enfant, avec ses nouveaux défis émotionnels ; la crise de la parentalité, qui change les habitudes du mariage ; la crise de l’adolescence de l’enfant, qui demande beaucoup d’énergie, déstabilise les parents et les oppose parfois les uns aux autres ; la crise du « nid vide », qui oblige le couple à se remettre en question ; la crise qui prend son origine dans la vieillesse des parents des époux, qui exigent plus de présence, de soins et des décisions difficiles. Ce sont des situations exigeantes qui provoquent de la peur, des sentiments de culpabilité, de dépression ou de fatigue qui peuvent sérieusement affecter le syndicat. 236. À cela s’ajoutent les crises personnelles qui affectent le couple, liées à des difficultés économiques, professionnelles, émotionnelles, sociales et spirituelles. Et s’ajoutent des circonstances inattendues qui peuvent altérer la vie familiale et qui nécessitent un chemin de pardon et de réconciliation. En même temps qu’il tente de franchir le pas du pardon, chacun doit se demander avec une humilité sereine s’il n’a pas créé les conditions pour exposer l’autre à commettre certaines erreurs. Certaines familles succombent lorsque les époux se blâment mutuellement, mais « l’expérience montre qu’avec une aide adéquate et l’action réconciliatrice de la grâce, un grand pourcentage des crises conjugales sont surmontées avec succès. Savoir pardonner et se sentir pardonné est une expérience fondamentale dans la vie familiale »[254]. “Il L’art difficile de la réconciliation, qui nécessite le soutien de la grâce, nécessite la généreuse collaboration de la famille et des amis, et parfois même une aide extérieure et professionnelle»[255]. 237. Il est devenu courant que lorsque l’on sent qu’on ne reçoit pas ce qu’on veut ou que ce dont on a rêvé ne se réalise pas, cela semble suffire à mettre fin à un mariage. De cette façon, il n’y aura pas de mariage durable. Parfois, pour décider que tout est fini, il suffit d’une insatisfaction, d’une absence à un moment où l’autre était nécessaire, d’un orgueil blessé ou d’une peur diffuse. Il existe des situations typiques d’une inévitable fragilité humaine, auxquelles on donne une trop grande charge émotionnelle. Par exemple, le sentiment de ne pas être complètement réciproque, la jalousie, les différences qui surgissent entre les deux, l’attractivité que suscitent les autres, les nouveaux intérêts qui tendent à s’emparer du cœur, les changements physiques du conjoint, et tant d’autres choses qui, plus que des attaques contre l’amour, sont des opportunités qui invitent à le recréer. 238. Dans ces circonstances, certains ont la maturité nécessaire pour choisir à nouveau l’autre comme compagnon de voyage, au-delà des limites de la relation, et accepter avec réalisme qu’ils ne peuvent pas réaliser tous leurs rêves les plus chers. Ils évitent de se considérer comme les seuls martyrs, ils valorisent les possibilités petites ou limitées que leur offre la vie de famille et ils s’engagent à renforcer le lien dans une construction qui demandera du temps et des efforts. Parce qu’au fond Ils reconnaissent que chaque crise est comme un nouveau « oui » qui permet à l’amour de renaître renforcé, transfiguré, mûri, illuminé. En partant d’une crise, on a le courage de chercher les racines profondes de ce qui se passe, de renégocier les accords fondamentaux, de trouver un nouvel équilibre et de franchir ensemble une nouvelle étape. Avec cette attitude d’ouverture constante, de nombreuses situations difficiles peuvent être affrontées. Quoi qu’il en soit, reconnaissant que la réconciliation est possible, on découvre aujourd’hui qu’« un ministère dédié à ceux dont la relation conjugale est rompue semble particulièrement urgent »[256]. Vieilles blessures 239. Il est compréhensible qu’il y ait de nombreuses crises dans les familles lorsqu’un de ses membres n’a pas mûri dans sa façon d’établir des relations, parce qu’il n’a pas cicatrisé les blessures d’une étape de sa vie. Sa propre enfance ou adolescence mal vécue est un terrain fertile pour des crises personnelles qui finissent par affecter le mariage. Si tout le monde était des personnes ayant mûri normalement, les crises seraient moins fréquentes ou moins douloureuses. Mais le fait est que parfois les gens ont besoin de retarder leur maturation à quarante ans, ce qui aurait dû être atteint à la fin de l’adolescence. Parfois, on aime avec un amour égocentrique typique d’un enfant, dans une scène où la réalité est déformée et où l’on vit le caprice que tout tourne autour de soi-même. C’est un amour insatiable, qui crie ou pleure quand il n’a pas ce qu’il veut. D’autres fois aime avec un amour fixé dans une étape adolescente, marquée par la confrontation, la critique acide, l’habitude de blâmer les autres, la logique du sentiment et du fantasme, où les autres doivent combler leurs propres vides ou suivre leurs propres caprices. 240. Beaucoup terminent leur enfance sans jamais se sentir aimés inconditionnellement, ce qui nuit à leur capacité de se faire confiance et de se donner. Une relation mal vécue avec ses parents, ses frères et sœurs, qui n’a jamais été guérie, réapparaît et met à mal la vie conjugale. Ensuite, vous devez entreprendre un processus de libération qui n’a jamais été affronté auparavant. Lorsque la relation entre les époux ne fonctionne pas bien, avant de prendre des décisions importantes, il convient de s’assurer que chacun a emprunté ce chemin de guérison de sa propre histoire. Cela nécessite de reconnaître le besoin de guérir, de demander avec insistance la grâce de pardonner et de se pardonner, d’accepter l’aide, de rechercher des motivations positives et d’essayer encore et encore. Chaque personne doit être très honnête avec elle-même pour reconnaître que sa façon de vivre l’amour comporte ces immaturités. Même s’il peut sembler évident que l’autre personne est entièrement responsable, il n’est jamais possible de surmonter une crise en s’attendant à ce que seul l’autre personne change. Vous devez également vous interroger sur les choses que vous pourriez mûrir ou guérir vous-même pour aider à surmonter le conflit. Accompagnement après une rupture ou un divorce 241. Dans certains cas, valoriser sa propre dignité et le bien de ses enfants nécessite de fixer une limite ferme à des prétentions excessives de l’autre, à une grande injustice, à la violence ou à un manque de respect devenu chronique. Il faut reconnaître qu’« il y a des cas où la séparation est inévitable. Parfois elle peut même devenir moralement nécessaire, lorsqu’il s’agit précisément de protéger le conjoint le plus faible, ou les jeunes enfants, des blessures les plus graves causées par l’arrogance et la violence, le découragement et l’exploitation, l’aliénation et l’indifférence ».[257] Mais « elle doit être considérée comme un remède extrême, après que toute tentative raisonnable a été vaine »[258]. 242. Les Pères ont indiqué qu'”un discernement particulier est essentiel pour accompagner pastoralement ceux qui sont séparés, divorcés ou abandonnés. Nous devons spécialement accueillir et valoriser la douleur de ceux qui ont injustement souffert de la séparation, du divorce ou de l’abandon, ou qui ont été contraints de rompre la cohabitation à cause des abus de leur conjoint. Le pardon de l’injustice subie n’est pas facile, mais c’est un chemin que la grâce rend possible. D’où la nécessité d’une pastorale de réconciliation et de médiation, à travers des centres d’écoute spécialisés qui devraient être créés dans le diocèses»[259]. En même temps, «les personnes divorcées et non remariées, qui sont souvent témoins de la fidélité conjugale, doivent être encouragées à trouver dans l’Eucharistie la nourriture qui les soutient dans leur état. La communauté locale et les pasteurs doivent accompagner à ces personnes, surtout quand il y a des enfants ou que leur situation de pauvreté est grave »[260]. L’échec familial devient beaucoup plus traumatisant et douloureux quand il y a pauvreté, car il y a beaucoup moins de ressources pour réorienter son existence. Une personne pauvre qui perd le champ de la tutelle familiale est doublement exposée à l’abandon et à toutes sortes de risques pour son intégrité. “Ils ne sont pas excommuniés” et ne sont pas traités comme tels, car ils font toujours partie de la communion ecclésiale[261]. Ces situations “exigent un discernement attentif et un accompagnement avec un grand respect, en évitant tout langage et toute attitude qui les fasse se sentir discriminés et en favorisant leur participation à la vie de la communauté. Pour la communauté chrétienne, prendre soin d’eux n’implique pas un affaiblissement de leur foi et de leur témoignage sur l’indissolubilité du mariage ; en effet, dans ce soin, ils expriment précisément leur charité. 244. D’autre part, un grand nombre de Pères « ont souligné la nécessité de rendre plus accessibles et plus souples les procédures de reconnaissance des cas de nullité, éventuellement totalement gratuites »[263]. La lenteur des processus irrite et fatigue les gens. Mes deux documents récents à ce sujet[264] ont conduit à une simplification des procédures pour une éventuelle déclaration d’annulation de mariage. à travers eux J’ai voulu aussi “mettre en évidence que l’Évêque lui-même, dans son Église, dont il est constitué pasteur et chef, est justement juge parmi les fidèles qui lui sont confiés”[265]. C’est pourquoi « l’application de ces documents constitue une grande responsabilité pour les Ordinaires diocésains, appelés à juger eux-mêmes certains cas et à garantir, par tous les moyens, un accès plus facile des fidèles à la justice. Cela implique la préparation d’un personnel en nombre suffisant, composé de clercs et de laïcs, qui se consacrent en priorité à ce service ecclésial. personnes en vue de l’enquête préliminaire sur le processus de mariage (cf. Mitis Iudex Dominus Iesus, art. 2-3)»[266]. 245. Les Pères synodaux ont également souligné «les conséquences de la séparation ou du divorce sur les enfants, en tout cas victimes innocentes de la situation»[267]. jamais prendre votre enfant en otage. Vous vous êtes séparés à cause de nombreuses difficultés et raisons, la vie vous a soumis à cette épreuve, mais que les enfants ne soient pas ceux qui portent le poids de cette séparation, qu’ils ne le soient pas. utilisés comme otages contre l’autre conjoint. Qu’ils grandissent en entendant que leur mère parle bien de leur père, même s’ils ne sont pas ensemble, et que leur père parle bien de leur mère. »[268] Il est irresponsable de nuire à l’image du père ou de la mère pour monopoliser l’affection de l’enfant, pour se venger ou pour se défendre, car cela affectera la vie intérieure de cet enfant et provoquera des blessures difficiles à guérir. à travers, ne peut s’empêcher d’être la voix des plus fragiles, qui sont les enfants qui souffrent, souvent en silence. Aujourd’hui, « malgré notre sensibilité apparemment évoluée et toutes nos analyses psychologiques raffinées, je me demande si nous ne nous sommes pas aussi anesthésiés à l’égard des blessures de l’âme des enfants […] Sentons-nous le poids de la montagne qui écrase l’âme d’un enfant, dans les familles où le mal est traité et le mal est fait, jusqu’à ce que le lien de fidélité conjugale soit brisé ? »[269] aider ces enfants à mûrir pour être capables d’engagements définitifs. C’est pourquoi les communautés chrétiennes ne doivent pas laisser seuls les parents divorcés dans une nouvelle union, au contraire, elles doivent les inclure et les accompagner dans leur fonction éducative, car « comment pouvons-nous recommander à ces parents de faire tout leur possible pour éduquer leurs enfants à la vie chrétienne, en leur donnant l’exemple d’une foi convaincue et pratiquée, si nous les tenons à l’écart de la vie communautaire ? comme s’ils étaient excommuniés ? Nous devons agir de manière à ce qu’aucun autre fardeau ne s’ajoute à celui que les enfants, dans ces situations, doivent déjà porter »[270]. Aider à guérir les blessures des parents et les aider spirituellement est également bon pour les enfants, qui ont besoin du visage familier de l’Église pour les soutenir dans cette expérience traumatisante. Le divorce est un mal et la croissance du nombre de divorces est très inquiétante. contribuer à guérir les blessures, afin que nous puissions empêcher l’avancée de ce drame de notre temps. Quelques situations complexes 247. « Les problèmes liés aux mariages mixtes nécessitent une attention particulière. Les mariages entre catholiques et autres baptisés « présentent, même dans leur aspect particulier, de nombreux éléments qui doivent être valorisés et développés, tant pour leur valeur intrinsèque que pour la contribution qu’ils peuvent apporter au mouvement œcuménique ». À cette fin, « une collaboration cordiale doit être recherchée entre le ministre catholique et le ministre non catholique, depuis la préparation jusqu’au mariage et au mariage » (Familiaris consortio, 78). Concernant la participation eucharistique, il est rappelé que « la décision d’autoriser ou non la communion eucharistique des mariés non catholiques doit être prise conformément aux normes en vigueur en la matière, tant pour les chrétiens orientaux que pour les autres chrétiens ». chrétiens, et en tenant compte de cette situation particulière, c’est-à-dire que deux chrétiens baptisés reçoivent le sacrement du mariage. Bien que les époux d’un mariage mixte aient en commun les sacrements du baptême et du mariage, le partage de l’Eucharistie ne peut être qu’exceptionnel et, en tout état de cause, les dispositions établies doivent être respectées » (Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, Directoire pour l’application des principes et normes sur l’œcuménisme, 25 mars 1993, 159-160) »[271]. 248. « Les mariages avec disparité de culte constituent un lieu privilégié de dialogue interreligieux […] Ils entraînent des difficultés particulières, tant en ce qui concerne l’identité chrétienne de la famille qu’en ce qui concerne l’éducation religieuse des enfants […] Le nombre de familles composées d’unions conjugales avec disparité de culte, en augmentation dans les territoires de mission et même dans les pays de longue tradition chrétienne, nécessite d’urgence une attention pastorale différenciée en fonction des divers contextes sociaux et culturels. le conjoint chrétien est obligé de changer de religion pour se marier et ne peut pas célébrer un mariage canonique avec disparité de culte ni baptiser des enfants. C’est pourquoi nous devons réaffirmer la nécessité du respect de la liberté religieuse pour tous »[272]. mariages, pas seulement dans la période précédant le mariage. Des défis particuliers sont confrontés aux couples et aux familles dans lesquels l’un des conjoints est catholique et l’autre non croyant. Dans ces cas-là, il faut témoigner de la capacité de l’Évangile à s’immerger dans ces situations pour rendre possible l’éducation des enfants dans la foi chrétienne »[273]. 249. « Les situations liées à l’accès au baptême pour les personnes qui se trouvent dans une condition conjugale complexe présentent des difficultés particulières. bien”[274]. 250. L’Église soutient le comportement du Seigneur Jésus qui, dans un amour illimité, s’offre à tous sans exception[275]. Avec les Pères synodaux, j’ai pris en considération la situation des familles qui vivent l’expérience de compter en leur sein des personnes à tendance homosexuelle, une expérience qui n’est facile ni pour les parents ni pour leurs enfants. C’est pourquoi nous souhaitons avant tout rappeler que toute personne, quelle que soit son orientation sexuelle, doit être respectée dans sa dignité et accueillie avec respect, en essayant d’éviter « tout signe de discrimination injuste »[276], et notamment toute forme d’agression et de violence. En ce qui concerne les familles, il s’agit d’assurer une un accompagnement respectueux, afin que ceux qui manifestent une tendance homosexuelle puissent bénéficier de l’aide nécessaire pour comprendre pleinement et réaliser la volonté de Dieu dans leur vie[277]. 251. Au cours du débat sur la dignité et la mission de la famille, les Pères synodaux ont souligné que les projets visant à assimiler les unions entre personnes homosexuelles au mariage, “il n’y a aucune base pour assimiler ou établir des analogies, même lointaines, entre les unions homosexuelles et le projet de Dieu sur le mariage et la famille […] Il est inacceptable que les églises locales subissent des pressions dans ce domaine et que les organisations internationales conditionnent l’aide financière aux pays pauvres à l’introduction de lois qui instituent le “mariage” entre les personnes de la famille. même sexe»[278] 252. Les familles monoparentales sont souvent issues de «mères ou pères biologiques qui n’ont jamais voulu s’intégrer dans la vie familiale, de situations de violence dans lesquelles l’un des parents est contraint de fuir avec ses enfants, de décès ou d’abandon de la famille par l’un des parents, et d’autres situations. Quelle que soit la cause, le parent qui vit avec l’enfant doit trouver soutien et réconfort auprès des familles qui composent la communauté chrétienne, ainsi que dans les instances pastorales des paroisses. En outre, ces familles sont souvent confrontées à d’autres problèmes, tels que des difficultés économiques, 253. Parfois, la vie de famille est mise au défi par la mort d’un être cher. Nous ne pouvons manquer d’offrir la lumière de la foi pour accompagner les familles qui souffrent dans ces moments. de quelqu’un qui a perdu une personne très aimée, un conjoint avec lequel ils ont partagé tant de choses. Jésus lui-même s’est ému et s’est mis à pleurer au réveil d’un ami (cf. Jn 11, 33.35). Et comment ne pas comprendre la lamentation de celui qui a perdu un enfant ? Dieu »[281]. «Le veuvage est une expérience particulièrement difficile […] Certains, lorsqu’ils doivent vivre cette expérience, montrent qu’ils savent consacrer encore plus pleinement leurs énergies à leurs enfants et petits-enfants, et trouvent dans cette expérience d’amour une nouvelle mission éducative […] À ceux qui n’ont pas la présence de membres de la famille auxquels ils peuvent se consacrer et de qui ils peuvent recevoir affection et proximité, la communauté chrétienne doit les soutenir avec une attention et une disponibilité particulières, surtout s’ils se trouvent dans des conditions d’indigence»[282]. 255. En général, le deuil d’un défunt peut prendre beaucoup de temps, et lorsqu’un pasteur veut accompagner ce processus, il doit s’adapter aux besoins de chacune de ses étapes. L’ensemble du processus est traversé de questions, sur les causes du décès, sur ce qui aurait pu être fait, sur ce qu’une personne vit juste avant la mort. Avec un chemin de prière sincère et patient et de libération intérieure, la paix revient. À un moment donné, dans le deuil, nous devons aider ceux d’entre nous qui ont perdu un être cher à découvrir que nous avons encore une mission à accomplir et que cela ne nous sert à rien de vouloir prolonger la souffrance, comme si c’était un hommage. L’être cher n’a pas besoin de nos souffrances et ne trouve pas non plus flatteur que nous gâchions notre vie. Ce n’est pas non plus la meilleure expression de l’amour que de s’en souvenir et de le nommer tout le temps, car cela signifie être conscient d’un passé qui n’existe plus, au lieu d’aimer cet être réel qui est maintenant dans l’au-delà. Sa présence physique n’est plus possible, mais si la mort est quelque chose de puissant, « l’amour est fort comme la mort » (Ct 8,6). L’amour a une intuition qui lui permet d’entendre sans sons et de voir dans l’invisible. Il ne s’agit pas d’imaginer l’être cher tel qu’il était, mais de pouvoir l’accepter transformé, tel qu’il est maintenant. Jésus ressuscité, lorsque son amie Marie a voulu le serrer fort dans ses bras, lui a demandé de ne pas le toucher (cf. Jn 20, 17), pour l’emmener vers une autre rencontre. 256. Cela nous réconforte de savoir qu’il n’y a pas de destruction complète de ceux qui meurent, et la foi nous assure que le Ressuscité ne nous abandonnera jamais. De cette façon, nous pouvons empêcher la mort « d’empoisonner notre vie, de rendre vaines nos affections, de nous faire tomber dans le vide le plus obscur »[283]. La Bible parle d’un Dieu qui nous a créés par amour et qui nous a fait de telle sorte que notre vie ne se termine pas par la mort (cf. Sg 3, 2-3). Saint Paul parle de la rencontre avec le Christ immédiatement après la mort : « Je veux partir pour être avec le Christ » (Phil 1, 23). Avec lui, après la mort nous attend « ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (1 Co 2, 9). La préface de la Liturgie des Morts déclare magnifiquement : “Même si la certitude de mourir nous attriste, nous sommes consolés par la promesse de l’immortalité future. Parce que la vie de celui qui croit en Toi, Seigneur, ne se termine pas, elle se transforme. Parce que “nos proches n’ont pas disparu dans les ténèbres du néant : l’espérance nous assure qu’ils sont entre les bonnes et fortes mains de Dieu”[284]. 257. Une façon de communiquer avec les proches décédés est de prier pour eux. eux[285] La Bible dit que « prier pour les morts » est « saint et pieux » (2 M 12, 44-45). Prier pour eux « peut non seulement les aider, mais aussi rendre efficace leur intercession en notre faveur »[286]. Ils ont réconforté leurs proches en leur promettant qu’ils seraient là pour les aider. Sainte Thérèse de Lisieux éprouvait le désir de continuer à faire le bien du ciel[287]. Saint Dominique affirmait qu’« il serait plus utile après la mort […] Plus puissant pour obtenir des grâces »[288]. Ce sont des liens d’amour[289]. car « l’union des membres de l’Église en pèlerinage avec les frères qui ont dormi dans la paix du Christ n’est en aucune façon interrompue […] Elle se renforce par la communication des biens spirituels »[290]. 258. Si nous acceptons la mort, nous pouvons nous y préparer. Le chemin est de grandir dans l’amour pour ceux qui marchent avec nous, jusqu’au jour où « il n’y aura plus ni mort, ni deuil, ni cris, ni douleur » (Ap 21, 4). De cette façon, nous nous préparerons également à retrouver nos proches décédés. Tout comme Jésus a donné à sa mère le fils décédé (cf. Luc 7, 15), il fera de même avec nous. Ne gaspillons pas notre énergie à rester des années et des années dans le passé. Mieux nous vivons sur cette terre, plus nous pouvons partager le bonheur avec nos proches au paradis. Plus nous parvenons à mûrir et à grandir, plus nous pouvons leur apporter de belles choses pour le banquet céleste. Chapitre sept RENFORCER L’ÉDUCATION DES ENFANTS 259. Les parents influencent toujours le développement moral de leurs enfants, pour le meilleur ou pour le pire. Il est donc tout à fait approprié qu’ils acceptent cette fonction inévitable et qu’ils l’accomplissent de manière consciente, enthousiaste, raisonnable et appropriée. Puisque cette fonction l’éducation familiale est si importante et est devenue très complexe, je veux m’attarder particulièrement sur ce point. Où sont les enfants ? 260. La famille ne peut renoncer à être un lieu de soutien, d’accompagnement et d’orientation, même si elle doit réinventer ses méthodes et trouver de nouvelles ressources. Vous devez réfléchir à ce à quoi vous souhaitez exposer vos enfants. Pour ce faire, il ne faut pas cesser de se demander qui se charge de leur offrir du plaisir et du divertissement, qui entre dans leurs chambres à travers les écrans, à qui ils les confient pour les guider pendant leur temps libre. Seuls les moments que nous passons avec eux, parlant avec simplicité et affection des choses importantes, et les saines possibilités que nous leur créons pour occuper leur temps, nous permettront d’éviter une invasion néfaste. La vigilance est toujours de mise. L’abandon n’est jamais sain. Les parents doivent guider et avertir les enfants et les adolescents afin qu’ils sachent comment faire face à des situations où il peut y avoir des risques, par exemple une agression, un abus ou une toxicomanie. 261. Mais l’obsession n’est pas éducative et on ne peut pas contrôler toutes les situations qu’un enfant peut traverser. Le principe selon lequel « le temps est supérieur à l’espace »[291] s’applique ici. Autrement dit, il s’agit de générer des processus plutôt que de dominer des espaces. Si un parent est obsédé par l’idée de savoir où se trouve son enfant et de contrôler chacun de ses mouvements, il ne cherchera qu’à dominer son espace. De cette façon, cela ne l’éduquera pas, cela ne le fortifiera pas, cela ne le préparera pas à faire face aux défis. Ce qui est important avant tout, c’est de générer chez l’enfant, avec beaucoup d’amour, des processus de maturation de la liberté, de formation, de croissance intégrale et de culture d’une authentique autonomie. Alors seulement, cet enfant aura en lui les éléments dont il a besoin pour savoir se défendre et agir avec intelligence et ruse dans des circonstances difficiles. La grande question n’est donc pas où se trouve physiquement l’enfant, avec qui il se trouve en ce moment, mais où il se trouve au sens existentiel, où il se positionne du point de vue de ses convictions, de ses objectifs, de ses envies, de son projet de vie. Les questions que je pose aux parents sont donc : « Est-ce qu’on essaie de comprendre « où » les enfants en sont réellement sur leur chemin ? Où est vraiment son âme, le savons-nous ? Et surtout, voulons-nous savoir ?»[292]. 262. Si la maturité n’était que le développement de quelque chose déjà contenu dans le code génétique, il n’y aurait pas grand-chose à faire. La prudence, le bon jugement et le bon sens ne dépendent pas de facteurs de croissance simplement quantitatifs, mais de toute une chaîne d’éléments synthétisés au sein de la personne ; pour être plus exact, au centre de votre liberté. Il est inévitable que chaque enfant nous surprenne avec les projets qui naissent de cette liberté, qui brise nos schémas, et c’est bien que cela se produise. L’éducation implique la tâche de promouvoir des libertés responsables, qui choisissent à la croisée des chemins avec le sens et l’intelligence ; des gens qui comprennent sans coupures que votre vie et celle de votre communauté sont entre vos mains et que la liberté est un immense cadeau. Formation éthique des enfants 263. Même si les parents ont besoin de l’école pour assurer l’éducation de base de leurs enfants, ils ne peuvent jamais déléguer complètement leur formation morale. Le développement émotionnel et éthique d’une personne nécessite une expérience fondamentale : croire que ses parents sont dignes de confiance. Cela constitue une responsabilité éducative : susciter la confiance chez les enfants avec affection et témoignage, leur inspirer un respect affectueux. Lorsqu’un enfant ne se sent plus précieux aux yeux de ses parents, même s’il est imparfait, ou ne perçoit pas qu’ils se soucient sincèrement de lui, cela crée des blessures profondes qui provoquent de nombreuses difficultés dans sa maturation. Cette absence, cet abandon émotionnel provoque une douleur plus intime que n’importe quelle éventuelle correction qu’il reçoit pour une mauvaise action. 264. La tâche des parents comprend l’éducation de la volonté et le développement de bonnes habitudes et de penchants émotionnels en faveur du bien. Cela implique que les comportements à apprendre et les inclinations à développer sont présentés comme souhaitables. Mais c’est toujours un processus qui va de l’imparfait au plus complet. Le désir de s’adapter à la société, ou l’habitude de renoncer à une satisfaction immédiate pour s’adapter à une norme et assurer une bonne coexistence, est déjà en soi une valeur initiale qui crée des dispositions à transcender ultérieurement vers des valeurs supérieures. Le La formation morale doit toujours être réalisée avec des méthodes actives et avec un dialogue éducatif qui intègre la sensibilité et le langage propre de l’enfant. De plus, cette formation doit être réalisée de manière inductive, afin que l’enfant puisse découvrir par lui-même l’importance de certaines valeurs, principes et normes, au lieu de les lui imposer comme des vérités irréfutables. 265. Pour bien agir, il ne suffit pas de « juger correctement » ou de savoir clairement quoi faire, même si cela constitue une priorité. Bien souvent, nous sommes incompatibles avec nos propres convictions, même lorsqu’elles sont solides. Peu importe à quel point notre conscience nous dicte un certain jugement moral, parfois d’autres choses qui nous attirent ont plus de pouvoir, si nous n’avons pas réussi à faire en sorte que le bien capté par l’esprit s’enracine en nous comme une profonde inclination émotionnelle, comme un goût pour le bien qui l’emporte sur les autres attractions, et cela nous amène à percevoir que ce que nous percevons comme bon est aussi bon « pour nous » ici et maintenant. Une formation éthique efficace consiste à montrer à la personne dans quelle mesure il est dans son intérêt de faire le bien. Aujourd’hui, il est généralement inefficace de demander quelque chose qui demande des efforts et des sacrifices, sans montrer clairement le bien qui peut en être obtenu. 266. Il est nécessaire de développer des habitudes. Les coutumes acquises dans l’enfance ont également une fonction positive, aidant les grandes valeurs intériorisées à se traduire en comportements extérieurs sains et stables. quelqu’un peut avoir des sentiments sociable et une bonne disposition envers les autres, mais si depuis longtemps il ne s’est pas habitué à l’insistance de ses aînés pour lui dire « s’il te plaît », « excuse-moi », « merci », sa bonne disposition intérieure ne se traduira pas facilement dans ces expressions. Le renforcement de la volonté et la répétition de certains actes construisent un comportement moral, et sans la répétition consciente, libre et valorisée de certains bons comportements, ledit comportement ne peut être pleinement éduqué. Les motivations, ou l’attirance que nous ressentons envers une certaine valeur, ne deviennent pas une vertu sans ces actes correctement motivés. 267. La liberté est une grande chose, mais nous pouvons la ruiner. L’éducation morale est une culture de la liberté à travers des propositions, des motivations, des applications pratiques, des stimuli, des récompenses, des exemples, des modèles, des symboles, des réflexions, des exhortations, des révisions de la manière d’agir et des dialogues qui aident les gens à développer ces principes intérieurs stables qui les poussent à faire spontanément le bien. La vertu est une conviction transformée en principe d’action interne et stable. La vie vertueuse construit donc la liberté, la renforce et l’éduque, empêchant la personne de devenir l’esclave de penchants compulsifs déshumanisants et antisociaux. Parce que la dignité humaine elle-même exige que chacun « agisse selon un choix conscient et libre, c’est-à-dire motivé et induit personnellement de l’intérieur »[293]. Valeur du la sanction comme incitation 268. De même, il est essentiel de sensibiliser les enfants ou les adolescents afin qu’ils se rendent compte que les mauvais actes ont des conséquences. Nous devons éveiller la capacité de nous mettre à la place des autres et de ressentir de la douleur face à leur souffrance lorsqu’ils ont été blessés. Certaines sanctions – pour comportement antisocial agressif – peuvent remplir en partie cet objectif. Il est important de guider fermement l’enfant pour qu’il demande pardon et répare les dommages causés aux autres. Lorsque le parcours éducatif porte ses fruits dans une maturation de la liberté personnelle, l’enfant lui-même commencera à un moment donné à reconnaître avec gratitude qu’il a été bon pour lui de grandir dans une famille et même de subir les exigences que pose tout processus éducatif. 269. La correction est un stimulant lorsque les efforts sont également valorisés et reconnus et lorsque l’enfant découvre que ses parents entretiennent une confiance patiente. Un enfant corrigé avec amour se sent pris en compte, perçoit qu’il est quelqu’un, constate que ses parents reconnaissent ses possibilités. Cela n’exige pas que les parents soient immaculés, mais qu’ils sachent humblement reconnaître leurs limites et montrer leurs propres efforts pour être meilleurs. Mais l’un des témoignages dont les enfants ont besoin de la part de leurs parents est qu’ils ne se laissent pas emporter par la colère. L’enfant qui commet une mauvaise action doit être corrigé, mais jamais comme un ennemi ou comme celui sur qui on s’attaque. De plus, un adulte doit reconnaître que certains mauvais les actions ont à voir avec la fragilité et les limites de l’âge. C’est pourquoi une attitude constamment sanctionnante serait néfaste, car elle ne permettrait pas de constater la gravité différente des actes et provoquerait découragement et irritation: “Pères, n’exaspérez pas vos enfants” (Ep 6, 4; cf. Col 3, 21). 270. L’essentiel est que la discipline ne devienne pas une mutilation du désir, mais plutôt une incitation à aller toujours plus loin. Comment intégrer la discipline à l’agitation intérieure ? Comment faire en sorte que la discipline soit une limite constructive au chemin que doit parcourir l’enfant et non un mur qui l’annule ou une dimension de l’éducation qui le complexifie ? Il faut savoir trouver un équilibre entre deux extrêmes également néfastes : l’un serait de tenter de construire un monde adapté aux souhaits de l’enfant, qui grandit en se sentant soumis à des droits mais non à des responsabilités. L’autre extrême serait de l’amener à vivre sans conscience de sa dignité, de son identité unique et de ses droits, torturé par ses devoirs et dans l’attente de la réalisation des désirs d’autrui. Réalisme patient 271. L’éducation morale implique de demander à un enfant ou à un jeune uniquement des choses qui n’impliquent pas un sacrifice disproportionné, en exigeant seulement une part d’effort qui ne provoque pas de ressentiment ou d’actions purement forcées. La manière ordinaire est de proposer de petits pas qui peuvent être compris, acceptés et valorisés, et qui impliquent un renoncement proportionné. Sinon, à trop en demander, nous n’avons rien obtenu. Dès que la personne parvient à se libérer de l’autorité, elle cessera éventuellement de faire le bien. 272. La formation éthique suscite parfois le mépris en raison d’expériences d’abandon, de déception, de manque émotionnel ou d’une mauvaise image des parents. Les images déformées de la figure du père et de la mère, ou des faiblesses des adultes, sont projetées sur les valeurs éthiques. Il faut donc aider les adolescents à pratiquer l’analogie : les valeurs se réalisent surtout chez certaines personnes très exemplaires, mais elles se réalisent aussi de manière imparfaite et à des degrés divers. En même temps, puisque la résistance des jeunes est étroitement liée aux mauvaises expériences, il est nécessaire de les aider à parcourir le chemin de la guérison de ce monde intérieur blessé, afin qu’ils puissent faire un pas vers la compréhension et la réconciliation avec l’être humain et avec la société. 273. Lorsque des valeurs sont proposées, il faut y aller lentement, avancer de diverses manières selon l’âge et les possibilités spécifiques des personnes, sans chercher à appliquer des méthodologies rigides et immuables. Les précieuses contributions de la psychologie et des sciences de l’éducation montrent la nécessité d’un processus progressif pour parvenir à des changements de comportement, mais la liberté nécessite également des canaux et des stimuli, car l’abandonner à elle-même ne garantit pas la maturation. La liberté concrète et réelle est limitée et conditionnée. Il ne s’agit pas d’une pure capacité à choisir le bien en toute spontanéité. Non il y a toujours une bonne distinction entre un acte « volontaire » et un acte « libre ». Quelqu’un peut vouloir quelque chose de mauvais avec une grande volonté, mais à cause d’une passion irrésistible ou d’une mauvaise éducation. Dans ce cas, sa décision est très volontaire, elle ne contredit pas l’inclination de sa volonté, mais elle n’est pas libre, car il lui est devenu presque impossible de ne pas choisir ce mal. C’est ce qui arrive à un toxicomane compulsif. Quand il le veut, il le fait de toutes ses forces, mais il est tellement conditionné qu’il n’est pas en mesure de prendre une autre décision pour le moment. Votre décision est donc volontaire, mais elle n’est pas gratuite. Il ne sert à rien de « le laisser choisir librement », puisqu’il ne peut en fait pas choisir et que l’exposer à la drogue ne fait qu’accroître la dépendance. Il a besoin de l’aide des autres et d’un parcours éducatif. La vie familiale comme contexte éducatif 274. La famille est la première école de valeurs humaines, dans laquelle on apprend le bon usage de la liberté. Il existe des inclinations développées dans l’enfance, qui imprègnent l’intimité d’une personne et demeurent tout au long de la vie comme une émotion favorable envers une valeur ou comme un rejet spontané de certains comportements. Beaucoup de gens agissent d’une certaine manière toute leur vie parce qu’ils considèrent précieuse cette façon d’agir qui leur a été incorporée dès l’enfance, comme par osmose : « Ils m’ont appris ainsi » ; “C’est ce qu’ils m’ont inculqué.” Dans l’environnement familial, vous pouvez également apprendre à discerner de manière critique les messages des autres. divers médias. Malheureusement, certains programmes télévisés ou certaines formes de publicité ont souvent un impact négatif et affaiblissent les valeurs reçues dans la vie familiale. 275. À une époque où règnent l’anxiété et la ruée technologique, une tâche très importante pour les familles est d’éduquer la capacité d’attendre. Il ne s’agit pas d’interdire aux enfants de jouer avec des appareils électroniques, mais de trouver un moyen de générer en eux la capacité de différencier les différentes logiques et de ne pas appliquer la vitesse numérique à tous les domaines de la vie. Ajourner, ce n’est pas nier le désir mais différer sa satisfaction. Lorsque les enfants ou les adolescents ne sont pas éduqués à accepter que certaines choses doivent attendre, ils deviennent des agresseurs, qui soumettent tout à la satisfaction de leurs besoins immédiats et grandissent avec le vice du « je veux et j’ai ». C’est une grande tromperie qui ne favorise pas la liberté, mais la rend plutôt malade. En revanche, quand on s’éduque à apprendre à reporter certaines choses et à attendre le bon moment, on s’apprend ce que signifie être maître de soi, autonome face à ses propres pulsions. Ainsi, lorsque l’enfant découvre qu’il peut prendre soin de lui-même, son estime de soi s’enrichit. En retour, cela lui apprend à respecter la liberté des autres. Bien sûr, cela ne signifie pas exiger des enfants qu’ils se comportent comme des adultes, mais il ne faut pas non plus sous-estimer leur capacité à grandir dans la maturation de la liberté. responsable. Dans une famille saine, cet apprentissage se fait de manière ordinaire en raison des exigences de la coexistence. 276. La famille est l’espace de socialisation primaire, car c’est le premier lieu où l’on apprend à se tenir face aux autres, à écouter, à partager, à endurer, à respecter, à aider, à vivre ensemble. La tâche éducative doit éveiller le sentiment du monde et de la société comme chez-soi, c’est une éducation pour savoir “vivre”, au-delà des limites de son propre foyer. Dans le contexte familial, on enseigne à retrouver le bon voisinage, les soins et la salutation. Là, la première barrière de l’égoïsme mortel est brisée pour reconnaître que nous vivons aux côtés des autres, avec d’autres, qui sont dignes de notre attention, de notre gentillesse, de notre affection. Il n’y a pas de lien social sans cette première dimension quotidienne, presque microscopique : être ensemble dans le quartier, se croiser à différents moments de la journée, se soucier de ce qui nous touche tous, s’entraider dans les petites choses du quotidien. La famille doit inventer chaque jour de nouvelles façons de promouvoir la reconnaissance mutuelle. 277. À la maison, les habitudes de consommation peuvent également être reconsidérées pour prendre soin ensemble de la maison commune : « La famille est la protagoniste d’une écologie intégrale, car elle est le sujet social premier, qui contient en lui les deux principes fondamentaux de la civilisation humaine sur terre : le principe de communion et le principe de fécondité »[294]. De même, les moments Les moments difficiles et durs de la vie familiale peuvent être très instructifs. C’est ce qui arrive, par exemple, quand survient la maladie, car « face à la maladie, des difficultés surgissent même dans la famille, à cause de la faiblesse humaine. Mais, en général, le temps de la maladie fait grandir la force des liens familiaux […] Une éducation qui laisse de côté la sensibilité à la maladie humaine assèche le cœur et rend les jeunes « anesthésiés » par rapport à la souffrance des autres, incapables d’affronter la souffrance et de vivre l’expérience de la limite »[295]. facilités ou nuisibles par des technologies de communication et de distraction de plus en plus sophistiquées, lorsqu’elles sont bien utilisées, elles peuvent être utiles pour connecter les membres de la famille malgré la distance. Les contacts peuvent être fréquents et aider à résoudre les difficultés.[296] Mais il doit être clair qu’ils ne remplacent pas le besoin d’un dialogue plus personnel et profond qui nécessite un contact physique, ou du moins la voix de l’autre personne. qui passe des heures à se divertir avec un appareil électronique. Dans la famille, cela doit aussi être un motif de dialogue et d’accords, qui permettent de prioriser. rencontrer ses membres sans tomber dans des interdits irrationnels. Quoi qu’il en soit, on ne peut ignorer les risques des nouvelles formes de communication pour les enfants et les adolescents, qui les rendent parfois apathiques, déconnectés du monde réel. Cet « autisme technologique » les expose plus facilement aux manipulations de ceux qui cherchent à pénétrer dans leur intimité avec des intérêts égoïstes. 279. Il n’est pas non plus bon que les parents deviennent des êtres tout-puissants pour leurs enfants, qui ne peuvent que leur faire confiance, car cela empêche un processus adéquat de socialisation et de maturation émotionnelle. Pour rendre effective cette prolongation de la parentalité dans une réalité plus large, « les communautés chrétiennes sont appelées à offrir leur soutien à la mission éducative des familles »[297], notamment à travers la catéchèse initiatique. Pour promouvoir une éducation intégrale, nous devons « raviver l’alliance entre la famille et la communauté chrétienne »[298]. Le Synode a voulu souligner l’importance de l’école catholique, qui « joue un rôle vital en aidant les parents dans leur devoir d’éduquer leurs enfants […] Les écoles catholiques doivent être encouragées dans leur mission d’aider les élèves à grandir en tant qu’adultes mûrs, capables de voir le monde à travers le regard aimant de Jésus et de comprendre la vie comme un appel à servir Dieu »[299]. Pour ce faire, « nous devons affirmer de manière décisive la liberté de l’Église d’enseigner sa propre doctrine et le droit d’objecter ». sensibilisation de la part des éducateurs»[300]. Oui à l’éducation sexuelle 280. Le Concile Vatican II a souligné la nécessité d’une « éducation sexuelle positive et prudente » qui atteigne les enfants et les adolescents « à mesure que leur âge avance » et « tienne compte des progrès de la psychologie, de la pédagogie et de la didactique »[301]. Nous devrions nous demander si nos établissements d’enseignement ont relevé ce défi. Il est difficile de penser l’éducation sexuelle à une époque où la sexualité tend à être banalisée et appauvrie. Elle ne peut se comprendre que dans le cadre d’une éducation à l’amour, au don mutuel. De cette manière, le langage de la sexualité n’est pas tristement appauvri, mais illuminé. L’impulsion sexuelle peut être cultivée dans un chemin de connaissance de soi et dans le développement d’une capacité de maîtrise de soi, qui peut contribuer à mettre en lumière de précieuses capacités de joie et de rencontre amoureuse. 281. L’éducation sexuelle fournit des informations, mais sans oublier que les enfants et les jeunes n’ont pas atteint leur pleine maturité. L’information doit arriver au moment opportun et de manière appropriée à l’étape dans laquelle ils vivent. Il est inutile de les saturer de données sans développer un sens critique face à une invasion de propositions, face à une pornographie incontrôlée et à la surcharge de stimuli qui peuvent mutiler la sexualité. Les jeunes doivent pouvoir se rendre compte qu’ils sont bombardés de messages qui ne recherchent pas leur bien et leur maturation. Il est nécessaire de les aider à reconnaître et à rechercher les influences positives, tout en s’éloignant de tout ce qui défigure sa capacité à aimer. De même, nous devons accepter que « le besoin d’un langage nouveau et plus approprié surgit surtout au moment d’initier les enfants et les adolescents au thème de la sexualité »[302]. 282. L’éducation sexuelle qui promeut une saine pudeur a une immense valeur, même si aujourd’hui certains considèrent qu’il s’agit d’une question d’une autre époque. C’est une défense naturelle de la personne qui protège son intériorité et évite de se transformer en un pur objet. Sans pudeur, nous pouvons réduire l’affection et la sexualité à des obsessions qui se concentrent uniquement sur la génitalité, à des morbidités qui défigurent notre capacité à aimer et à diverses formes de violence sexuelle qui nous conduisent à être traités de manière inhumaine ou à nuire à autrui. 283. L’éducation sexuelle se concentre fréquemment sur l’invitation à “prendre soin de soi”, à rechercher des “sexes protégés”. Cette expression véhicule une attitude négative à l’égard de la finalité procréatrice naturelle de la sexualité, comme si un éventuel enfant était un ennemi dont il faut se protéger. Cela favorise l’agressivité narcissique au lieu de l’accueil. Toute invitation faite aux adolescents à jouer avec leur corps et leurs désirs, comme s’ils avaient la maturité, les valeurs, l’engagement mutuel et les objectifs du mariage, est irresponsable. De cette manière, ils sont joyeusement encouragés à utiliser une autre personne comme objet de recherches compensatoires pour manque ou de grandes limites. Il est plutôt important de leur apprendre un cheminement autour des différentes expressions de l’amour, de l’attention mutuelle, de la tendresse respectueuse et d’une communication riche de sens. Car tout cela prépare à un don de soi complet et généreux qui s’exprimera, après un engagement public, dans la remise des corps. L’union sexuelle dans le mariage apparaîtra ainsi comme le signe d’un engagement totalisant, enrichi de tout le cheminement antérieur. 284. Les jeunes ne doivent pas se laisser tromper par des plans confus : l’attraction “crée, pour un moment, l’illusion de “l’union”, mais, sans amour, une telle union laisse les étrangers aussi séparés qu’avant”[303]. Le langage corporel nécessite un apprentissage patient qui vous permet d’interpréter et d’éduquer vos propres désirs pour vraiment vous abandonner. Lorsque vous essayez de tout livrer en même temps, il est possible que rien ne soit livré. C’est une chose de comprendre les fragilités de l’âge ou ses confusions, une autre d’inciter les adolescents à prolonger l’immaturité de leur manière d’aimer. Mais qui parle de ces choses aujourd’hui ? Qui est capable de prendre les jeunes au sérieux ? Qui vous aide à préparer sérieusement un amour grand et généreux ? L’éducation sexuelle est prise trop à la légère. 285. L’éducation sexuelle doit également inclure le respect et l’appréciation de la différence, qui montrent à chacun la possibilité de surmonter l’enfermement dans ses propres limites pour s’ouvrir à l’acceptation de l’autre. Au-delà du compréhensible difficultés que chacun peut éprouver, nous devons aider à accepter son propre corps tel qu’il a été créé, car « une logique de maîtrise de son propre corps se transforme en une logique parfois subtile de maîtrise de la création […] Il est également nécessaire de valoriser son propre corps dans sa féminité ou sa masculinité pour se reconnaître dans la rencontre avec le différent. De cette manière, il est possible d’accepter avec joie le don spécifique de l’autre, l’œuvre du Dieu créateur, et de s’enrichir mutuellement »[304]. Ce n’est qu’en perdant la peur de la différence que l’on peut enfin se libérer de l’immanence de son propre être et de l’enchantement de soi-même. L’éducation sexuelle doit aider à accepter son propre corps, afin que la personne ne cherche pas à « annuler la différence sexuelle parce qu’elle ne sait plus comment l’affronter »[305]. avec le tempérament, l’histoire familiale, la culture, les expériences vécues, la formation reçue, les influences des amis, de la famille et des personnes admirées, et d’autres circonstances spécifiques qui nécessitent un effort d’adaptation. Il est vrai que nous ne pouvons pas séparer ce qui est masculin et féminin de l’œuvre créée par Dieu, qui est antérieure à toutes nos décisions et expériences, où il y a des éléments biologiques impossibles à ignorer. Il est vrai que le masculin et le féminin ne sont pas quelque chose de rigide. C’est pourquoi il est possible, par exemple, que la manière d’être masculine du mari puisse être adaptée de manière flexible à la situation professionnelle de la femme. Assumer des tâches ménagères ou certains aspects de la parentalité ne vous rend pas moins masculin et cela ne signifie pas non plus un échec, un abandon ou une honte. Il faut aider les enfants à accepter normalement ces « échanges » sains, qui n’enlèvent aucune dignité à la figure paternelle. La rigidité devient une surexploitation du masculin ou du féminin et n’éduque pas les enfants et les jeunes à la réciprocité incarnée dans les conditions réelles du mariage. Cette rigidité, à son tour, peut entraver le développement des capacités de chacun, au point de considérer qu’il est peu viril de se consacrer à l’art ou à la danse et non féminin d’accomplir n’importe quelle tâche de conduite. Ceci, Dieu merci, a changé, mais dans certains endroits, certaines conceptions inadéquates continuent de conditionner la liberté légitime et de mutiler le développement authentique de l’identité concrète des enfants ou de leur potentiel. Transmission de la foi 287. L’éducation des enfants doit être marquée par un chemin de transmission de la foi, rendu difficile par le mode de vie actuel, les horaires de travail et la complexité du monde d’aujourd’hui où beaucoup mènent un rythme frénétique pour survivre[306]. Cependant, la maison doit continuer à être le lieu où l’on apprend à percevoir les raisons et la beauté de la foi, pour prier et servir les autres. Cela commence au baptême, où, comme le disait saint Augustin, les mères qui portent leurs enfants « coopèrent à la sainte naissance »[307]. Alors commence le chemin de croissance de cette nouvelle vie. La foi est un don de Dieu, reçu au baptême, et n’est pas le résultat d’une action humaine, mais les parents sont les instruments de Dieu pour sa maturation et son développement. Ainsi “c’est beau quand les mères apprennent à leurs petits enfants à envoyer un baiser à Jésus ou à la Vierge. Quelle tendresse il y a là-dedans ! À ce moment-là, le cœur des enfants devient un espace de prière”[308]. La transmission de la foi implique que les parents vivent l’expérience réelle de faire confiance à Dieu, de le chercher, d’avoir besoin de lui, car c’est seulement ainsi que « une génération loue à l’autre tes œuvres et leur raconte tes exploits » (Ps 144,4) et que « le père enseigne ta fidélité à ses enfants » (Is 38,19). Cela nécessite que nous implorions l’action de Dieu dans les cœurs, là où nous ne pouvons pas atteindre. La graine de moutarde, si petite graine, devient un grand buisson (cf. Mt 13, 31-32), et l’on reconnaît ainsi la disproportion entre l’action et son effet. Nous savons alors que nous ne sommes pas les propriétaires du don, mais plutôt ses gestionnaires attentifs. Mais notre effort créateur est une offrande qui nous permet de collaborer à l’initiative de Dieu. C’est pourquoi « les conjoints, les mères et les pères doivent être valorisés comme sujets actifs de la catéchèse […] La catéchèse est d’une grande aide famille, comme méthode efficace pour former les jeunes parents et les rendre conscients de leur mission d’évangélisateurs de leur propre famille »[309]. 288. L’éducation à la foi sait s’adapter à chaque enfant, car les ressources apprises ou les recettes parfois ne fonctionnent pas. pour accompagner la foi de leurs enfants, ils sont attentifs à leurs changements, car ils savent que l’expérience spirituelle n’est pas imposée mais proposée pour leur liberté. Il est essentiel que les enfants voient de manière concrète que la prière est vraiment importante pour leurs parents. C’est pourquoi les moments de prière familiale et d’expression de piété populaire peuvent avoir une plus grande force évangélisatrice que tous les catéchismes et tous les discours. 289. L’exercice de transmettre la foi aux enfants, dans le sens de faciliter son expression et sa croissance, aide la famille à devenir évangélisatrice et à commencer spontanément à la transmettre à tous ceux qui l’approchent et même en dehors du milieu familial. Les enfants qui grandissent dans des familles missionnaires le deviennent souvent. missionnaires, si les parents savent vivre cette tâche de manière à ce que les autres se sentent proches et amicaux avec eux, pour que leurs enfants grandissent dans cette manière de se rapporter au monde, sans renoncer à leur foi et à leurs convictions. Rappelons que Jésus lui-même mangeait et buvait avec les pécheurs (cf. Mc 2, 16; Mt 11, 19), qu’il pouvait s’arrêter pour parler avec la Samaritaine (cf. Jn 4, 7-26), et recevoir Nicodème la nuit (cf. Jn 3, 1-21), qu’il se laissait oindre les pieds par une prostituée (cf. Luc 7, 36-50), et qu’il s’arrêtait pour toucher les malades (cf. Mc 2, 16; Mt 11, 19). 1h40-45 ; 7h33). Ses apôtres ont fait de même, qui ne méprisaient pas les autres, ils ne se limitaient pas à de petits groupes de personnes sélectionnées, isolées de la vie de leur peuple. Tandis que les autorités les harcelaient, ils bénéficiaient de la sympathie « de tout le peuple » (Actes 2 :47 ; cf. 4 :21.33 ; 5 :13). 290. «La famille devient un sujet d’action pastorale à travers l’annonce explicite de l’Évangile et l’héritage de multiples formes de témoignage, parmi lesquelles: la solidarité avec les pauvres, l’ouverture à la diversité des personnes, la garde de la création, la solidarité morale et matérielle envers les autres familles, en particulier envers celles qui en ont le plus besoin, l’engagement à promouvoir le bien commun, y compris à travers la transformation des structures sociales injustes, à partir du territoire dans lequel vit la famille, en pratiquant les œuvres corporelles et spirituelles»[310]. Ceci doit être replacé dans le cadre de la conviction la plus précieuse du Chrétiens : l’amour du Père qui nous soutient et nous promeut, manifesté dans l’abandon total de Jésus-Christ, vivant parmi nous, qui nous rend capables d’affronter ensemble toutes les tempêtes et toutes les étapes de la vie. Aussi au cœur de chaque famille il faut faire résonner le kérygme, dans le temps et hors du temps, pour qu’il éclaire le chemin. Nous devrions tous pouvoir dire, à partir de ce que nous avons vécu dans nos familles : « Nous avons connu l’amour que Dieu a pour nous » (1 Jn 4, 16). C’est seulement à partir de cette expérience que la pastorale familiale pourra garantir que les familles soient à la fois des églises domestiques et un ferment évangélisateur dans la société. Chapitre Huit ACCOMPAGNER, DISCERNER ET INTÉGRER LA FRAGILITÉ 291. Les Pères synodaux ont exprimé que, même si l’Église comprend que toute rupture du lien conjugal « va à l’encontre de la volonté de Dieu, elle est également consciente de la fragilité de beaucoup de ses enfants »[311 ». Éclairée par le regard de Jésus-Christ, elle « regarde avec amour ceux qui participent de manière incomplète à sa vie, reconnaissant que la grâce de Dieu agit aussi dans leur vie, en leur donnant le courage de faire le bien, de prendre soin les uns des autres avec amour et d’être au service de la communauté dans laquelle ils vivent et travaillent »[312]. D’autre part, cette attitude est renforcée dans le contexte d’une année jubilaire dédiée à la miséricorde. Même si elle propose toujours la perfection et invite à une réponse plus complète à Dieu, « l’Église doit accompagner avec attention et soin ses enfants les plus aimants ». fragile, marqué par l’amour blessé et perdu, leur redonnant confiance et espérance, comme la lumière d’un phare portuaire ou une torche portée parmi les gens pour éclairer ceux qui se sont égarés ou se trouvent au milieu de la tempête”[313]. N’oublions pas que, souvent, la tâche de l’Église est semblable à celle d’un hôpital de campagne. 292. Le mariage chrétien, reflet de l’union entre le Christ et son Église, se réalise pleinement dans l’union entre un homme et une femme, qui se donnent réciproquement dans une amour exclusif et fidélité libre, s’appartiennent jusqu’à la mort et s’ouvrent à la communication de la vie, consacrées par le sacrement qui leur confère la grâce de devenir une église domestique et un ferment de vie nouvelle pour la société. D’autres formes d’union contredisent radicalement cet idéal, mais certaines y parviennent au moins partiellement et de manière analogue. Les Pères synodaux ont exprimé que l’Église ne cesse de valoriser les éléments constructifs dans les situations qui ne correspondent pas encore ou ne correspondent plus à son enseignement sur le mariage. 293. Les Pères ont également jeté leur dévolu sur la situation particulière d’un mariage uniquement civil ou, malgré les différences, même d’une simple cohabitation dans laquelle, « lorsque l’union atteint une stabilité notable grâce à un lien public, elle est connotée d’affection profonde, de responsabilité envers la descendance, de capacité à surmonter les épreuves, elle peut être considérée comme une opportunité d’accompagnement dans l’évolution vers le sacrement du mariage»[315]. D’un autre côté, il est inquiétant de constater que de nombreux jeunes se méfient aujourd’hui du mariage et vivent ensemble, reportant indéfiniment l’engagement conjugal, tandis que d’autres mettent un terme à l’engagement qu’ils ont pris et en contractent immédiatement un nouveau. Eux, « qui font partie de l’Église, ont besoin d’une pastorale miséricordieuse et encourageante »[316]. Parce que les pasteurs sont responsables non seulement de la promotion du mariage chrétien, mais aussi du « discernement pastoral des situations de tant de personnes qui ne vivent plus cette réalité », pour « engager avec eux un dialogue pastoral afin de mettre en valeur les éléments de leur vie qui peuvent conduire à une plus grande ouverture à l’Évangile du mariage dans sa plénitude »[317]. Dans le discernement pastoral, il est important « d’identifier les éléments qui favorisent l’évangélisation et la croissance humaine et spirituelle »[318]. 294. « Le choix du mariage civil ou, dans d’autres cas, de la simple cohabitation, n’est souvent pas motivé par des préjugés ou des résistances à l’union sacramentelle, mais par des situations culturelles ou contingentes »[319]. Dans ces situations, les signes d’amour qui reflètent d’une certaine manière l’amour de Dieu peuvent être valorisés[320]. Nous savons que “le nombre de ceux qui, après avoir longtemps vécu ensemble, demandent la célébration du mariage dans l’Église, ne cesse de croître. La simple cohabitation est souvent choisie en raison de la mentalité générale contraire aux institutions et aux engagements définitifs, mais aussi parce qu’elle est censée acquérir une plus grande sécurité existentielle (emploi et salaire fixe). Dans d’autres pays, enfin, les unions de fait sont très nombreuses, non seulement à cause du rejet des valeurs de famille et du mariage, mais surtout à cause du fait que se marier est considéré comme un luxe, en raison des conditions sociales, de sorte que la misère matérielle pousse les gens à vivre en union de fait»[321]. Mais « il est nécessaire d’affronter toutes ces situations de manière constructive, en essayant de les transformer en opportunités sur le chemin vers la plénitude du mariage et de la famille à la lumière de l’Évangile. Il s’agit de les accueillir et de les accompagner avec patience et délicatesse »[322]. C’est ce que Jésus a fait avec la Samaritaine (cf. Jn 4, 1-26) : il a adressé une parole à son désir d’amour véritable, pour la libérer de tout ce qui obscurcissait sa vie et la conduire à la pleine joie de l’Évangile. 295. Dans cette ligne, saint Jean-Paul II a proposé ce qu’on appelle la « loi de la progressivité », conscient que les êtres humains « connaissent, aiment et réalisent le bien moral selon les différentes étapes de leur croissance »[323]. Il ne s’agit pas d’une “graduation du droit”, mais d’une progressivité dans l’exercice prudentiel des actes libres chez des sujets qui ne sont pas en mesure de comprendre, d’évaluer ou de mettre pleinement en pratique les exigences objectives de la loi. Parce que la loi est aussi un don de Dieu qui montre le chemin, un don pour tous sans exception et qui peut être vécu. avec la force de la grâce, même si chaque être humain « avance progressivement avec l’intégration progressive des dons de Dieu et des exigences de son amour définitif et absolu dans toute vie personnelle et sociale »[324]. Discernement des situations dites « irrégulières »[325] 296. Le Synode a évoqué différentes situations de fragilité ou d’imperfection. À cet égard, je veux rappeler ici quelque chose que j’ai voulu dire clairement à toute l’Église pour que nous ne nous trompions pas de chemin : « Deux logiques parcourent toute l’histoire de l’Église : la marginalisation et la réintégration […] Le chemin de l’Église, depuis le Concile de Jérusalem, est toujours le chemin de Jésus, celui de la miséricorde et de l’intégration […] Le chemin de l’Église est de ne condamner personne pour toujours et de répandre la miséricorde de Dieu à tous ceux qui la demandent avec un cœur sincère […] Parce que la charité vraie est toujours immérité, inconditionnel et gratuit»[326]. C’est pourquoi « nous devons éviter les jugements qui ne tiennent pas compte de la complexité des différentes situations et nous devons être attentifs à la manière dont les personnes vivent et souffrent à cause de leur condition »[327]. 297. Il s’agit d’intégrer tous, chacun doit être aidé à trouver sa propre manière de participer à la communauté ecclésiale, afin qu’il se sente l’objet d’une miséricorde « imméritée, inconditionnelle et gratuite ». Personne ne peut être condamné pour toujours, car telle n’est pas la logique de l’Évangile. Je ne fais pas seulement référence au divorcés dans une nouvelle union mais à tous, quelle que soit la situation dans laquelle ils se trouvent. Évidemment, si quelqu’un affiche un péché objectif comme s’il faisait partie de l’idéal chrétien, ou veut imposer quelque chose de différent de ce qu’enseigne l’Église, il ne peut pas prétendre catéchiser ou prêcher, et en ce sens il y a quelque chose qui le sépare de la communauté (cf. Mt 18, 17). Il faut réécouter l’annonce de l’Évangile et l’invitation à la conversion. Mais même pour lui, il peut y avoir une manière de participer à la vie de la communauté, que ce soit dans des tâches sociales, dans des réunions de prière ou de la manière que suggère sa propre initiative, accompagnée du discernement du pasteur. Concernant la manière de traiter les diverses situations dites « irrégulières », les Pères synodaux sont parvenus à un consensus général, que je maintiens : « En ce qui concerne une approche pastorale destinée aux personnes contractées civilement, divorcées et remariées, ou qui vivent simplement ensemble, il appartient à l’Église de leur révéler la pédagogie divine de la grâce dans leur vie et de les aider à réaliser la plénitude du dessein que Dieu a pour elles »[328], toujours possible avec la puissance du Saint Esprit. 298. Les personnes divorcées en nouvelle union, par exemple, peuvent se trouver dans des situations très différentes, qui ne doivent pas être cataloguées ou enfermées dans des déclarations trop rigides sans laisser place à un discernement personnel et pastoral adéquat. Il y a le cas d’une seconde union consolidée dans le temps, avec de nouveaux enfants, avec fidélité éprouvée, dévouement généreux, engagement chrétien, connaissance de l’irrégularité de leur situation et grande difficulté à faire marche arrière sans sentir consciemment qu’ils tombent dans une nouvelle culpabilité. L’Église reconnaît des situations dans lesquelles « lorsque l’homme et la femme, pour des raisons graves – comme, par exemple, l’éducation des enfants – ne peuvent pas remplir l’obligation de séparation »[329]. Il y a aussi le cas de ceux qui ont fait de grands efforts pour sauver leur premier mariage et ont subi un abandon injuste, ou celui de « ceux qui ont contracté une seconde union en vue d’élever des enfants, et sont parfois subjectivement certains en conscience que le précédent mariage, irrémédiablement détruit, n’avait jamais été valide »[330]. Mais une autre chose est une nouvelle union qui naît d’un divorce récent, avec toutes les conséquences de souffrance et de confusion qui affectent les enfants et des familles entières, ou la situation de quelqu’un qui a manqué à plusieurs reprises à ses engagements familiaux. Il faut bien comprendre que ce n’est pas l’idéal que propose l’Évangile pour le mariage et la famille. Les Pères synodaux ont exprimé que le discernement des pasteurs doit toujours se faire « en distinguant correctement »[331], avec un regard qui « discerne bien les situations »[332]. Nous savons qu’il n’existe pas de « recettes simples »[333]. 299. Je salue les considérations de nombreux Pères synodaux, qui ont voulu exprimer que « les baptisés divorcés et remariés Civilement, ils doivent être davantage intégrés à la communauté chrétienne de toutes les manières possibles, en évitant toute occasion de scandale. La logique de l’intégration est la clé de leur accompagnement pastoral, pour qu’ils sachent non seulement qu’ils appartiennent au Corps du Christ, qui est l’Église, mais qu’ils puissent vivre une expérience heureuse et fructueuse. Ils sont baptisés, ils sont frères et sœurs, le Saint-Esprit déverse en eux des dons et des charismes pour le bien de tous. Leur participation peut s’exprimer dans différents services ecclésiaux : il est donc nécessaire de discerner laquelle des différentes formes d’exclusion actuellement pratiquées dans les domaines liturgique, pastoral, éducatif et institutionnel peut être surmontée. Non seulement ils n’ont pas à se sentir excommuniés, mais ils peuvent vivre et mûrir comme membres vivants de l’Église, en la sentant comme une mère qui les accueille toujours, les soigne avec affection et les encourage sur le chemin de la vie et de l’Évangile. Cette intégration est également nécessaire pour le soin et l’éducation chrétienne de leurs enfants, qui doivent être considérés comme les plus importants »[334]. que « le degré de responsabilité n’est pas le même dans tous les cas »[335], les conséquences ou les effets d’une norme ne doivent pas nécessairement toujours être les mêmes[336]. Les prêtres ont pour tâche “d’accompagner les personnes intéressées sur le chemin du discernement selon l’enseignement de l’Église et les directives de l’Évêque. Dans ce processus, il sera utile d’examiner sa conscience, à travers des moments de réflexion et de repentir. Les personnes divorcées et remariées doivent se demander comment elles se sont comportées avec leurs enfants lorsque l’union conjugale est entrée en crise; s’il y a eu des tentatives de réconciliation; quelle est la situation du conjoint abandonné; quelles conséquences la nouvelle relation a-t-elle sur le reste de la famille et sur la communauté de les fidèles ? Quel exemple cette relation offre-t-elle aux jeunes qui doivent se préparer au mariage. Une réflexion sincère peut renforcer la confiance dans la miséricorde de Dieu, qui n’est refusée à personne »[337]. Il s’agit d’un itinéraire d’accompagnement et de discernement qui « guide ces fidèles à prendre conscience de leur situation devant Dieu. La conversation avec le prêtre, intérieurement, contribue à la formation d’un jugement correct sur ce qui empêche une participation plus pleine à la vie de l’Église et sur les démarches qui peuvent la favoriser et la faire grandir. exigences de vérité et de charité de l’Évangile proposées par l’Église. Pour que cela se réalise, il faut garantir les conditions nécessaires d’humilité, de réserve, d’amour de l’Église et de son enseignement, dans la recherche sincère de la volonté de Dieu et avec le désir d’y répondre de manière plus parfaite »[338]. Ces attitudes sont essentielles pour éviter le risque sérieux de messages erronés, comme l’idée qu’un prêtre peut rapidement accorder des « exceptions », ou qu’il existe des personnes qui peuvent obtenir des privilèges sacramentels en échange de faveurs. désirs supérieurs au bien commun de l’Église, se trouve chez un pasteur qui sait reconnaître la gravité de la question, on évite le risque qu’un certain discernement puisse conduire à penser que l’Église maintient une double norme. Circonstances atténuantes dans le discernement pastoral 301. Pour bien comprendre pourquoi un discernement particulier est possible et nécessaire dans certaines situations dites « irrégulières », il y a une question qui doit toujours être prise en compte, de sorte qu’on ne pense jamais qu’on cherche à diminuer les exigences de l’Évangile. L’Église a une solide réflexion sur les circonstances conditionnantes et atténuantes. Il n’est donc plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans une situation dite « irrégulière » vivent dans une situation de péché mortel, privés du péché. grâce sanctifiante. Les limites ne tiennent pas seulement à une éventuelle méconnaissance de la norme. Un sujet, même connaissant bien la norme, peut avoir de grandes difficultés à comprendre « les valeurs inhérentes à la norme »[339] ou peut se trouver dans des conditions spécifiques qui ne lui permettent pas d’agir différemment et de prendre d’autres décisions sans nouvelle culpabilité. Comme l’ont exprimé à juste titre les Pères synodaux, « il peut y avoir des facteurs qui limitent la capacité de prendre des décisions »[340]. Saint Thomas d’Aquin reconnaissait déjà que quelqu’un peut avoir la grâce et la charité, mais ne pouvoir exercer correctement aucune des vertus[341], de sorte que bien qu’il possède toutes les vertus morales infuses, il ne manifeste clairement l’existence d’aucune d’elles, parce que l’action extérieure de cette vertu est difficile : « On dit que certains saints n’ont pas certaines vertus, dans la mesure où ils éprouvent des difficultés dans leurs actions, même s’ils ont les habitudes de toutes les vertus »[342]. 302. A propos de ces conditions, le Catéchisme de l’Église catholique s’exprime avec force : « L’imputabilité et la responsabilité d’un acte peuvent être diminuées et même supprimées en raison de l’ignorance, de l’inadvertance, de la violence, de la peur, des habitudes, des affections désordonnées et d’autres facteurs psychiques ou sociaux »[343]. Dans un autre paragraphe, il évoque à nouveau les circonstances qui atténuent la responsabilité morale et mentionne longuement « l’immaturité émotionnelle, la force des habitudes morales ». contracté, l’état d’angoisse ou d’autres facteurs psychologiques ou sociaux”[344]. Pour cette raison, un jugement négatif sur une situation objective n’implique pas un jugement sur l’imputabilité ou la culpabilité de la personne impliquée[345]. Dans le contexte de ces convictions, je considère très approprié ce que de nombreux Pères synodaux ont voulu soutenir: «Dans certaines circonstances, les gens éprouvent de grandes difficultés à agir différemment […] Le discernement pastoral, même en tenant compte de la conscience bien formée des personnes, doit prendre en charge ces Les conséquences des actes commis ne sont pas non plus nécessairement les mêmes dans tous les cas”[346]. 303. De la reconnaissance du poids des conditions concrètes, nous pouvons ajouter que la conscience des personnes doit être mieux incorporée dans la praxis de l’Église dans certaines situations qui ne correspondent pas objectivement à notre conception du mariage. Certes, il faut favoriser la maturation d’une conscience éclairée, formée et accompagnée par le discernement responsable et sérieux du pasteur, et proposer une confiance toujours plus grande dans la grâce. Mais cette conscience ne peut pas seulement reconnaître qu’une situation ne répond pas objectivement à la proposition générale de l’Évangile. Vous pouvez également reconnaître avec sincérité et honnêteté quelle est, pour l’instant, la réponse généreuse qui peut être offerte à Dieu, et découvrir avec une certaine sécurité morale que telle est la livraison que Dieu lui-même exige au milieu de la complexité concrète des limites, même si elle n’est pas encore pleinement l’idéal objectif. Quoi qu’il en soit, rappelons-nous que ce discernement est dynamique et doit toujours rester ouvert à de nouvelles étapes de croissance et à de nouvelles décisions qui permettent de réaliser plus pleinement l’idéal. Normes et discernement 304. Il est mesquin de s’arrêter seulement à considérer si les actions d’une personne répondent ou non à une loi ou à une norme générale, car cela ne suffit pas pour discerner et assurer la pleine fidélité à Dieu dans l’existence concrète de l’être humain. Je prie fortement pour que nous nous souvenions toujours de quelque chose qu’enseigne saint Thomas d’Aquin et que nous apprenions à l’incorporer dans le discernement pastoral : « Bien qu’il y ait une nécessité dans les principes généraux, plus les choses particulières sont affrontées, plus il y a d’indétermination […] Dans le domaine de l’action, la vérité ou la justesse pratique ne sont pas les mêmes dans toutes les applications particulières, mais seulement dans les principes généraux ; et chez ceux pour qui la justice est identique dans leurs propres actions, elle n’est pas également connue de tous […] Plus on descend au particulier, plus l’indétermination augmente»[347]. Il est vrai que les règles générales présentent un bien qui ne doit jamais être négligé ou négligé, mais dans leur formulation elles ne peuvent pas couvrir absolument toutes les situations particulières. En même temps, il faut dire que, précisément pour cela. Pour cette raison, ce qui fait partie d’un discernement pratique dans une situation particulière ne peut être élevé au rang de norme. Cela donnerait non seulement lieu à une casuistique insupportable, mais mettrait en péril les valeurs qui doivent être préservées avec un soin particulier[348]. 305. C’est pourquoi un pasteur ne peut pas se contenter d’appliquer uniquement des lois morales à ceux qui vivent dans des situations « irrégulières », comme s’il s’agissait de pierres lancées sur la vie des gens. C’est le cas des cœurs fermés, qui se cachent souvent derrière les enseignements de l’Église « pour s’asseoir sur la chaise de Moïse et juger, parfois avec supériorité et superficialité, les cas difficiles et les familles blessées »[349]. La Commission théologique internationale s’exprime dans les mêmes termes : « Le droit naturel ne doit pas être présenté comme un ensemble de règles déjà constituées et imposées a priori au sujet moral, mais plutôt comme une source d’inspiration objective pour son processus de décision éminemment personnel »[350]. En raison de facteurs conditionnants ou atténuants, il est possible qu’au milieu d’une situation objective de péché – qui n’est pas subjectivement coupable ou pas pleinement coupable – on puisse vivre dans la grâce de Dieu, on puisse aimer, et on puisse aussi grandir dans la vie de grâce et de charité, en recevant à cet effet l’aide de l’Église[351]. Le discernement doit aider à trouver les voies possibles de réponse à Dieu et de croissance dans milieu des limites. En croyant que tout est noir ou blanc, nous fermons parfois le chemin de la grâce et de la croissance, et décourageons les chemins de sanctification qui rendent gloire à Dieu. Rappelons-nous qu’« un petit pas, au milieu des grandes limites humaines, peut être plus agréable à Dieu que la vie extérieurement correcte de quelqu’un qui traverse ses journées sans affronter de difficultés importantes »[352]. La pastorale concrète des ministres et des communautés ne peut manquer d’intégrer cette réalité. 306. En toute circonstance, pour ceux qui ont des difficultés à vivre pleinement la loi divine, l’invitation à suivre la via caritatis doit résonner. La charité fraternelle est la première loi des chrétiens (cf. Jn 15, 12 ; Ga 5, 14). N’oublions pas la promesse des Écritures : « Gardez entre vous un amour intense, car l’amour couvre une multitude de péchés » (1 Pierre 4, 8) ; « Expiez vos péchés par l’aumône, et vos crimes en aidant les pauvres » (Daniel 4 :24). “L’eau éteint le feu ardent et l’aumône pardonne les péchés” (Si 3,30). C’est aussi ce qu’enseigne saint Augustin : « De même que, en danger d’incendie, nous courions chercher de l’eau pour l’éteindre […] de même, si la flamme du péché surgit de notre paille, et c’est pourquoi nous sommes troublés, lorsque l’occasion d’une œuvre pleine de miséricorde nous est offerte, réjouissons-en comme si c’était une fontaine qui nous était offerte pour éteindre le feu »[353]. La logique de la miséricorde pastorale 307. Pour éviter toute interprétation détourné, je rappelle que l’Église ne doit en aucune façon renoncer à proposer l’idéal complet du mariage, le projet de Dieu dans toute sa grandeur : « Il faut encourager les jeunes baptisés à ne pas douter de la richesse que le sacrement de mariage apporte à leurs projets d’amour, avec la force du soutien qu’ils reçoivent de la grâce du Christ et de la possibilité de participer pleinement à la vie de l’Église »[354]. La tiédeur, toute forme de relativisme, ou un respect excessif lorsqu’on le propose, serait un manque de fidélité à l’Évangile et aussi un manque d’amour de la part de l’Église envers les jeunes eux-mêmes. Comprendre des situations exceptionnelles n’implique jamais de cacher la lumière de l’idéal le plus complet ou de proposer moins que ce que Jésus offre aux êtres humains. Aujourd’hui, plus important qu’une pastorale des échecs est l’effort pastoral visant à consolider les mariages et ainsi à prévenir les ruptures. 308. Mais de notre conscience du poids des circonstances atténuantes – psychologiques, historiques et même biologiques – il résulte que, « sans diminuer la valeur de l’idéal évangélique, nous devons accompagner avec miséricorde et patience les étapes possibles de croissance des personnes qui se construisent jour après jour », en faisant naître « la miséricorde du Seigneur qui nous encourage à faire le bien possible »[355]. Je comprends ceux qui préfèrent une pastorale plus rigide et ne prêtant à aucune confusion. Mais je crois sincèrement que Jésus-Christ veut une Église attentive au bien que l’Esprit » s’épanche au milieu de la fragilité : une Mère qui, en même temps qu’elle exprime clairement son enseignement objectif, « ne renonce pas au bien possible, même s’il risque de se tacher avec la boue du chemin »[356]. Les pasteurs, qui proposent aux fidèles tout l’idéal de l’Évangile et de la doctrine de l’Église, doivent aussi les aider à assumer la logique de la compassion pour les fragiles et à éviter les persécutions ou les jugements trop durs ou impatients. L’Évangile lui-même nous demande de ne pas juger ni condamner (cf. Mt 7, 1 ; Lc 6, 37). Jésus « attend de nous que nous renoncions à chercher ces abris personnels ou communautaires qui nous permettent de nous tenir à distance du cœur de la tempête humaine, pour que nous acceptions vraiment d’entrer en contact avec l’existence concrète des autres et que nous connaissions le pouvoir de la tendresse. Lorsque nous le faisons, la vie devient toujours pour nous merveilleusement compliquée »[357]. 309. Il est providentiel que ces réflexions se développent dans le contexte d’une Année jubilaire consacrée à la miséricorde, car également face aux situations les plus diverses qui touchent la famille, « l’Église a la mission d’annoncer la miséricorde de Dieu, le cœur battant de l’Évangile, qui, à travers elle, doit atteindre l’esprit et le cœur de chaque personne. L’Épouse du Christ fait sienne la conduite du Fils de Dieu qui va à la rencontre de tous, sans exclure personne »[358]. Il sait bien que Jésus lui-même se présente comme le berger de cent brebis et non de quatre-vingt-dix-neuf. Il les veut tous. Depuis Cette conscience permettra que « le baume de la miséricorde parvienne à tous, croyants et lointains, comme signe du Royaume de Dieu déjà présent parmi nous »[359]. 310. Nous ne pouvons pas oublier que “la miséricorde n’est pas seulement l’œuvre du Père, mais elle devient le critère pour savoir qui sont réellement ses véritables enfants. Ainsi donc, nous sommes appelés à vivre de la miséricorde, parce que la miséricorde s’est appliquée en premier lieu à nous”[360]. Il ne s’agit pas d’une proposition romantique ou d’une faible réponse à l’amour de Dieu, qui veut toujours promouvoir les hommes, car « la miséricorde est le principal pilier qui soutient la vie de l’Église. Tout dans son action pastorale doit être couvert par la tendresse avec laquelle il s’adresse aux croyants ; rien dans son annonce et dans son témoignage au monde ne peut manquer de miséricorde »[361]. Il est vrai que parfois “nous nous comportons en contrôleurs de la grâce et non en facilitateurs. Mais l’Église n’est pas un bureau de douane, c’est la maison du père où il y a une place pour chacun avec sa vie sur le dos”[362]. 311. L’enseignement de la théologie morale ne doit pas manquer d’intégrer ces considérations, car s’il est vrai qu’il faut veiller à l’intégrité de l’enseignement moral de l’Église, il faut toujours veiller particulièrement à mettre en valeur et à encourager les valeurs les plus élevées et les plus centrales de l’Évangile[363], en particulier la primauté de la charité comme réponse à la libre initiative de l’amour de Dieu. À Il nous est parfois très difficile de faire de la place à l’amour inconditionnel de Dieu dans notre travail pastoral[364]. Nous mettons tellement de conditions à la miséricorde que nous la vidons de son sens concret et de sa signification réelle, et c’est la pire façon de liquéfier l’Évangile. Il est vrai, par exemple, que la miséricorde n’exclut pas la justice et la vérité, mais il faut surtout dire que la miséricorde est la plénitude de la justice et la manifestation la plus lumineuse de la vérité de Dieu. C’est pour cette raison qu’il convient toujours de considérer « comme inadéquate toute conception théologique qui remet en fin de compte en question la toute-puissance de Dieu et, en particulier, sa miséricorde »[365]. 312. Cela nous donne un cadre et un climat qui nous évitent de développer une morale froide lorsque nous parlons des sujets les plus délicats, et nous place plutôt dans le contexte d’un discernement pastoral chargé d’amour miséricordieux, toujours enclin à comprendre, à pardonner, à accompagner, à attendre et surtout à intégrer. Telle est la logique qui doit prédominer dans l’Église, pour « réaliser l’expérience de l’ouverture du cœur à ceux qui vivent dans les périphéries existentielles les plus contradictoires »[366]. J’invite les fidèles qui vivent des situations complexes à s’approcher avec confiance pour discuter avec leurs pasteurs ou avec des laïcs qui vivent consacrés au Seigneur. Vous n’y trouverez pas toujours une confirmation de vos propres idées ou désirs, mais vous recevrez sûrement une lumière qui vous permettra de mieux comprendre ce qui vous arrive et vous pourrez découvrir un chemin de maturation personnelle. Et j’invite les pasteurs à écouter avec affection et sérénité, avec le désir sincère d’entrer au cœur du drame des gens et de comprendre leur point de vue, pour les aider à vivre mieux et à reconnaître leur propre place dans l’Église. Chapitre neuf MARIAGE ET SPIRITUALITÉ FAMILIALE 313. La charité prend différentes nuances, selon l’état de vie auquel chacun a été appelé. Il y a plusieurs décennies, lorsque le Concile Vatican II faisait référence à l’apostolat des laïcs, il mettait en avant la spiritualité qui naît de la vie familiale. Il a dit que la spiritualité des laïcs « doit revêtir des caractéristiques particulières en raison de l’état du mariage et de la famille »[367] et que les préoccupations familiales ne doivent pas être quelque chose d’étranger « à leur style de vie spirituel »[368]. Il vaut donc la peine de s’arrêter brièvement pour décrire quelques notes fondamentales de cette spiritualité spécifique qui se développe dans le dynamisme des relations de la vie familiale. Spiritualité de communion surnaturelle 314. Nous avons toujours parlé de la demeure divine dans le cœur de celui qui vit dans la grâce. Aujourd’hui, on peut aussi dire que la Trinité est présente dans le temple de la communion conjugale. Tout comme il demeure dans la louange de son peuple (cf. Ps 22, 4), il vit intimement dans l’amour conjugal qui lui donne gloire. 315. La présence du Seigneur habite la famille réelle et concrète, avec toutes ses souffrances, ses luttes, ses joies et ses efforts. tous les jours. Quand on vit dans une famille, il est difficile de faire semblant et de mentir, on ne peut pas montrer de masque. Si l’amour anime cette authenticité, le Seigneur y règne avec sa joie et sa paix. La spiritualité de l’amour familial est faite de milliers de gestes réels et concrets. Dans cette variété de dons et de rencontres qui mûrissent la communion, Dieu a sa demeure. Cette dédicace associe « à la fois l’humain et le divin »[369], car elle est pleine de l’amour de Dieu. Bref, la spiritualité conjugale est une spiritualité du lien habité par l’amour divin. 316. Une communion familiale bien vécue est un véritable chemin de sanctification dans la vie ordinaire et de croissance mystique, un moyen d’union intime avec Dieu. Parce que les exigences fraternelles et communautaires de la vie familiale sont une occasion d’ouvrir toujours plus le cœur, ce qui rend possible une rencontre toujours plus complète avec le Seigneur. La Parole de Dieu dit que « celui qui hait son frère est dans les ténèbres » (1 Jn 2, 11), « demeure dans la mort » (1 Jn 3, 14) et « n’a pas connu Dieu » (1 Jn 4, 8). Mon prédécesseur Benoît XVI a dit que « fermer les yeux sur le prochain nous rend également aveugles devant Dieu »[370], et que l’amour est en fin de compte la seule lumière qui « éclaire constamment un monde obscur »[371]. Seulement « si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour atteint en nous sa plénitude » (1 Jn 4, 12). Puisque « la personne humaine a une dimension sociale innée et structurelle »[372], et « l’expression première et originale de la dimension sociale de la personne est le mariage et la famille »[373], la spiritualité s’incarne dans la communion familiale. Par conséquent, ceux qui ont des désirs spirituels profonds ne doivent pas sentir que la famille les éloigne de la croissance dans la vie de l’Esprit, mais plutôt qu’elle est un chemin que le Seigneur utilise pour les conduire vers les hauteurs de l’union mystique. Ensemble dans la prière à la lumière de Pâques 317. Si la famille parvient à se concentrer sur le Christ, il unifie et illumine toute la vie familiale. La douleur et l’angoisse se vivent en communion avec la croix du Seigneur, et l’embrasser nous permet de supporter les pires moments. Dans les jours amers de la famille, il y a une union avec Jésus abandonné qui peut éviter une rupture. Les familles réalisent peu à peu, « avec la grâce de l’Esprit Saint, leur sainteté à travers la vie conjugale, en participant également au mystère de la croix du Christ, qui transforme les difficultés et les souffrances en offrande d’amour »[374]. En revanche, les moments de joie, de repos ou de fête, et même la sexualité, sont vécus comme une participation à la vie pleine de sa Résurrection. Les conjoints constituent, par divers gestes quotidiens, « cet espace théologique dans lequel peut être vécue la présence mystique du Seigneur ressuscité »[375]. 318. La prière familiale est un moyen privilégié pour exprimer et renforcer cette foi pascale[376]. Vous pouvez trouver quelques minutes chaque jour pour être unis devant le Seigneur vivant, dis-lui les choses qui le concernent, prie pour les besoins de la famille, prie pour quelqu’un qui traverse une période difficile, demande-lui de l’aide pour aimer, remercie-le pour la vie et pour les bonnes choses, demande à la Vierge de la protéger avec son manteau maternel. Avec des mots simples, ce moment de prière peut faire beaucoup de bien à la famille. Les diverses expressions de la piété populaire constituent un trésor de spiritualité pour de nombreuses familles. Le chemin communautaire de prière atteint son point culminant dans la participation ensemble à l’Eucharistie, notamment au milieu du repos dominical. Jésus frappe à la porte de la famille pour partager avec eux le repas eucharistique (cf. Ap 3, 20). Là, les époux peuvent toujours resceller l’alliance pascale qui les a unis et qui reflète l’Alliance que Dieu a scellée avec l’humanité sur la CROIX[377]. L’Eucharistie est le sacrement de la nouvelle Alliance où s’actualise l’action rédemptrice du Christ (cf. Luc 22, 20). On constate ainsi les liens intimes qui existent entre la vie conjugale et l’Eucharistie[378]. La nourriture de l’Eucharistie est force et encouragement à vivre chaque jour l’alliance conjugale comme « Église domestique »[379]. Spiritualité de l’amour exclusif et libre 319. Dans le mariage, on éprouve également le sentiment d’appartenir entièrement à une seule personne. Les conjoints relèvent le défi et aspirent à vieillir et à s’épuiser ensemble et ainsi refléter la fidélité de Dieu. Cette décision ferme, qui marque un style de vie, est une « exigence intérieure du pacte d’amour conjugal »[380], car « celui qui ne décide pas d’aimer pour toujours, il est difficile d’aimer vraiment un seul jour »[381]. Mais cela n’aurait aucune signification spirituelle s’il s’agissait seulement d’une loi vécue avec résignation. C’est une appartenance du cœur, où Dieu seul voit (cf. Mt 5, 28). Chaque matin, en vous levant, vous prenez à nouveau cette décision de fidélité devant Dieu, peu importe ce qui se passe tout au long de la journée. Et chacun, en s’endormant, espère se lever pour continuer cette aventure, confiant dans l’aide du Seigneur. Ainsi, chaque époux est pour l’autre signe et instrument de la proximité du Seigneur, qui ne nous laisse pas seuls : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). 320. Il y a un moment où l’amour du couple atteint sa plus grande libération et devient un espace de saine autonomie : lorsque chacun découvre que l’autre n’est pas le sien, mais a un propriétaire bien plus important, son unique Seigneur. Personne d’autre ne peut prétendre s’emparer de l’intimité la plus personnelle et secrète de l’être cher et lui seul peut occuper le centre de sa vie. Parallèlement, le principe du réalisme spirituel signifie que le conjoint n’attend plus de l’autre qu’il satisfasse pleinement ses besoins. Il est nécessaire que le cheminement spirituel de chacun – comme l’a indiqué à juste titre Dietrich Bonhoeffer – l’aide à « se désillusionner » à l’égard de l’autre[382], à cesser d’attendre de lui ce qui est propre à l’amour de Dieu. Cela nécessite une dépossession interne. L’espace l’exclusivité que chacun des époux réserve à son rapport solitaire avec Dieu, permet non seulement de guérir les blessures de la coexistence, mais permet aussi de trouver le sens de sa propre existence dans l’amour de Dieu. Il faut invoquer chaque jour l’action de l’Esprit pour que cette liberté intérieure soit possible. Spiritualité de soin, de consolation et d’encouragement 321. « Les époux chrétiens sont mutuellement, pour eux-mêmes, pour leurs enfants et pour les autres membres de la famille, coopérateurs de la grâce et témoins de la foi »[383]. Dieu les appelle à engendrer et à prendre soin. Pour cette raison, la famille «a toujours été «l’hôpital» le plus proche»[384]. Guérissons-nous, contenons-nous et stimulons-nous les uns les autres, et vivons-le dans le cadre de notre spiritualité familiale. La vie de couple est une participation à l’œuvre féconde de Dieu, et chacun est pour l’autre une provocation permanente de l’Esprit. L’amour de Dieu s’exprime « à travers les paroles vivantes et concrètes par lesquelles l’homme et la femme déclarent leur amour conjugal »[385]. Ainsi, les deux sont des reflets de l’amour divin qui console par la parole, le regard, l’aide, la caresse, l’étreinte. Pour cette raison, « vouloir fonder une famille, c’est oser faire partie du rêve de Dieu, c’est oser rêver avec lui, c’est oser construire avec lui, c’est oser jouer avec lui cette histoire de construire un monde où personne ne se sent seul »[386]. 322. La vie entière de la famille est un « berger » miséricordieux. Chacun, avec soin, peint et écrit dans la vie de l’autre : « Vous êtes notre lettre, écrite dans nos cœurs […] non avec de l’encre, mais avec l’Esprit du Dieu vivant » (2 Co 3, 2-3). Chacun est un « pêcheur d’hommes » (Lc 5,10) qui, au nom de Jésus, « jette des filets » (cf. Lc 5,5) sur les autres, ou un agriculteur qui travaille dans cette terre fraîche qu’est celui qu’il aime, en stimulant le meilleur d’eux-mêmes. La fécondité conjugale implique de promouvoir, car « aimer un être, c’est attendre de lui quelque chose d’indéfinissable et d’imprévisible ; et c’est en même temps lui donner en quelque sorte les moyens de répondre à cette attente »[387]. C’est une adoration de Dieu, car c’est Lui qui a planté beaucoup de bonnes choses chez les autres en attendant que nous les fassions grandir. 323. C’est une expérience spirituelle profonde que de contempler chaque être cher avec les yeux de Dieu et de reconnaître le Christ en lui. Cela nécessite une disponibilité gratuite qui permette de valoriser leur dignité. Vous pouvez être pleinement présent devant l’autre si vous vous donnez « juste parce que », en oubliant tout ce qui vous entoure. L’être aimé mérite toute l’attention. Jésus était un modèle parce que, lorsque quelqu’un s’approchait pour lui parler, il arrêtait son regard, le regardait avec amour (cf. Mc 10, 21). Personne ne se sentait négligé en sa présence, puisque ses paroles et ses gestes étaient l’expression de cette question : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? (Mc 10, 51). Cela se vit au cœur de la vie quotidienne de la famille. Là, nous nous souvenons que la personne qui vit avec nous mérite tout, puisqu’elle a une dignité infinie pour être l’objet de immense amour du Père. C’est ainsi qu’émerge la tendresse, capable de « réveiller chez l’autre la joie de se sentir aimé ». Elle s’exprime notamment en s’adressant avec une attention exquise aux limites de l’autre, surtout lorsqu’elles se présentent de manière évidente”[388]. 324. Sous l’impulsion de l’Esprit, le noyau familial non seulement accueille la vie en la générant dans son propre sein, mais aussi s’ouvre, sort de lui-même pour répandre sa bonté sur les autres, prendre soin d’eux et rechercher leur bonheur. Cette ouverture s’exprime particulièrement dans l’hospitalité[389], encouragée par la Parole de Dieu de manière suggestive. manière : « n’oubliez pas l’hospitalité : par elle, certains, sans le savoir, ont reçu des anges » (Hé 13, 2). Lorsque la famille accueille et sort vers les autres, en particulier vers les pauvres et les abandonnés, elle est « un symbole, un témoignage et une participation à la maternité de l’Église »[390]. la spiritualité, étant à la fois une Église domestique et une cellule vitale pour transformer le monde[391]. * * * 325. Les paroles du Maître (cf. Mt 22, 30) et celles de saint Paul (cf. 1 Co 7, 29-31) sur le mariage s’insèrent – ce n’est pas un hasard – dans la dimension ultime et définitive de notre existence, que nous avons besoin de retrouver de cette manière. Car, comme nous le rappelons à plusieurs reprises dans cette Exhortation, aucune famille n’est une réalité céleste créée une fois pour toutes, mais nécessite une maturation progressive de sa capacité d’aimer. Il y a un appel constant qui vient de la pleine communion de la Trinité, de l’union précieuse entre le Christ et son Église, de cette belle communauté qu’est la famille de Nazareth et de la fraternité sans tache qui existe entre les saints du ciel. Mais en plus, contempler la plénitude que nous n’avons pas encore atteinte nous permet de relativiser le chemin historique que nous parcourons en famille, de cesser d’exiger la perfection des relations interpersonnelles, une pureté d’intentions et une cohérence que l’on ne peut trouver que dans le Royaume définitif. Cela nous évite également de juger sévèrement ceux qui vivent dans des conditions très fragiles. Nous sommes tous appelés à maintenir vivante la tension vers un dépassement de nous-mêmes et de nos limites, et chaque famille doit vivre dans cette excitation constante. Marchons les familles, continuons à marcher. Ce qu’on nous promet, c’est toujours plus. Ne désespérons pas de nos limites, mais ne renonçons pas à rechercher la plénitude d’amour et de communion qui nous a été promise. de l’Évangile et des petites églises domestiques. Sainte Famille de Nazareth, qu’il n’y ait plus jamais d’épisodes de violence, de fermeture et de division dans les familles ; Que quiconque a été blessé ou scandalisé soit bientôt consolé et guéri. Sainte Famille de Nazareth, faites prendre conscience à chacun du caractère sacré et inviolable de la famille, de sa beauté dans le dessein de Dieu. Jésus, Marie et Joseph, écoutez, acceptez notre appel. Amen. Donné à Rome, avec saint Pierre, lors du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde, le 19 mars, solennité de saint Joseph, de l’année 2016, quatrième de mon pontificat. Franciscus (22 septembre 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 25 septembre 2015, p. 12. [5] Jorge Luis Borges, « Rue inconnue », dans Fervor de Buenos Aires, Buenos Aires 2011, 23. [6] Homélie eucharistique célébrée à Puebla de los Ángeles (28 janvier 1979), 2 : AAS 71 (1979), 184. [7] Cf. ibid. [8] Jean-Paul II, Exhortation. ap. Familiaris consortio (22 novembre 1981), 4 : AAS 74 (1982), 84. [9] Relatio synodi 2014, 5. [10] Conférence épiscopale espagnole, Mariage et famille (6 juillet 1979), 3.16.23. [11] Final Relation 2015, 5. [12] Relatio synodi 2014, 5. [13] Final Relation 2015, 8. [14] Discours au Congrès des États-Unis d’Amérique (24 septembre 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 25 septembre 2015, p. 18. [15] Final Relatio 2015, 29. [16] Relatio synodi 2014, 10. [17] IIIe Assemblée générale extraordinaire du Synode des évêques, Message (18 octobre 2014). [18] Relatio synodi 2014, 10. [19] Relatio final 2015, 7. [20] Ibid., 63. [21] Conférence des évêques catholiques de Corée, Vers une culture de vie ! (15 mars 2007). [22] Relatio synodi 2014, 6. [23] Conseil pontifical pour la famille, Charte des droits de la famille (22 octobre 1983), art. 11. [24] Cf. Rapport final 2015, 11-12. [25] Conseil pontifical pour la famille, Charte des droits de la famille (22 octobre 1983), Intr. [26] Ibid., 9. [27] Relatio final 2015, 14. [28] Relatio synodi 2014, 8. [29] Cf. Relatio finale 2015, 78. [30] Relatio synodi 2014, 8. [31] Rapport final 2015, 23 ; cf. Message pour la Journée mondiale des migrants et des réfugiés 2016 (12 septembre 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 2 octobre 2015, p. 22-23. [32] Ibid., 24. [33] Ibid., 21. [34] Ibid., 17. [35] Ibid., 20. [36] Cf. ibid., 15. [37] Discours de clôture de la XIVe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques (24 octobre 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 30 octobre 2015, p. 4. [38] Conférence épiscopale argentine, Naviguez au fond de la mer (31 mai 2003), 42. [39] Conférence de l’épiscopat mexicain, Que le Mexique ait une vie digne dans le Christ notre paix (15 février 2009), 67. [40] Rapport final 2015, 25. [41] Ibid., 10. [42] Catéchèse (22 avril 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 24 avril 2015, p. 12. [43] Catéchèse (29 avril 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 1er mai 2015, p. 12. [44] Relatio final 2015, 28. [45] Ibid., 8. [46] Ibid., 58. [47] Ibid., 33. [48] Relatio synodi 2014, 11. [49] Conférence épiscopale de Colombie, Dans les temps difficiles, nouveaux Colombiens (13 février 2003), 3. [50] Exhorter. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), 35 : AAS 105 (2013), 1034. [51] Ibid., 164 : AAS 105 (2013), 1088. [52] Ibid. [53] Ibid., 165 : AAS 105 (2013), 1089. [54] Relatio synodi 2014, 12. [55] Ibid., 14. [56] Ibid., 16. [57] Final relation 2015,41. [58] Ibid., 38. [59] Relatio synodi 2014, 17. [60] Relation final 2015, 43. [61] Relatio synodi 2014, 18. [62] Ibid., 19. [63] Relatio final 2015, 38. [64] Jean-Paul II, Exhort. ap. Familiaris consortio (22 novembre 1981), 13 : AAS 74 (1982), 94. [65] Relatio synodi 2014, 21. [66] Catéchisme de l’Église catholique, 1642. [67] Ibid. [68] Catéchèse (6 mai 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 8 mai 2015, p. 16. [69] Léon le Grand, Epistula Rustico narbonensi episcopo, inquis. IV : PL 54, 1205A ; cf. Incmarus de Reims, Epist. 22 : PL 126, 142. [70] Cf. Pie XII, Lettre enc. Mystici Corporis Christi (29 juin 1943) : AAS35 (1943), 202 : « Mariage enim quo coniuges sibiinvicem sunt ministri gratiae… » : [71] Cf. Code de droit canonique, cc. 1116. 1161-1165; Code des Canons des Églises orientales, cc. 832. 848-852. [72] Ibid., ch. 1055 § 2. [73] Relatio synodi 2014, 23. [74] Jean-Paul II, Exhort. ap. Familiaris consortio (22 novembre 1981), 9 : AAS 74 (1982), 90. [75] Rapport final 2015, 47. [76] Ibid. [77] Cf. Homélie à l’occasion de la Messe de clôture de la VIIIe Rencontre Mondiale des Familles à Philadelphie (27 septembre 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 2 octobre 2015, p. 20. [78] Rapport final 2015, 53-54. [79] Ibid., 51. [80] Deuxième Vat. Écume. Conc., Const. passé Gaudium et spes, sur l’Église dans le monde d’aujourd’hui, 48. [81] Cf. Code de droit canonique, ch. 1055 § 1 : « Ad bonum coniugum atque ad prolis générationem et educationem ordinatum ». [82] Catéchisme de l’Église Catholique, 2360. [83] Ibid., 1654. [84] Deuxième Vat. Écume. Conc., Const. past Gaudium et spes, sur l’Église dans le monde aujourd’hui, 48. [85] Catéchisme de l’Église catholique, 2366. [86] Cf. Paul VI, Lettre enc. Humanae vitae (25 juillet 1968), 11-12 : AAS 60 (1968), 488-489. [87] Catéchisme de l’Église catholique, 2378. [88] Congrégation pour la doctrine de la foi, Instruction Donum vitae (22 février 1987), II, 8 : AAS 80 (1988), 97. [89] Relatio final 2015, p. 63. [90] Relatio synodi 2014, 57. [91] Ibid., 58. [92] Ibid., 57. [93] Relatio final 2015, 64. [94] Relatio synodi 2014, 60. [95] Ibid., 61. [96] Code de droit canonique, c. 1136 ; cf. Code des chanoines des Églises orientales, c. 627. [97] Conseil pontifical pour la famille, Sexualité humaine : vérité et sens (8 décembre 1995), n. 23. [98] Catéchèse (20 mai 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 22 mai 2015, p. 16. [99] Cf. Jean-Paul II, Exhortation. ap. Familiaris consortio (22 novembre 1981), 38 : AAS 74 (1982), 129. [100] Cf. Discours à l’Assemblée diocésaine de Rome (14 juin 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 19 juin 2015, p. 6. [101] Relatio synodi 2014, 23. [102] Final relation 2015, 52. [103] Ibid., 49-50. [104] Catéchisme de l’Église catholique, 1641. [105] Cf. Benoît XVI, Enc. Lettre. Deus caritas est (25 décembre 2005), 2 : AAS98 (2006), 218. [106] Exercices spirituels, Contemplation pour atteindre l’amour, 230. [107] Octavio Paz, La double flamme, Barcelone 1993, 35. [108] Thomas d’Aquin, Summa Theologiae II-II, q. 114, a. 2, ad 1. [109] Catéchèse (13 mai 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 15 mai 2015, p. 9. [110] Somme théologique II-II, q. 27, a. 1, ad 2. [111] Ibid., II-II, q. 27, a. 1. [112] Catéchèse (13 mai 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 15 mai 2015, p. 9. [113] Jean-Paul II, Exhortation. ap. Familiaris consortio (22 novembre 1981), 21 : AAS 74 (1982), 106. [114] Sermon à l’église baptiste de Dexter Avenue, Montgomery, Alabama, 17 novembre 1957. [115] Saint Thomas d’Aquin comprend l’amour comme « vis unitiva » (Summa Theologiae I, a. 20, 1, ad 3), reprenant une expression de Dionisio Ps. Aréopagite (De divinis nominibus, 4, 12 : PG, 709). [116] Thomas d’Aquin, Summa Theologiae II-II, q. 27, a. 2. [117] Lettre enc. Casti connubii (31 décembre 1930) : AAS 22 (1930), 547-548. [118] Jean-Paul II, Exhortation. ap. Familiaris consortio (22 novembre 1981), 13 : AAS 74 (1982), 94. [119] Catéchèse (2 avril 2014) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 4 avril 2014, p. 16. [120] Idem. [121] Jean-Paul II, Exhortation. ap. Familiaris consortio (22 novembre 1981), 9 : AAS 74 (1982), 90. [122] Thomas d’Aquin, Summa contra Gentiles, III, 123 ; cf. Aristote, Nicomachean Ethics, 8, 12 (éd. Bywater, Oxford 1984), 174. [123] Lettre enc. Lumen fidei (29 juin 2013), 52 : AAS 105 (2013), 590. [124] De sacramento matrimonii, 1, 2 : in Id., Disputationes, III, 5, 3 (éd. Giuliano, Naples 1858), 778. [125] Deuxième Vat. Écume. Conc., Const. passé Gaudium et spes, sur l’Église dans le monde aujourd’hui, 50. [126] Ibid., 49. [127] Cf. Somme théologique I-II, q. 31, a. 3, ad 3. [128] Concile œcuménique Vatican II, Const. passé Gaudium et spes, sur l’Église dans le monde moderne, 48. [129] Cf. Somme théologique I-II, q. 26, a. 3. [130] Ibid., q. 110, a. 1. [131] Confessions, 8, 3, 7 : PL 32, 752. [132] Discours aux familles du monde à l’occasion de leur pèlerinage à Rome dans l’Année de la foi (26 octobre 2013) : AAS (2013), 980. [133] Angélus (29 décembre 2013) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 3 janvier 2014, p. 2. [134] Discours aux Familles du monde à l’occasion de leur pèlerinage à Rome dans l’Année de la Foi (26 octobre 2013) : AAS (2013), 978. [135] Summa TheologiaeII-II, q. 24, une. 7. [136] Concile œcuménique Vatican II, Const. past Gaudium et spes, sur l’Église dans le monde d’aujourd’hui, 48. [137] Conférence épiscopale du Chili, Vie et famille : dons de Dieu pour chacun de nous (21 octobre 2014). [138] Const. passé Gaudium et spes, sur l’Église dans le monde aujourd’hui, 49. [139] A. Sertillanges, L’amour chrétien, Paris 1920, p. 174. [140] Cf. Thomas d’Aquin, Somme théologique I-II, q. 24, une. 1. [141] Cf. ibid., q. 59, a. 5. [142] Enc. lettre. Deus caritas est (25 décembre 2005), 3 : AAS 98 (2006), 219-220. [143] Ibid., 4 : AAS 98 (2006), 220. [144] Cf. Thomas d’Aquin, Somme théologique I-II, q. 32, a. 7. [145] Cf. ibid., II-II, q. 153, a. 2, ad 2 : « Abundantia delectationis quae est in actu venereo secundum ratioem ordinato, noncontratur medio virtutis» . [146] Jean-Paul II, Catéchèse (22 octobre 1980), n. 5 : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 26 octobre 1980, p. 3. [147] Ibid., 3. [148] Id., Catéchèse (24 septembre 1980), 4 : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 28 septembre 1980, p. 3. [149] Catéchèse (12 novembre 1980), n. 2 : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 16 novembre 1980, p. 3. [150] Ibid., 4. [151] Ibid., 5. [152] Ibid., 1 : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 16 novembre 1980, p. 3. [153] Id., Catéchèse (16 janvier 1980), 1 : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 20 janvier 1980, p. 3. [154] Josef Pieper, Über die Liebe, Munich 2014, 174-175. [155] Jean-Paul II, Lettre Enc. Evangelium vitae (25 mars 1995), 23 : AAS87 (1995), 427. [156] Paul VI, Lettre Enc. Humanae vitae (25 juillet 1968), 13 : AAS 60 (1968), 489. [157] Second Vat. Écume. Conc., Const. past Gaudium et spes, sur l’Église dans le monde d’aujourd’hui, 49. [158] Catéchèse (18 juin 1980), n. 5 : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 22 juin 1980, p. 3. [159] Ibid., 6. [160] Cf. Catéchèse (30 juillet 1980), 1 : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 3 août 1980, p. 3. [161] Catéchèse (8 avril 1981), n. 3 : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 12 Avril 1981, p. 3. [162] Catéchèse (11 août 1982), n. 4 : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 15 août 1982, p. 3. [163] Lettre enc. Deus caritas est (25 décembre 2005), 5 : AAS 98 (2006), 221. [164] Ibid., 7 : AAS 98 (2006), 224. [165] Rapport final 2015, 22. [166] Catéchèse (14 avril 1982), 1 : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 18 avril 1982, p. 3. [167] Glossa in quatuor libros sententiarum Petri Lombardi, 4, 26, 2 (Quaracchi 1957, 446). [168] Jean-Paul II, Catéchèse (7 avril 1982), n. 2 : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 11 avril 1982, p. 3. [169] Id., Catéchèse (14 avril 1982), 3 : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 18 avril 1982, p. 3. [170] Idem. [171] Id., Lettre enc. Redemptor hominis (4 mars 1979), 10 : AAS 71 (1979), 274. [172] Cf. Thomas d’Aquin, Somme théologique II-II, q. 27, a. 1. [173] Conseil pontifical pour la famille, La famille, le mariage et les unions de fait (26 juillet 2000), n. 40. [174] Jean-Paul II, Catéchèse (31 octobre 1984), n. 6 : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 4 novembre 1984, p. 3. [175] Benoît XVI, Lettre Enc. Deus caritas est (25 décembre 2005), 8 : AAS 98 (2006), 224. [176] Jean-Paul II, Exhort. ap. Familiaris consortio (22 novembre 1981), 14 : AAS 74 (1982), 96. [177] Catéchèse (11 février 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 13 février 2015, p. 12. [178] Idem. [179] Catéchèse (8 avril 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 10 avril 2015, p. 16. [180] Idem. [181] Cf. TVA Ecum. Concile II, Const. passé Gaudium et spes, sur l’Église dans le monde d’aujourd’hui, 51 : « Qu’il soit clair pour tous que la vie des hommes et la tâche de la transmettre ne se limite pas à ce seul monde et ne peut être mesurée ou comprise seulement par lui, mais regarde toujours vers la destinée éternelle des hommes. » [182] Jean-Paul II, Lettre au Secrétaire général de la Conférence internationale de l’Organisation des Nations Unies sur la population et le développement (18 mars 1994) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 8 avril 1994, p. 11. [183] ​​​​​​Id., Catéchèse (12 mars 1980), 3 : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 16 mars 1980, p. 3. [184] Idem. [185] Discours à la Rencontre avec les familles à Manille (16 janvier 2015) : AAS 107 (2015), 176. [186] Catéchèse (11 février 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 13 février 2015, p. 12. [187] Catéchèse (14 octobre 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 16 octobre 2015, p. 12. [188] Conférence des évêques catholiques australiens, Lettre passée. Ne plaisantez pas avec le mariage (24 novembre 2015), 13. [189] Second Vat. Écume. Conc., Const. past Gaudium et spes, sur l’Église dans le monde d’aujourd’hui, 50. [190] Jean-Paul II, Catéchèse (12 mars 1980), n. 2 : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 16 mars 1980, p. 3. [191] Cf. Identifiant, Lettre ap. Mulieris dignitatem (15 août 1988), 30-31 : AAS 80 (1988), 1726-1729. [192] Catéchèse (7 janvier 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 9 janvier 2015, p. 16. [193] Idem. [194] Catéchèse (28 janvier 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 30 janvier 2015, p. 16. [195] Idem. [196] Cf. Rapport final 2015, 28. [197] Catéchèse (4 février 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 6 février 2015, p. 16. [198] Idem. [199] Concile œcuménique Vatican II, Const. past Gaudium et spes, sur l’Église dans le monde d’aujourd’hui, 50. [200] V Conférence générale de l’épiscopat latino-américain et caribéen, Document d’Aparecida (29 juin 2007), 457. [201] Rapport final 2015, 65. [202] Ibid. [203] Discours à la Rencontre avec les familles à Manille (16 janvier 2015) : AAS 107 (2015), 178. [204] Mario Benedetti, « Je t’aime », dans Poèmes des autres, Buenos Aires 1993, 316. [205] Cf. Catéchèse (16 septembre 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 18 septembre 2015, p. 6. [206] Catéchèse (7 octobre 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 9 octobre 2015, p. 2. [207] Benoît XVI, Lettre Enc. Deus caritas est (25 décembre 2005), 14 : AAS 98 (2006), 228. [208] Cf. Relation finale 2015, 11. [209] Catéchèse (18 mars 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 20 mars 2015, p. 12. [210] Catéchèse (11 février 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue Espagnol, 13 février 2015, p. 12. [211] Cf. Rapport final 2015, 17-18. [212] Catéchèse (4 mars 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 6 mars 2015, p. 12. [213] Catéchèse (11 mars 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 13 mars 2015, p.16. [214] Exhortation. ap. Familiaris consortio (22 novembre 1981), 27 : AAS 74 (1982), 113. [215]Jean-Paul II, Discours aux participants au « Forum international sur le troisième âge » (5 septembre 1980), 5 : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 19 octobre 1980, p. 16. [216] Rapport final 2015, 18. [217] Catéchèse (4 mars 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 6 mars 2015, p. 12. [218] Idem. [219] Discours à la Rencontre avec les Aînés (28 septembre 2014) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 3 octobre 2014, p. 6. [220] Catéchèse (18 février 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 20 février 2015, p. 2. [221] Idem. [222] Idem. [223] Jean-Paul II, Exhortation. ap. Familiaris consortio (22 novembre 1981), 18 : AAS 74 (1982), 101. [224] Catéchèse (7 octobre 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 9 octobre 2015, p. 2. [225] Relatio synodi 2014, 30. [226] Ibid., 31. [227] Final relation 2015, 56. [228] Ibid., 89. [229] Relatio synodi 2014, 32. [230] Ibid., 33. [231] Ibid., 38. [232] Rapport final 2015, 77. [233] Ibid., 61. [234] Ibid. [235] Idem. [236] Idem. [237] Cf. Relatio synodi 2014, 26. [238] Ibid., 39. [239] Conférence épiscopale italienne. Orientations pastorales pour la préparation au mariage et à la famille (22 octobre 2012), 1. [240] Ignace de Loyola, Exercices spirituels, annotation 2. [241] Ibid., annotation 5. [242] Jean-Paul II, Catéchèse (27 juin 1984), 4 : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 1er juillet 1984, p. 3. [243] Catéchèse (21 octobre 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 23 octobre 2015, p. 16. [244] Conférence épiscopale du Kenya, Message de Carême, 18 février 2015. [245] Cf. Pie XI, Lettre Enc. Casti connubii (31 décembre 1930) : AAS 22 (1930), 583. [246] Jean-Paul II, Catéchèse (4 juillet 1984), 3.6 : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 8 juillet 1984, p. 3. [247] Rapport final 2015, 59. [248] Ibid., 63. [249] Concile œcuménique Vatican II, Const. passé Gaudium et spes, sur l’Église dans le monde d’aujourd’hui, 50. [250] Relation finale 2015, 63. [251] Relatio synodi 2014, 40. [252] Ibid., 34. [253] Cantique spirituel, B, 25, 11. [254] Relatio synodi 2014, 44. [255] Finale Rapport 2015, 81. [256] Ibid., 78. [257] Catéchèse (24 juin 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 26 juin 2015, p. 16. [258] Jean-Paul II, Exhortation. ap. Familiaris consortio (22 novembre 1981), 83 : AAS 74 (1982), 184. [259] Relatio synodi 2014, 47. [260] Ibid., 50. [261] Cf. Catéchèse (5 août 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, du 7 au 14 août 2015, p. 2. [262] Relatio synodi 2014, 51 ; cf. Rapport final 2015, 84. [263] Ibid., 48. [264] Cf. Motu proprio Mitis Iudex Dominus Iesus (15 août 2015) : L’Osservatore Romano, 9 septembre 2015, pp. 3-4 ; Motu proprio Mitis et Misericors Iesus (15 août 2015), préambule, 3, 1 : ibid., pp. 5-6. [265] Motu proprio Mitis Iudex Dominus Iesus (15 août 2015), préambule, 3 : L’Osservatore Romano, 9 septembre 2015, p. 3. [266] Relatio final 2015, n. 82. [267] Relatio synodi 2014, n. 47. [268] Catéchèse (20 mai 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 22 mai 2015, p. 16. [269] Catéchèse (24 juin 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 26 juin 2015, p. 16. [270] Catéchèse (5 août 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, du 7 au 14 août 2015, p. 2. [271] Rapport final 2015, 72. [272] Ibid., 73. [273] Ibid., 74. [274] Ibid., 75. [275] Cf. Bula Misericordiae vultus (11 avril 2015), 12 : AAS107 (2015), 407. [276] Catéchisme de l’Église catholique, 2358 ; cf. Rapport final 2015, 76. [277] Cf. Catéchisme de l’Église catholique, 2358. [278] Rapport final 2015, 76 ; cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Considérations sur les projets de reconnaissance légale des unions entre personnes homosexuelles (3 juin 2003), 4. [279] Rapport final 2015, 80. [280] Cf. ibid., 20. [281] Catéchèse (17 juin 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 19 juin 2015, p. 16. [282] Rapport final 2015, 19. [283] Catéchèse (17 juin 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 19 juin 2015, p. 16. [284] Idem. [285] Cf. Catéchisme de l’Église catholique, 958. [286] Ibid. [287] Cf. Dernières conversations : Le « Carnet jaune » de Mère Agnès (17 juillet 1897) : Œuvres complètes, Burgos 1996, 826. À cet égard, est significatif le témoignage des sœurs du couvent sur la promesse de sainte Thérèse que son départ de ce monde serait « comme une pluie de roses » (ibid., 9 juin 991). [288] Jordanie de Saxe, Libellus de principiis Ordinis prédicatorum, 93 : Monumenta Historica Sancti Patris Nostri Dominici, XVI, Rome 1935, p. 69. [289] Cf. Catéchisme de l’Église catholique, 957. [290] Deuxième Vat. Écume. Conc., Const. dogme. Lumen gentium, sur l’Église, 49. [291] Exhortation. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), 222 : AAS 105 (2013), 1111. [292] Catéchèse (20 mai 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 22 mai 2015, p. 16. [293] Concile Œcuménique Vatican II, Const. past Gaudium et spes, sur l’Église dans le monde aujourd’hui, 17. [294] Catéchèse (30 septembre 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 2 octobre 2015, p. 2. [295] Catéchèse (10 juin 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 12 juin 2015, p. 16. [296] Cf. Rapport final 2015, 67. [297] Catéchèse (20 mai 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 22 mai 2015, p. 16. [298] Catéchèse (9 septembre 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 11 septembre 2015, p. 14. [299] Rapport final 2015, 68. [300] Ibid., 58. [301] Deuxième Vat. Concile œcuménique, Déclaration Gravissimum educationis, sur l’éducation chrétienne des jeunes, 1. [302] Rapport final 2015, 56. [303] Erich Fromm, The art of Loving, New York 1956, 54. [304] Lettre enc. Laudato siʼ (24 mai 2015), 155. [305] Catéchèse (15 avril 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 17 avril 2015, p. 2. [306] Cf. Rapport final 2015, 13-14. [307] De sancta virginitate, 7, 7 : PL 40, 400. [308] Catéchèse (26 août 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 28 août 2015, p. 12. [309] Relatio final 2015, p. 89. [310] Ibid., 93. [311] Relatio synodi 2014, 24. [312] Ibid., 25. [313] Ibid., 28. [314] Cf. ibid., 41.43 ; Final Relatio 2015, 70. [315] Relatio synodi 2014, 27. [316] Ibid., 26. [317] Ibid., 41. [318] Ibid. [319] Rapport final 2015, 71. [320] Cf. ibid. [321] Relatio synodi 2014, 42. [322] Ibid., 43. [323] Exhortation. ap. Familiaris consortio (22 novembre 1981), 34 : AAS 74 (1982), 123. [324] Ibid., 9 : AAS 74 (1982), 90. [325] Cf. Catéchèse (24 juin 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 26 juin 2015, p. 16. [326] Homélie eucharistique célébrée avec les nouveaux cardinaux (15 février 2015) : AAS 107 (215), 257. [327] Rapport final 2015, 51. [328] Relatio synodi 2014, 25. [329] Jean-Paul II, Exhort. ap. Familiaris consortio (22 novembre 1981), 84 : AAS 74 (1982), 186. Dans ces situations, beaucoup, connaissant et acceptant la possibilité de vivre ensemble « en frères » que leur offre l’Église, soulignent que si certaines expressions d’intimité font défaut « cela peut souvent mettre en péril le bien de la fidélité et le bien de la descendance » (Second Vat. Ecum. Conc., Past Const. Gaudium et Spes, sur l’Église dans le monde d’aujourd’hui, 51). [330] Idem. [331] Relatio synodi 2014, 26. [332] Ibid., 45. [333] Benoît XVI, Dialogue avec le Pape à l’occasion de la fête des témoignages. VIIe Rencontre Mondiale des Familles à Milan (2 juin 2012) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 10 juin 2012, p. 12. [334] Rapport final 2015, 84. [335] Ibid., 51. [336] Ni en matière de discipline sacramentelle, puisque le discernement peut reconnaître que dans une situation particulière il n’y a pas de faute grave. Ce que j’ai indiqué dans un autre document s’y applique : cf. Exhorter. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), 44.47 : AAS 105 (2013), 1038.1040. [337] Rapport final 2015, 85. [338] Ibid., 86. [339] Jean-Paul II, Exhort. ap. Familiaris consortio (22 novembre 1981), 33 : AAS 74 (1982), 121. [340] Relation finale 2015, 51. [341] Cf. Somme théologique I-II, q. 65, a. 3, annonce 2 ; Mauvais, q. 2, une. 2. [342] Ibid., ad 3. [343] N. 1735. [344] Ibid., 2352; cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Déclaration Iura et bona, sur euthanasie (5 mai 1980), II : AAS 72 (1980), 546. Jean-Paul II, critiquant la catégorie « d’option fondamentale », a reconnu qu’« il peut sans aucun doute y avoir des situations très complexes et sombres du point de vue psychologique, qui influencent l’imputabilité subjective du pécheur » : Exhortation. ap. Reconciliatio et paenitentia (2 décembre 1984), 17 : AAS 77 (1985), 223. [345] Cf. Conseil Pontifical pour les Textes Législatifs, Déclaration sur l’admissibilité des personnes divorcées et remariées à la Sainte Communion (24 juin 2000), 2. [346] Rapport final 2015, 85. [347] Summa Theologiae I-II, q. 94, a. 4. [348] Dans un autre texte, se référant à la connaissance générale de la norme et à la connaissance particulière du discernement pratique, saint Thomas va jusqu’à dire que « s’il n’y a qu’une des deux connaissances, il est préférable que ce soit la connaissance de la réalité particulière qui se rapproche le plus de l’agir » : Thomas d’Aquin, Sententia libri Ethicorum, VI, 6 (éd. Leonina, vol. XLVII, 354). [349] Discours de clôture de la XIVe Assemblée générale ordinaire du Synode des Évêques (24 octobre 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 30 octobre 2015, p. 4. [350] À la recherche d’une éthique universelle : un nouveau regard sur le droit naturel (2009), 59. [351] Dans certains cas, cela pourrait aussi être le secours des sacrements. C’est pourquoi « je rappelle aux prêtres que le confessionnal ne doit pas être une salle de torture mais plutôt le lieu de la miséricorde du Seigneur » : Exhorter. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), 44 : AAS 105 (2013), 1038. J’insiste également sur le fait que l’Eucharistie « n’est pas une récompense pour les parfaits mais un remède généreux et une nourriture pour les faibles » (ibid, 47 : 1039). [352] Exhortation. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), 44 : AAS 105 (2013), 1038-1039. [353] De catechizandis rudibus, 1, 14, 22 : PL 40, 327 ; cf. Exhorter. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), 193 : AAS 105 (2013), 1101. [354] Relatio synodi 2014, 26. [355] Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), 44 : AAS 105 (2013), 1038. [356] Ibid., 45 : AAS 105 (2013), 1039. [357] Ibid., 270 : AAS 105 (2013), 1128. [358] Bull Misericordiae vultus (11 avril 2015), 12 : AAS 107 (2015), 407. [359] Ibid., 5 : 402 [360] Ibid., 9 : 405. [361] Ibid., 10 : 406. [362] Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), 47 : AAS 105 (2013), 1040. [363] Cf. ibid., 36-37 : AAS 105 (2013), 1035. [364] Peut-être par scrupules, cachés derrière un grand désir de fidélité à la vérité, certains prêtres exigent des pénitents un but d’amendement sans ombre aucune, avec lequel la miséricorde disparaît sous la recherche d’une justice prétendument pure. C’est pourquoi il convient de rappeler l’enseignement de saint Jean-Paul II, qui affirmait que la prévisibilité d’une nouvelle chute « ne préjuge pas de l’authenticité du propos » : Lettre au Card. William W. Baum et les participants au cours annuel sur la juridiction interne organisé par le Pénitencier Apostolique (22 mars 1996), 5 : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 5 avril 1996, p. 4 [365] Commission théologique internationale, L’espérance du salut pour les enfants qui meurent sans baptême (19 avril 2007), 2. [366] Bull Misericordiae vultus (11 avril 2015), 15 : AAS 107 (2015), 409. [367] Decr. Apostolicam actuositatem, sur l’apostolat des laïcs, 4. [368] Ibid. [369] Concile Œcuménique Vatican II, Const. passé Gaudium et spes, sur l’Église dans le monde d’aujourd’hui, 49. [370] Lettre enc. Deus caritas est (25 décembre 2005), 16 : AAS 98 (2006), 230. [371] Ibid., 39 : AAS 98 (2006), 250. [372] Jean-Paul II, Exhort. ap. postsin. Christifideles laici (30 décembre 1988), 40 : AAS 81 (1989), 468. [373] Ibid. [374] Rapport final 2015, n. 87. [375] Jean-Paul II, Exhortation. ap. Postsin. Vita consecrata (25 mars 1996), 42 : AAS 88 (1996), 416. [376] Cf. Relation finale 2015, 87. [377] Cf. Jean-Paul II, Exhortation. ap. Familiaris consortio (22 novembre 1981), 57 : AAS 74 (1982), 150. [378] N’oublions pas que l’Alliance de Dieu avec son peuple s’exprime comme des fiançailles (cf. Ez 16, 8.60 ; Is 62, 5 ; Os 2, 21-22), et que la nouvelle Alliance se présente aussi comme un mariage (cf. Ap 19:7 ; 21:2 ; Éph 5,25). [379] Concile Œcuménique Vatican II, Const. dogme. Lumen gentium, sur l’Église, 11. [380] Jean-Paul II, Exhort. ap. Familiaris consortio (22 novembre 1981), 11 : AAS 74 (1982), 93. [381] Id., Homélie eucharistique célébrée pour les familles de Cordoue, Argentine (8 avril 1987), 4 : L’Osservatore Romano, éd. chaque semaine dans Langue espagnole, 26 avril 1987, p. 21. [382] Cf. Gemeinsames Leben, Munich 1973 14, 18. [383] Deuxième cuve. Conseil œcuménique, décret. Apostolicam actuositatem, sur l’apostolat des laïcs, 11. [384] Catéchèse (10 juin 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 12 juin 2015, p. 16. [385] Jean-Paul II, Exhortation. ap. Familiaris consortio (22 novembre 1981), 12 : AAS 74 (1982), 93. [386] Discours à la Fête des Familles et veillée de prière à Philadelphie (26 septembre 2015) : L’Osservatore Romano, éd. hebdomadaire en langue espagnole, 2 octobre 2015, p. 16. [387] Gabriel Marcel, Homo viator : prolégomènes à une métaphysique de l’espérance, Paris 1944, p. 63. [388] Relation finale 2015, p. 88. [389] Cf. Jean-Paul II, Exhortation. ap. Familiaris consortio (22 novembre 1981), 44 : AAS 74 (1982), 136. [390] Ibid., 49 : AAS 74 (1982), 141. [391] Sur les aspects sociaux de la famille : cf. Conseil pontifical « Justice et Paix », Recueil de la doctrine sociale de l’Église, 248-254.

Texte copié de Amoris laetitia : Exhortation apostolique sur l’amour dans la famille (19 mars 2016) | François (vatican.va) © Copyright – Libreria Editrice Vaticana

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